Les filières DEEE et Piles en croisade contre les incendies

Formations et partage de données en 2023

L’activité de traitement des déchets subit des incendies réguliers, malgré les moyens matériels mis en place. Les filières DEEE et Piles sont particulièrement exposées. En cause, les piles au lithium restées dans les appareils usagés. Ces incendies à répétition ont conduit les éco-organismes français concernés à réunir l’ensemble des parties prenantes en juin 2022. Objectif : mieux connaître les risques et définir plusieurs pistes de prévention. Parmi elles, des modules de formation et une plateforme de partage de données pour 2023.

Si tout le monde est bien conscient du problème et des risques encourus, les moyens matériels mis en place pour prévenir les incendies sur les centres de traitement restent insuffisants. Pour lutter efficacement contre les départs de feu liés essentiellement aux piles lithium dans les DEEE, un programme d’actions beaucoup plus large est préconisé. C’est ce qui ressort des premières assises inter-professionnelles qui se sont déroulées en juin 2022. A l’initiative des quatre éco-organismes concernés (ecosystem, Ecologic, Corepile et Screlec), elles ont rassemblé les pouvoirs publics (ministères de l’Economie et de l’Ecologie), des assureurs, des industriels recycleurs et collecteurs, des SDIS, des fabricants, des experts en prévention et en communication de crise. Ces premières rencontres sur la prévention des incendies ont été l’occasion de mieux comprendre le cheminement logistique d’un DEEE, en particulier les PAM (petits appareils ménagers), de la collecte au centre de regroupement, et d’identifier tous les risques possibles sur leur parcours.

Culture du risque

 

« Pour la première fois, explique Philippe Chemineau, responsable des opérations chez ecosystem, nous avons pu échanger sur la culture du risque, au-delà des moyens matériels préconisés pour limiter les dégâts ». La connaissance de ces incendies n’est pas nulle et depuis plusieurs années, le Barpi (Bureau d’analyses des risques et pollutions industriels) qui dépend du ministère de l’Ecologie, recense régulièrement ce type d’accident, via la base de données ARIA. Dans l’une de ses études, il montrait que 98 % des incendies sur DEEE pourraient être évités grâce à une bonne organisation en amont. En d’autres termes, cela doit passer par davantage de connaissances à tous les niveaux de l’entreprise, d’anticipation et de communication entre les différentes parties prenantes (industriels, collectivités, SDIS etc.).

Quelques données cruciales ont été tirées de ces échanges : « nous savons désormais que le moment critique entre un départ de feu et l’impossibilité de le maîtriser ne doit pas dépasser trois minutes. Sur ce laps de temps, la conscience collective du risque permanent est indispensable » avance Philippe Chemineau. Parmi les acteurs également en première ligne, figurent les assureurs. Face au nombre croissant des accidents (dégradations et incendies) dans l’activité de traitement et de gestion des déchets, les assureurs sont de plus en plus méfiants car les pertes financières sont souvent importantes, malgré les efforts accomplis par les exploitants de site. « Contre tout attente, lors de la réunion inter-professionnelle, les assureurs ont exprimé leur volonté d’accompagner les entreprises de traitement des déchets dont les DEEE, à condition de renforcer les dispositifs de prévention sur les installations et d’adopter une culture du risque », explique Philippe Chemineau. Concrètement, qu’est-ce que cela implique ? Pour les acteurs de la filière Piles et DEEE, cela va se traduire en 2023, par un programme d’actions très diversifiées qui peut se résumer en trois mots : prévenir, connaître et partager l’information.

Acculturer et informer

 

PAM Galloo Cibie (Marquette les Lille-59)

Avant la fin du premier trimestre, une série de modules de formations sera accessible aux entreprises qui le souhaitent. Il s’agira d’acculturer sur place les collaborateurs sur la connaissance des appareils à traiter, les équipements de prévention, les moyens disponibles pour contenir l’incendie et les bons gestes à mettre en œuvre. Une partie des formations se déroulera également au CNPP (Centre national de prévention et de protection). « Les PAM et les petits articles connectés sont particulièrement ciblés, car sources bien souvent de départs de feu, lorsque les batteries sont inamovibles. Nous devons apprendre précisément comment se déclenchent les incendies sur ces appareils : la température critique se trouve entre 60 et 70 °C, mais à quel moment, le risque est le plus élevé ; si le lot est éteint, combien de temps doit-on le laisser à l’écart etc. » explique Philippe Chemineau. Le partage des informations est une priorité. D’où la volonté des éco-organismes de développer une plateforme accessible pour chaque opérateur. Elle permettra d’accueillir toutes les données sur les incendies, pour analyser, identifier, quantifier. Pour les filières Piles et DEEE concernées, il s’agit de construire un catalogue de savoirs et de partage des connaissances, sans préjuger des négligences ou des erreurs commises.

Pas d’action européenne commune

 

Les écoles de pompiers adaptent leurs formations sur les sites de traitement de DEEE

En parallèle, un benchmark est mené en Europe via le réseau WeeeForum, pour connaître les pratiques au sein des filières britanniques, belges ou hollandaises. Mais, à ce jour, aucune action européenne commune n’a été mise en oeuvre pour harmoniser les gestes de prévention, sur la base des méthodes qui fonctionnent. Dans certains pays, comme le Royaume-Uni, le coût des sinistres se chiffre autour de 300 millions d’euros par an. En France, ce genre de données manque encore cruellement. Le registre de recensement des événements devrait y remédier. Il pourrait associer des informations sur les conséquences financières liées à la destruction de matières, de matériels, mais aussi, à la perte d’emplois et de compétences, si un site ferme pendant plusieurs mois. De son côté, l’école nationale supérieure des officiers de sapeurs-pompiers basée à Aix-en-Provence, travaille sur un nouveau cursus d’enseignements pour mieux appréhender ce type de sinistre. Dans le même temps, il est prévu courant 2023, de développer un QR Code à placer à l’entrée de chaque établissement à risque. Sans intervention humaine sur site, les pompiers pourront flasher ce QR Code et obtenir toutes les données nécessaires lors d’une intervention (réserve d’eau, branchements, localisation des équipements de désenfumage, fiches d’identité des matériaux présents etc). Cet outil pourra être utilisé sur les chantiers et sites de traitement moyennant un abonnement de quelques euros par an souscrit par les entreprises.

Neutraliser en moins de cinq minutes

 

Les fabricants d’appareils électriques et électroniques se trouvent dans un situation plus bancale, soumis à deux obligations contradictoires, selon ecosystem : ils doivent d’une part protéger les piles pour garantir une sécurité aux consommateurs et dans le même temps, faciliter l’extraction de ces piles pour les opérateurs, lors du traitement en fin de vie. C’est un travail de longue haleine où la R&D peut également jouer un rôle sur l’évolution de la composition des piles. « Par exemple, l’idée serait de trouver une alternative aux solvants inflammables et instables utilisés jusqu’à présent dans ces produits et susceptibles de provoquer des départs de feu, au contact de l’eau, en cas de fuite et d’exposition à une chaleur élevée » pointe Philippe Chemineau. L’objectif des filières REP et des professionnels du secteur : parvenir en 2025 à neutraliser les incendies en moins de cinq minutes. Les opérateurs et les centres de regroupement devront gérer ces événements rapidement et en autonomie, pour limiter au maximum les risques sur la sécurité des personnes et la dégradation des équipements. Cela signifie aussi, réactualiser les données et s’informer régulièrement sur les retours d’expériences. D’où l’organisation annuelle de rencontres inter-professionnelles. La deuxième édition des Assises sur la prévention des incendies est d’ores et déjà programmée le 31 mai 2023.

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