Haro sur les contenants plastiques en Ile-de-France

141 projets aidés depuis 2016

Dans son plan de prévention et gestion des déchets (2019-2031), la région francilienne table sur une réduction drastique des contenants plastiques à usage unique. Cela passe par la consigne pour réemploi, le vrac et la promotion de l’eau du robinet. Sur le terrain, 141 projets locaux ont été soutenus en l’espace de sept ans. L’Ademe, principal soutien financier, constate des impacts positifs sur la réduction mais pointe la fragilité de certaines structures.

Première région économique française, l’Ile-de-France concentre 31 % du PIB et 23 % des emplois alors qu’elle ne représente que 2 % du territoire géographique. Sur le plan environnemental, cette particularité présente autant d’avantage que d’inconvénients. La densité démographique entraîne une forte concentration urbaine et laisse de moins en moins de place à la nature et à la biodiversité. En matière de ressources, la région reste par ailleurs très dépendante des importations. Si les défis à relever sont nombreux en économie circulaire, la région dispose toutefois de plusieurs atouts : un réseau de transport complet, une concentration d’entreprises de toutes tailles, et un écosystème propice au développement de projets sur le réemploi et le recyclage. Dans le cadre de sa politique environnementale, la région francilienne s’est donné comme objectif une consommation responsable, sans plastique à usage unique. Cette mesure se concrétise petit à petit depuis 2016 environ, avec le soutien de l’Ademe qui a ouvert le bal avec son dispositif Orplast sur le recyclage et l’incorporation de matière plastique recyclée. Les projets n’ont cessé de croître jusqu’en 2021, avec 73 chantiers accompagnés à hauteur de 8 millions d’euros. La crise Covid19 n’a fait ensuite qu’accentuer la nécessité de soutenir des projets d’économie circulaire. En 2023, la région a lancé un nouvel AAP zéro plastique, ciblant la réduction et le recyclage de cette matière.

Economie locale du recyclage

 

Selon l’Ademe, 141 projets ont été soutenus depuis 2016, portés par des entreprises à 70 %, par des collectivités et des associations. Trois quarts de ces projets concernent la substitution au plastique, le reste ayant trait à la valorisation matière. Au total, cela représente un investissement de 17,9 millions d’euros soutenus par l’Ademe (12,2 M €) et la région (5,7 M€). Parmi les solutions zéro plastique et les projets de valorisation, on peut mentionner Pandobac, Les P’tites Abeilles, Noww, ou encore Reconcil ; Recnorec, Lemon Tri, Sas Minimum, Tissium et Microplast.

Banc intégrant des plastiques issus du recyclage

Depuis presque sept ans, l’Ile-de-France et la Ademe ont accompagné 39 projets de valorisation des plastiques. Ils se déclinent sous plusieurs formes : préparation de matière (15), production de matière plastique recyclée (4), incorporation de MPR (10), production et incorporation de MPR (10). Les porteurs de projets sont de toute taille et répartis sur tout le territoire francilien. Cela va de Fornells en Seine-et-Marne à France Plastiques Recyclage dans les Yvelines, en passant par Greenwishes en Val-d’Oise ou Recypeps en Seine-Saint-Denis. Développé et financé par l’Ademe, le dispositif Orplast 3 a aidé à financer 15 projets en Ile-de-France, soit l’équivalent d’un budget de 5 millions d’euros. Cela représente 25 000 tonnes de plastiques recyclées et 8000 tonnes de résines réincorporées dans des productions locales (aménagement intérieur, mobilier urbain, industrie automobile, bâtiment, emballages). D’ici à 2025, cette démarche d’accompagnement devrait réduire de plus de 300 000 tonnes la consommation de plastique vierge. Pour les projets d’incorporation, le PP et le PET sont les deux principales résines concernées (62 % des projets de valorisation). Le PS et le PEhd font aussi l’objet de projets plus confidentiels.

En Ile-de-France, les boucles locales de valorisation sont importantes pour développer une économie de proximité et massifier les petits flux de matières à recycler. Il est donc nécessaire selon l’Ademe d’être au plus près des gisements pour réduire le transport, et des process industriels de transformation. Malgré certaines croyances, la région abrite une grande communauté de plasturgistes pour la fabrication de produits de grande consommation, des emballages, de pièces automobiles, aéronautiques ou pour l’électronique. Parmi eux, on peut citer Sogaplast Industrie, Alpla France, Amcor flexibles SPS, Recticel SAS ou Schutz France.

Impacts sur la réduction

 

La consigne des contenants mise en place dans la restauration

En raison de son soutien financier, l’agence de la transition écologique a suivi l’évolution des projets et de ses impacts sur le territoire francilien. Premier indicateur observé : les tonnages évités. L’Ademe s’est notamment focalisé sur le nombre de contenants individuels évités et réemployés, ce qui représente 6,2 millions de contenants à usage unique évités par an. Dans le même temps, la région a permis le recyclage de 60 000 t/an de plastiques. Autre enseignement, 43 % des porteurs de projets font partie de l’ESS. Cela montre selon l’Ademe, que le réemploi ou la valorisation des plastiques peuvent favoriser l’inclusion et la création de nouveaux emplois non délocalisables (opérateurs de tri, agents de lavage, ambassadeurs d’économie circulaire etc.). La substitution aux plastiques a entraîné par ailleurs des changements d’habitudes dans certains secteurs d’activité comme le commerce, la restauration, la santé, l’éducation et les loisirs. A l’origine de ces évolutions vers des alternatives durables au plastique, ce sont 63 porteurs de projets. Entre 2016 et 2022, la moitié des projets concerne la vente en vrac, la restauration collective publique (cantine, Epahd, écoles, crèches) et commerciale (restaurants indépendants, enseignes sensibilisées à la consigne par exemple). Les projets se trouvent essentiellement à Paris ou en petite couronne, étant donnée la concentration des services sur ces territoires.

Cette démarche engage bien souvent toute la chaîne de valeur, car il faut acquérir de nouveaux contenants réemployables (inox, verre, plastique), installer des équipements de lavage, adapter les espaces de stockage. Le réemploi d’emballages concerne 39 opérateurs, engagés pour une grande majorité dans l’emballage primaire de type bouteilles ou bocaux alimentaires, mais aussi dans la conception de boîtes réemployables pour les repas, ou de bacs de transport de denrées alimentaires. Cette réutilisation des contenants réinvente également selon l’Ademe des circuits logistiques de proximité entre les points de vente, de collecte et de lavage. Là aussi, l’innovation est au rendez-vous avec plusieurs projets axés sur la traçabilité des contenants grâce à des QR codes et des puces RFID. Des entreprises se sont spécialisé dans le lavage de contenants en misant sur des installations normées et performantes sur le plan environnemental (faible consommation d’eau et d’énergie). Dans ce contexte, la consigne pour réemploi a suscité 33 projets accompagnés depuis 2020, Pyxo, Noww ou Pandobac. Il s’agit d’un véritable changement de pratique pour les consommateurs et les fournisseurs. Depuis trois ans, 24 projets sont passés à l’échelle.

Collectivités investies

 

Dans ce contexte, les communes ou communautés d’agglomération jouent un rôle clef comme le montre l’étude de l’Ademe. Que ce soit au niveau de la commande publique ou dans l’accompagnement d’initiatives locales, leur soutien est un accélérateur et un facteur de pérennité. En Ile-de-France, 16 projets de collectivités locales ont été lancés sur le réemploi dont 12 dans les cuisines centrales et 4 pour des projets de portage à domicile. C’est le cas par exemple à Fontenay-sous-bois (94) qui a pu en 2022 et 2023 adapter les cuisines centrales pour déployer le réemploi de contenants et des solutions de portage à domicile zéro plastique. Sur un investissement global de près de 210 000 euros, l’Ademe a financé 53 900 euros et la région plus de 49 000 euros ; le reste étant des fonds propres. La législation française oblige depuis 2021 les collectivités territoriales à intégrer plus d’économie circulaire dans leurs achats publics, par du réemploi ou du recyclage. Elles peuvent également à supprimer les emballages à usage unique. A ce titre, la région a inscrit dans son PRPGD l’objectif d’accompagner la promotion de l’eau du robinet pour éviter la surconsommation de bouteilles plastiques. Cela se traduit par l’installation de fontaines à eau sur la voie publique et dans les locaux municipaux ; la distribution de gourdes pour les agents ; et la mise en place de nudges pour favoriser l’eau du robinet en lien avec des établissements sportifs ou culturels.

1000 nouvelles fontaines pour les JO 2024

La loi AGEC impose la mise en œuvre de fontaines dans les espaces recevant du public (ERP) depuis le 1er janvier 2022. Avec l’objectif de diviser de moitié la mise en marché des bouteilles plastiques d’ici 2030. Sauf qu’à ce jour, selon l’Ademe, la vente de bouteilles plastiques en augmenté de 4 % en 2022. On est encore loin du compte. Difficile de dresser un état des lieux en Ile-de-France. Une enquête sur le nombre de fontaines en région doit être lancée. Cela concerne 60 500 ERP. Mais des freins subsistent, d’ordre économique tout d’abord, marqués par la concurrence des fabricants et des distributeurs de bouteilles, qui veulent éviter un manque à gagner (les dix premiers produits vendus en supermarchés sont des boissons). A Paris, 800 commerçants ont été sollicités pour installer des fontaines sur leur site. A quelques mois des JO Paris 2024, il est prévu 1000 nouvelles fontaines en Ile-de-France qui seront installées par exemple dans 500 gares franciliennes proches des événements et manifestations sportives. Depuis juillet 2023, Gare & Connexions SNCF a équipé avec ses propres fontaines éco-conçues, 40 gares en France dont 15 à Paris. Cette initiative sera associée au recours de bouteilles en verre consigné et à la distribution de gobelets plastiques réemployables. La promotion des gourdes sera organisée par un chef hydratation, spécialement recruté lors de cet événement d’envergure internationale.

Crédit : Pixabay

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