Labellisé « Territoire zéro déchet, zéro gaspillage » en 2015, Nevers Agglomération s’est fixé plusieurs objectifs sur la prévention. Parmi eux, transformer ses déchèteries en écocentres nouvelle génération, et faire des déchets de ses habitants, des « devenirs » réemployables ou recyclables. Aménagé sur une ancienne friche industrielle, un premier écocentre vient d’ouvrir ses portes. Sa particularité : accueillir la première recyclerie de l’agglomération et un préau des matériaux. Un second plus modeste, situé à l’autre bout de la ville est prévu à l’automne 2025.
Avec près de 90 000 passages par an et plus de 12 000 tonnes de matières récupérées, les deux déchèteries vieillissantes de Nevers vont laisser place en 2025 à deux écocentres pour les habitants du territoire (hors professionnels). Pour mener à bien cette mutation, le chantier d’un coût total de 12 millions d’euros, a bénéficié du fonds Federe-FSE en lien avec la région Bourgogne-Franche-Comté 2021-2027. L’ambition est à la hauteur des objectifs de prévention que veut atteindre Nevers Agglomération. Il ne s’agit plus d’accueillir les déchets pour les recycler, les incinérer ou les enfouir, mais d’en faire des « devenirs ». C’est bien le terme choisi par Denis Thuriot, président de Nevers Agglomération et maire de Nevers, pour décrire le rôle de ces infrastructures. Le premier écocentre des Grands Prés vient d’ouvrir ses portes aux habitants. L’écocentre du Pré-Poitiers est attendu à l’automne 2025.
La déchèterie ne doit plus être un parcours du combattant
Étendu sur 21 000 m², à l’est de Nevers, l’écocentre des Grands Prés devient le plus grand site de ce type en Bourgogne Franche-Comté. Son aménagement a nécessité à lui seul un investissement de 8,9 millions d’euros. Il s’inscrit dans le plan Climat air énergie territorial et a fait l’objet d’un marché public global de performance. Cela se traduit par plusieurs infrastructures innovantes comme la construction d’un bâtiment normé RE2020 avec bardage en bois local (chêne du Morvan) ; la mise en place de panneaux photovoltaïques sur certaines toitures ; l’installation d’une recyclerie de 700 m², d’un atelier de réparation pour les objets déposés, d’un préau des matériaux, ainsi qu’un captage séparé des eaux de toitures pour réutilisation. Concepteur et exploitant du site, Suez s’est entouré de deux acteurs professionnels locaux : Chaumette Dupleix et Atelier Bentejac. Le groupe s’engage par ailleurs à respecter plusieurs indicateurs comme le temps d’attente réduit, le déploiement d’une flotte décarbonée, la réduction des déchets non recyclables (par caractérisation des flux et tri renforcé).
Outre l’empreinte carbone réduite des infrastructures, le site permet de simplifier le parcours de l’usager. Autrefois perçue comme une corvée chronophage, la déchèterie moderne telle qu’imaginée à Nevers donne de nouveaux repères. L’habitant muni de son badge ne s’arrête désormais qu’une seule fois où il ne restera que 15 minutes maximum. Il est accueilli sur une zone assimilée à du Drive où un agent valoriste vient identifier les objets dans le coffre de la voiture et récupère dans des caisses spéciales, produits et équipements réemployables ou recyclables. En s’acheminant vers la sortie, l’usager passe devant un préau où il peut déposer des matériaux non dangereux de construction en bon état (parpaings, poutres, carrelages, huisseries, tuyaux PVC, etc). Il peut aussi y prendre des matériaux mis à disposition gratuitement. Deux alvéoles sont par ailleurs réservées aux gravats et déchets verts. Avant de quitter le site, un parking lui permet de faire une halte dans la recyclerie attenante pour y dénicher la bonne occase.
Acteurs sociaux au premier rang
« Nous visons à offrir un service équitable à tous les habitants. Ces sites modernisés et fonctionnels répondent à une volonté de renforcer le tri et le réemploi tout en intégrant des initiatives d’économie sociales et solidaires. Nous souhaitons ainsi par le biais de la seconde main et la recyclerie, redonner du pouvoir d’achat à nos concitoyens » précise le Maire de Nevers. Sous la houlette de Suez, un partenariat avec trois associations locales a été mis en œuvre. Sur l’écocentre des Grands Prés, Emmaüs déléguera des agents recyclage pour accueillir les usagers, détecter les objets réemployables et remettre en état des objets réparables pour une revente en boutique solidaire. Courant 2025, des agents recycleurs provenant de l’ANAR58 (association nivernaise accueil et réinsertion) viendront gonfler les effectifs des agents de Suez et d’Emmaüs. Ils assureront également le transport des flux réemploi entre les deux écocentres des Grands Prés et de Pré Poitiers pour approvisionner l’atelier de réparation et la recyclerie. L’ASEM (Acteurs solidaires en marche) sera chargée d’entretenir les espaces verts, de nettoyer les locaux et de collecter les vélos ; activité qu’elle réalise déjà depuis mars 2023. Enfin, un parcours et une salle pédagogique sont prévus pour accueillir le grand public et les scolaires en vue de sensibiliser à la gestion des déchets. Au total, ce ne sont pas moins d’une dizaine d’emplois attendus sur cet écocentre.
Lors de l’inauguration le 14 octobre 2024, Nicolas Portron, directeur de Suez recyclage en Bourgogne-Franche-Comté et Grand Est, estime que cet espace va devenir un outil d’attractivité pour Nevers et une vitrine d’innovation portée par les villes médianes. Nevers Agglomération (14 communes pour un peu plus de 67 000 habitants) se trouve au coeur de ces enjeux et consacre beaucoup d’énergie à la transition écologique de son territoire. Il faut dire que la tâche est rude. Selon Fabrice Berger, vice-président de Nevers Agglomération, malgré tous les efforts menés jusqu’à présent pour favoriser un meilleur tri des déchets, les élus assistent quasi impuissants à la production de toujours plus de déchets et surtout à un mauvais geste de tri : « nous enregistrons sur le principal centre de tri de Bourges qui récupère les déchets de trois départements limitrophes dont la Nièvre, un taux de refus considérable de 27 %. Pour inverser la tendance, nous devons miser sur plus de sensibilisation et de simplification. Des déchèteries comme l’écocentre des Grands Prés doivent permettre de changer de modèle de consommation et d’accompagner les usagers vers plus de réemploi ».
L’économie circulaire à la nivernaise
Au-delà de la prise en charge des devenirs par les écocentres de l’agglomération nivernaise, la prévention se décline sous d’autres formes. Un projet de Repair café est en cours dans le centre-ville de Nevers. Plusieurs entreprises locales sont aussi engagées sur ce chemin. C’est le cas de Losanje créée en 2020. L’entreprise est spécialisée dans la fabrication de vêtements et accessoires à partir de produits textiles finis destinés à la destruction (vêtements, draps, rideaux…). En 2023, Losanje a mis en place le premier outil automatisé et robotisé dédié à l’upcycling. Cette industrialisation permet une réduction des temps de cycles conséquents, mais surtout de mener à bien des projets d’upcycling d’envergure avec un large éventail d’entreprises. Depuis son lancement, Losanje a revalorisé plus de 30 tonnes de produits textiles obsolètes, et a réalisé plus de 100 références upcyclées ; en transformant des vestes en pantalons, des gilets en trousse, des vestes en casquettes et sacoches. Fabricant de sièges de bureaux depuis 1948, Eurosit a enclenché une transition en 2022 en réorganisant son outil industriel davantage tourné vers le réemploi. L’entreprise est membre fondatrice de l’éco-organisme Valdelia.
Début octobre 2024, l’ANAR58 a inauguré son atelier d’insertion pour le reconditionnement d’ordinateurs. Ce projet a été accompagné par le Pôle territorial de coopération économique (PTCE) Ecrin Nevers Val de Loire, en partenariat avec Nevers Agglomération et Nièvre Numérique. Cet atelier favorise la réutilisation des matériels informatiques mais également l’inclusion sociale à travers un parcours d’insertion professionnelle. Nevers s’engage en particulier à fournir du matériel informatique à reconditionner et espère que d’autres collectivités suivront en conformité avec la loi AGEC sur la commande publique circulaire. Cette démarche s’inscrit dans le programme Interreg Europe du Nord-Ouest « E6 project » porté par Saxion University of Applied Sciences (Pays-Bas). E6 (Écosystèmes Européens pour l’Extension de la durée de vie des Équipements Électriques et Électroniques) a été lancé en janvier 2024 sur trois ans. Il engage une vingtaine de partenaires européens dont la ville de Nevers et Nièvre Numérique, seuls représentants français.
Ce projet fait la promotion d’une économie plus circulaire en renforçant la capacité des villes et régions européennes à réutiliser, à réparer et à reconditionner les équipements électriques et électroniques. Dans ce contexte, six régions testeront divers outils avec le soutien des citoyens comme les Repair Cafés, les déchèteries et les nouvelles activités autour de la réparation et du reconditionnement. Un Label Pérennité est à l’étude pour les équipements reconditionnés, avec l’IFO (Institut français de l’obsolescence), et en lien avec le programme E6 où Nevers Agglomération et des acteurs de l’ESS sont impliqués pour assurer la pérennité des équipements achetés par les villes médianes. Par ailleurs, un projet d’atelier de reconditionnement est dans les tuyaux avec une solution de micromobilité électrique en lien avec Valeo et le PTCE Ecrin Nevers Val de Loire pour développer une chaîne d’assemblage et de reconditionnement avec des acteurs de l’ESS. Qui a dit que les villes moyennes n’étaient pas innovantes ?
Dates à retenir :
- Le prochain séminaire du projet E6 se tiendra à Nevers les 1er et 2 avril 2025.
- Les Obso-Days donnent rendez-vous aux professionnels français sur la gestion de l’obsolescence, de la pérennité et de la pénurie dans divers secteurs industriels (Santé, Défense, Ferroviaire, Automobile, Électronique, Aéronautique). Ces rencontres sont organisées par l’Institut Français de l’Obsolescence. L’édition 2025 se déroulera à Nevers du 31 mars au 2 avril 2025.
Crédit : E6 Project
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