L’engagement de l’industrie française porte sur l’emploi de 600 000 tonnes de plastiques recyclés

Les emballages, plus forts contributeurs

Les engagements volontaires sur l’emploi de plastiques recyclés annoncés cette semaine par l’industrie française vont permettre d’incorporer 600 000 tonnes de matières d’ici à 2025. Si on tient compte des 300 000 tonnes de matières plastiques recyclées déjà intégrées par l’industrie, cela ne correspond finalement qu’à 300 000 tonnes supplémentaires d’ici à sept ans. Quatre grands secteurs sont concernés : l’emballage, le BTP, l’équipement électronique et l’automobile. La part la plus importante de tonnages revient à l’emballage mais pour les professionnels du recyclage, plusieurs freins restent à lever.

« Avec ces engagements, il y aura d’ici sept ans, deux fois plus de matières plastiques issues du recyclage dans nos produits du quotidien. Si ces chiffres et la démarche des acteurs sont à saluer, les industriels vont néanmoins devoir renforcer encore plus la dynamique enclenchée afin d’atteindre les 100 % en 2025 fixés par le Premier ministre ». Tout en saluant les efforts des industriels français la secrétaire d’État à l’Ecologie, Brune Poirson les invite à aller plus loin. Certes, les 100 % de plastiques recyclés en 2025 ne seront vraisemblablement pas atteints, mais le gouvernement insiste pour que l’industrie s’y emploie, au risque de devoir imposer des mesures plus contraignantes. Si la France met la pression sur le recyclage des plastiques, cela correspond aux engagements du président Macron lors de sa campagne présidentielle mais aussi aux objectifs de la Stratégie européenne sur les plastiques qui prévoient le recyclage de 10 millions de tonnes de matières plastiques d’ici à 2025, soit un million de tonnes pour la France.

70 % des tonnages dans l’emballage

 

Le coup d’envoi a été donné avec la première mesure de la feuille de route pour l’économie circulaire, invitant les industriels à entrer dans la boucle. Une cinquantaine d’entre eux ont d’ores déjà répondu présent pour incorporer plus de résines régénérées dans leurs produits. Cela représente un supplément de 300 000 tonnes environ, déclinées dans l’emballage à plus de 188 000 tonnes, dans le bâtiment à plus de 75 000 tonnes et dans l’automobile à hauteur de 12 000 tonnes. Ces quantités s’ajoutent aux 300 000 tonnes de régénéré déjà utilisées. Les plastiques concernés sont ceux que l’on retrouve le plus souvent dans les secteurs industriels mentionnés : PET, Pehd, Pebd, PS, PP, PVC. Sur les quatre millions de tonnes de plastiques mises sur le marché en France, il reste toutefois de la marge.

Si la filière emballages compte à ce jour une trentaine d’entreprises volontaires, la filière bâtiment et infrastructures compte neuf signataires et s’engage à créer un réseau de 4 000 points de collecte sur le territoire d’ici 2025. Cette filière, qui rassemble le SRT PVC et des industriels comme Knauf Industries, Forbo et Gerflor, se dit prête à intégrer 30 000 tonnes de plastiques recyclés supplémentaires, sous réserve d’un dispositif financier d’accompagnement au lancement et de la levée des restrictions normatives et réglementaires. La filière automobile est portée par le groupe Renault, le groupe PSA et les fédérations professionnelles associées. Le groupe PSA prévoit +15% de plastique recyclé entre 2018 et 2025 en Europe, soit 38 000 tonnes consommées en 2025. Renault pour sa part s’engage à une hausse de 50 % de consommation de plastique recyclé en 2022 à l’échelle mondiale, soit 64 000 tonnes en 2023. Cet objectif avait été fixé par le constructeur dans son document de référence et donc bien antérieur à la FREC. Pour Fabrice Abraham, expert recyclage et économie circulaire chez Renault, le recyclage est mené depuis trente ans au sein de la filière avec des taux d’incorporation supérieurs à 20 % : « Cette pratique ne peut se développer qu’avec l’existence de passerelles entre les secteurs industriels. Aujourd’hui, il est par exemple impossible d’intégrer du PP d’emballages dans l’automobile, en raison des caractéristiques différentes des process ».

Entraîner les TPE et PME dans la boucle

 

Le gouvernement veillera à ce que ces promesses soient tenues et même dépassées. Un comité de suivi sera mis en place pour faire le point annuel. Trois indicateurs seront vérifiés pour chaque résine recyclée : la disponibilité au niveau national, la qualité et la traçabilité, la compétitivité sur le prix versus résine vierge. Pour Elipso, syndicat des entreprises de l’emballage plastique et souple, les efforts consentis par les grands groupes devraient entraîner un mouvement plus large englobant les PME et TPE. « Pour inciter ces entreprises à entrer dans la boucle, des solutions de simplification, d’aide à la sensibilisation sont nécessaires, affirme Emmanuel Guichard, délégué général d’Elipso. Nous devons notamment combattre les préjugés sur la qualité et le prix des plastiques recyclés ». Dans le secteur de l’emballage, l’engagement volontaire porte à la fois sur le ménager et l’industriel. Sur les 188 000 tonnes supplémentaires annoncées, 80 000 tonnes concernent le rPET, même quantité pour le rPEbd et 28 000 tonnes regroupent le rPEhd et le rPP.

Le plastique recyclé dans la bouteille peut atteindre plus de 25%

« Ce qui freine aujourd’hui l’incorporation de plus de 30 % de PET recyclé dans les bouteilles, ce n’est pas un problème technologique ou économique, puisque ces deux aspects sont maîtrisés, c’est l’insuffisance de gisements, explique Carlos de los Llanos, directeur scientifique de Citeo. Nous comptons fortement sur l’extension des consignes de tri, pour simplifier le geste de tri du citoyen et massifier la collecte ». Le consommateur est bien mis dans la boucle. Des campagnes d’affichage dans les grandes villes de France seront lancées cet été par Citeo avec le soutien des grandes marques de boissons pour inciter au tri des bouteilles. L’enjeu est de taille pour l’éco-organisme qui va concentrer ses actions au cours des prochains mois sur la collecte en milieu urbain dense et les déchets hors-foyer. Pour autant, la généralisation de l’extension à toute la France reste programmée à 2022. Pas question d’accélérer la procédure, alors qu’en aval, les débouchés restent à trouver. Par ailleurs, 80 centres de tri sont encore à moderniser, souligne Citeo.

Pérenniser les débouchés

 

Les deux nouvelles filières lancées sur le recyclage chimique du PS par Total et des barquettes en PET par Soprema illustrent les efforts industriels dans ce domaine. Du côté de la grande distribution, des travaux sont en cours en partenariat avec Perifem (fédération des grandes enseignes de la distribution) pour résoudre les problèmes techniques liés au tri des barquettes sombres. Cela concerne un gisement compris entre 12 000 et 20 000 tonnes. Le SRP (Syndicat national des régénérateurs de matières plastiques) estime qu’il faudrait en outre faire respecter le décret cinq flux au sein des entreprises et favoriser sur les déchèteries, la présence de bennes réservées aux plastiques. Sur le marché du PVC, les vieux tuyaux enterrés remplacés par des neufs, ne sont pas récupérés, pour des raisons économiques. Or aujourd’hui, les déchets de PVC collectés sont tous recyclés et vendus. La forte demande serait suffisante pour compenser ce coût de dépose. Alors que certaines résines ne partent plus en Chine, comme par exemple le Pebd, des débouchés sont tout à fait envisageables dans l’hexagone, grâce aux industriels du film, localisés notamment en Haute-Loire. C’est le cas du groupe Barbier, qui intègre déjà plus de 20 % de régénéré dans ses films de sur-emballages, mais qui pourrait facilement atteindre 70 % en levant tous les freins liés aux inquiétudes de ses clients.

Des chiffres réalistes mais des actes insuffisants

 

« L’important est aussi de redonner à l’industrie française la possibilité d’être présente sur toute la chaîne de valeur, indique Elipso. Cela n’aurait aucun sens d’importer de la matière à recycler si les gisements français ne sont pas tous exploités, faute de collecte et de tri efficaces ». Du côté des régénérateurs français, on constate en 2017, que les exportations de MPR (matières plastiques recyclées) ont diminué de 11% et les importations divisées par 2. L’an dernier, les membres du SRP ont ainsi produit près de 390 000 tonnes de matières plastiques recyclées, en hausse de 11 % par rapport à 2016. Les déchets achetés proviennent à 75 % des filières REP Emballages, Automobiles et DEEE. Viennent ensuite les filières volontaires du BTP (14 %) et de l’agro-fourniture (6%). « Les 300 000 tonnes supplémentaires annoncées ne nous posent pas de problème, indique Olivier Vilcot, vice-président du SRP. Pour autant, il faut regarder de près l’évolution par résine. Si le PET est régénéré à 100 % en France, grâce à une forte demande d’industriels français, ce n’est pas le cas pour le Pehd, dont la production de régénéré a chuté de 10 % en 2017. Les déchets Pehd ont tendance à partir en Turquie qui les achètent à bon prix. Ce pays fabrique en effet du compound bas de gamme qui à son tour est expédié en Chine. Cela créée des tensions sur le marché européen et les trois recycleurs français MPB, CPA et Ecoplastics ont du mal à s’approvisionner.

Production de granulés issus du recyclage chez MPB

Jusqu’à présent, l’industrie a considéré que le plastique recyclé évoluait en dehors du marché et que par conséquent, les prix pratiqués devaient toujours rester inférieurs au prix du vierge. « Nous voulons tordre le coup à certaines croyances. Si à terme, la quantité est au rendez-vous, la demande et l’offre trouveront un point d’équilibre avec un prix de marché ». Sans compter que la qualité des résines recyclées rivalise aujourd’hui largement avec celle du vierge, ajoute Olivier Vilcot. Pourtant une majorité d’entreprises se réfugient encore derrière le problème de traçabilité pour ne pas incorporer de plastiques recyclés. Le SRP a choisi d’établir des fiches techniques de toutes ses résines régénérées pour garantir aux clients, transparence et qualité. Il en va de même au niveau européen au sein de l’association des recycleurs de plastiques PRE (Plastic Recyclés Europe). Toutefois, le syndicat met en garde sur la collecte des plastiques en mélange, susceptible de dégrader certaines résines.

Une impulsion réglementaire aurait préférable

Sur le marché des emballages ménagers, un autre frein d’ordre réglementaire vient s’ajouter à la liste. Le temps pris par l’Efsa (Autorité européenne de sécurité des aliments) pour délivrer les homologations relatives aux procédés de recyclage de plastiques destinés à l’emballage alimentaire, est trop long, de plusieurs années parfois. Cette durée doit être raccourcie sans pour autant nuire au contrôle sanitaire et environnemental, selon Brune Poirson.

« Les techniques utilisées sont si puissantes que n’importe quel flux de plastiques issus d’une industrie non-alimentaire, pourrait devenir apte au contact alimentaire, reconnaît Olivier Vilcot. En Europe, on exige toutefois que ces procédés traitent moins de 5 % de gisements du secteur non alimentaire, contrairement au FDA américain qui n’impose pas cette restriction ». Enfin, l’éco-conception peut devenir un vrai levier, si en effet, le « design for recycling » devient une priorité. La politique d’allègement d’un emballage risquerait selon les recycleurs, de nuire à sa recyclabilité.

Si le Syndicat des recycleurs de plastique se félicite de l’engagement volontaire des industriels, il déplore toutefois que le gouvernement ait renoncé à instaurer une mesure réglementaire qui aurait pu facilement imposer 10 % de plastique recyclé : « de nombreux industriels intègrent déjà plus de 20 % de MPR. L’engagement volontaire va les conduire à faire plus, mais ne va pas forcément aller chercher les entreprises non impliquées dans cette démarche. La réglementation aurait permis de mettre tout le monde au même niveau et insuffler un vrai changement dans les pratiques industrielles ».

Encadré :

Pour la Fédération de la Plasturgie et des Composites et son président Benoît Hennaut, c’est un bon début : « nous allons inciter les industriels à franchir le pas de l’utilisation quotidienne de MPR. C’est pourquoi nous lancerons un outil d’auto-diagnostic en ligne dès octobre 2018, pour aider les 4 000 chefs d’entreprise à évaluer la maturité environnementale de leur entreprise, à mesurer leur positionnement dans les approvisionnements durables et prendre des décisions ». Des rencontres pour les industriels sur les MPR seront organisées avec le SRP, dans toutes lesrégions, ainsi que des « workshops » par résine réunissant plasturgistes et recycleurs. Des indices de prix sur les MPR seront transmis pour améliorer l’information et l’accès à ces approvisionnements. Par ailleurs, le centre technique industriel IPC va consacrer près d’un tiers de son budget aux actions collectives engagées dans l’économie circulaire.

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