Lieux d’échanges commerciaux intenses mais aussi et surtout territoires de transit entre la terre et l’eau, les zones portuaires réunissent presque toutes les conditions pour s’inscrire dans un modèle d’économie circulaire. Pour le GIE Haropa Ports de Paris Seine Normandie, l’axe fluvial de la Seine met en lumière des enjeux environnementaux et sociétaux majeurs. Pour renforcer l’activité de ses ports et séduire de nouveaux candidats industriels, Haropa veut devenir le facilitateur de projets collaboratifs et d’écologie industrielle.
Enregistrant un trafic maritime et fluvial de plus de 120 millions de tonnes et des activités qui représentent environ 160 000 emplois, Haropa est à ce jour, le 5e ensemble portuaire nord-européen. Il réunit les ports du Havre, de Rouen et de Paris, soit au total une dizaine de ports normands et franciliens sur l’axe de la Seine, avec une desserte de la région parisienne, le plus grand bassin de consommation français. Cette situation géographique et économique spécifique permet à la société Haropa d’encourager des actions vertueuses. Pour rendre les zones portuaires compétitives et dynamiques au niveau national et international, le GIE mise aujourd’hui sur une gestion plus écologique de ses territoires. Concilier développement économique et environnement fait désormais partie de sa stratégie qui s’articule autour de trois axes : la promotion de solutions logistiques vertueuses, la réduction de l’impact des activités industrielles, l’intégration des ports dans leur environnement naturel et urbain.
Grand Paris Eldorado

En 2018, les ports d’Haropa affichaient une croissance globale des trafics de 2 % à 94,7 millions de tonnes dans le maritime et de 4,5 % à 22,1 millions de tonnes pour le fluvial en Ile-de-France. Parmi les secteurs moteurs, le BTP a enregistré une hausse d’activité de 34 % avec 1,67 million de tonnes pour le trafic maritime de granulats. Le transport fluvial de granulats en Ile-de-France affiche une légère hausse de 0,7 % à 11,8 millions de tonnes tandis que le trafic fluvial de déblais franciliens a augmenté de 12,4 % à 4,8 millions de tonnes. Cette progression traduit aujourd’hui et encore pour quelques années, l’importance des ports pour la logistique des grands chantiers de construction et la filière du BTP, portés par le Grand Paris Express. Haropa se trouve au coeur de cette métamorphose régionale, en tant que facilitateur dans le transport et la logistique. « Nous voulons saisir l’occasion de ces futurs grands chantiers pour proposer à la fois des infrastructures pérennes et durables, explique Karim Lalmas, responsable de la filière produits valorisables chez Haropa. Le Grand Paris est en effet perçu par les acteurs économiques d’Ile-de-France comme un Eldorado ».

Des chantiers sont prévus jusqu’en 2030, sans compter les quelque 45 millions de tonnes déblais à gérer. Un défi industriel majeur et de nouvelles opportunités économiques pour les entreprises des zones portuaires de Paris. Pour anticiper ces futurs chantiers, Haropa et ses partenaires industriels ont commencé à réfléchir très amont. C’est par exemple le cas pour le nouvel aménagement à Bonneuil-sur-Marne. Haropa-Port de Paris a livré et inauguré en octobre 2018, une plateforme de 3,6 ha moyennant un investissement de 2,5 millions d’euros. Le site sera exploité par Eiffage pour expédier les déblais issus du creusement de la ligne 15 du métro entre Créteil et Champigny-sur-Marne. Le trafic attendu porte sur environ 700 000 tonnes de matières au cours des quatre prochaines années. En parallèle, Haropa-Port de Paris finalise un projet de port urbain sur 1,5 ha à Vitry-sur-Seine, pour accompagner les professionnels du BTP dans la gestion des matériaux dans le cadre des projets du Grand Paris et des nouveaux quartiers aménagés sur 400 ha.
Une filière « déchets » le long de la Seine
En Ile-de-France, le transport fluvial des déchets (toutes provenances confondues) pèse 6,2 millions de tonnes par an sur un trafic francilien total de 22 millions de tonnes. Cela représente un peu moins de 30 %, mais la mise en œuvre des chantiers du Grand Paris pourrait faire évoluer les chiffres. La plupart des flux sont transportés en vrac. Trois grands segments dominent : les déchets du BTP à hauteur de 4,8 millions de tonnes, 850 000 tonnes de déchets métalliques, le reste (soit environ 700 000 tonnes) est composé de déchets issus du tri des collectes sélectives (plastiques, papier-carton et mâchefers). Il faut dire que l’activité du déchet est particulièrement dynamique sur l’axe de la Seine, avec comme point de départ le bassin parisien, et quatre ports « phares » : Gennevilliers, Limay-Porcheville, Bonneuil-sur-Marne et Bruyères-sur-Oise. C’est aussi là que les sites de traitement des déchets sont concentrés. Pas moins de trente unités industrielles y sont implantées : des principaux récupérateurs et recycleurs de métaux comme GDE et Derichebourg, au régénérateur de bouteilles PET comme France Plastiques recyclage, en passant par Sarp Industries, traitant les déchets dangereux. La gestion des déchets s’élève à plusieurs milliers de tonnes chaque année sur ces implantations. Gennevilliers comptabilise 700 000 tonnes, contre 450 000 tonnes à Limay, 230 000 tonnes à Bonneuil et 220 000 tonnes à Bruyères.

Cette spécificité est liée à la région francilienne qui génère des volumes importants de déchets à traiter et à la densité urbaine. Pour Haropa, cette situation est une opportunité qu’il faut promouvoir. La dynamique qui émerge du recyclage doit permettre d’attirer de nouvelles entreprises dans ce secteur, insiste Karim Lalmas : « c’est pourquoi, nous encourageons l’implantation de sites industriels ou d’entrepôts, et nous accompagnons les entreprises dans la diversification des produits et la massification des flux ». Pour ce faire, Haropa propose le transit via un réseau étoffé de quais à usage partagé, le transport des ordures ménagères et des encombrants par conteneurs, le développement d’un réseau de déchetteries flottantes, et le transport des DEEE. Sur l’ensemble du réseau portuaire de l’axe de la Seine, Haropa compte plus de 1500 établissements en rapport direct avec l’éco-industrie. Parmi ces établissements, environ 180 sont des sites de traitement : installations de compostage, de tri, de stockage et de valorisation matière. Les gisements concernés sont les déchets ménagers, les déchets d’activités économiques, les déchets dangereux, les déchets métalliques, les DEEE, les déchets verts, les huiles usagées. Au-delà du soutien au déploiement d’une filière déchets, Haropa facilite la création de nouveaux liens entre les entreprises. Au coeur des enjeux : la préservation des ressources et une consommation énergétique plus durable.
L’énergie au coeur de l’écologie industrielle
A Limay, l’énergie est un enjeu de taille, depuis la fermeture de la centrale EDF en mai 2017. Celle-ci consommait la chaleur fatale de Sarp Industries, située à proximité. Aujourd’hui la vapeur produite par la filiale de Veolia est perdue. Haropa compte sur l’émergence de nouvelles synergies entre industriels locaux. « En général ce type de partenariat se réalise entre des producteurs d’énergie et des unités de production énergivores. Nous souhaiterions que cette vapeur puisse servir à d’autres sites comme France Plastiques Recyclage par exemple qui a des besoins importants. Si nous ne sommes pas acteurs dans ces projets, nous pouvons les faciliter grâce au réaménagement d’infrastructures ou d’espaces, si besoin ». Si toutes les démarches n’aboutissent pas, certaines deviennent exemplaires. C’est le cas du partenariat entre le producteur de sucre, Tereos et Ecostu’Air, l’UVE du Sevede situé à Lillebonne, en bord de Seine non loin de Tancarville. Moyennant un investissement de 18 millions d’euros, l’usine de Tereos est alimentée depuis trois ans à 70 % par de l’énergie verte, issue de la valorisation des déchets urbains. « Un beau projet qui nous inspire, explique Karim Lalmas, car il démontre que beaucoup de choses sont possibles ».
Energie verte et logistique mutualisée
L’estuaire de la Seine ne manque pas d’initiatives dans ce domaine. Depuis 40 ans, l’association Synerzip suit et accompagne les synergies industrielles déployées sur la zone portuaire du Havre. Créée à l’origine pour gérer les risques sécuritaires – la zone accueille 16 sites Seveso, Synerzip s’intéresse aujourd’hui aux projets basés sur l’énergie et la mutualisation dans la logistique. « Nous réunissons ici tous les profils et tailles d’entreprises pour réfléchir et travailler sur les collaborations industrielles possibles sur ce territoire, explique son président Olivier Clavaud. L’axe Seine est à ce titre propice aux symbioses et aux mutualisations des ressources. Deux secteurs nous tiennent particulièrement à coeur : l’approvisionnement en énergie verte et la réorganisation d’une logistique plus durable ». Parmi les initiatives majeures de la zone, celle de Sedibex (Veolia) qui a fêté ses 40 ans en 2017. Ce centre de traitement de déchets industriels dangereux est installé à Sandouville, sur la ZI du grand port maritime du Havre. Il dispose de trois lignes d’incinération et de valorisation des déchets, d’une capacité autorisée de 200 000 tonnes/an. L’intégralité des déchets incinérés est valorisée sous forme de vapeur et d’électricité, soit plus de 9,5 MkWh d’électricité et 300 000 tonnes de vapeur chaque année. Celle-ci alimente notamment cinq sites industriels via un réseau de 4 km. Des investissements sont en cours pour permettre à terme la réutilisation du CO2 par d’autres sites industriels voisins.

Dans le cadre du projet Ecocombust, le groupe EDF prévoit d’ici à 2022, l’arrêt de la production d’électricité à partir de charbon et le développement des ressources biomasse. Ce projet engagé depuis 2015 doit se traduire par la mise au point et l’utilisation d’un nouveau type de combustible, fabriqué localement. Il pourrait devenir le tremplin à la création d’une nouvelle filière de valorisation de déchets de bois et de CSR. Sur la zone portuaire du Havre, la centrale thermique EDF est au coeur d’un nouveau projet collaboratif de massification des flux de matières, impliquant Haropa et Ports de Paris. Cela se traduirait notamment par l’acheminement fluvial de 200 000 t/ an de déchets bois et de CSR provenant d’Ile-de-France.
Peu d’impact lié au blocus chinois
Le GIE Haropa estime à 200 000 tonnes, la quantité de ferrailles exportées chaque année depuis Rouen vers la Turquie. Les volumes sont stables malgré une légère croissance enregistrée en 2018. Le port du Havre reste avant tout une zone de transit de conteneurs maritimes qui embarquent des millions de tonnes de marchandises dont des ferrailles et des balles de papiers-cartons. Cela correspond à un total de 20 000 EVP par an. A ce jour, malgré les restrictions commerciales de la Chine à l’égard de plusieurs catégories de déchets, Haropa n’a pas observé de ralentissement particulier sur le trafic de matières. Les balles de papier-cartons continuent de partir en Asie, et en particulier vers l’Indonésie pour alimenter les usines papetières. De toute façon, si des répercussions sont observées, elles ne pourrait être que positives, ajoute le responsable développement durable de Haropa : « les contrôles de qualité renforcés vont conduire les industriels à investir davantage dans des équipements de traitement, proches des zones d’expédition, afin de mieux préparer les matières premières ». Le port de Rouen, avant-poste de la zone portuaire maritime du Havre, pourrait être relativement concerné.
Crédits : CM, Haropa-Ports de Paris Laurent Guichardon
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