Combattre le dérèglement climatique doit passer par une réduction drastique des émissions de CO2. Pourtant, le gouvernement français semble faire marche arrière en proposant une neutralité carbone, plutôt qu’une division par 4 des émissions d’ici 2050. Pour Antoine Frérot, PDG du groupe Veolia, les efforts à fournir sont colossaux mais des solutions existent déjà, peu coûteuses et à court terme. L’industriel liste 15 actions possibles à mettre en œuvre entre 2020 et 2050. Son futur plan stratégique 2020-2023 devrait s’en inspirer.
Avec un chiffre d’affaires de plus de 18 milliards d’euros enregistré au cours des neuf premiers mois de l’année 2018 (en croissance de 6,6 %)*, le PDG de Veolia, Antoine Frérot, considère ces performances comme très satisfaisantes et entrevoit déjà 2019 avec confiance : « les services à l’environnement n’ont jamais été aussi utiles aujourd’hui, pour contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre et lutter contre le dérèglement climatique. Par ailleurs, je me réjouis de constater que plus de 50 % de notre chiffre d’affaires provient de nos nouvelles activités comme l’efficacité énergétique, la réutilisation des eaux usées ou la gestion des équipements industriels en fin de vie ».

C’est sur cette base que le groupe prépare son prochain plan stratégique 2020-2023. Face aux enjeux climatiques, Veolia se positionne comme l’un des acteurs industriels incontournables. Une étude, réalisée par le cabinet de conseil Roland Berger pour Veolia, montre que dans le cadre d’un maintien des politiques actuelles, les émissions brutes mondiales de gaz à effet de serre pourraient atteindre 66 giga tonnes (Gt) en 2050. Elles étaient estimées à 53 Gt en 2016. Inverser la tendance implique connaître précisément la provenance de ces émissions. Or parmi les secteurs responsables de ces émissions à l’échelle mondiale, figurent l’énergie à 27 %, et l’industrie à 23 %. Le transport contribue à hauteur de 15 % tandis que l’agriculture, le résidentiel et l’utilisation des terres représentent respectivement 12 %, 11 % et 9 % des émissions mondiales. Toujours selon l’étude du cabinet Roland Berger, Veolia pourrait agir dans son secteur en permettant l’évitement de 11,7 Gt CO2 par an. Le potentiel de réduction serait de plus de 7 Gt CO2 au total pour l’efficacité énergétique de l’industrie, la capture de CO2 et l’efficacité énergétique des bâtiments. L’utilisation de la chaleur fatale, le recyclage et la production de biomasse et de CSR, représentent chacun, des évitements de l’ordre de 0,7 Gt.
Efficacité énergétique
Après le constat, l’action. Le groupe a étudié dans quelles mesures, ses activités au service de l’environnement et l’énergie pouvaient l’inscrire dans une politique de lutte contre le réchauffement climatique. De cette réflexion, Veolia a défini trois grandes catégories de solutions, celles du court, du moyen et du long terme. Dans la première section, on trouve principalement des solutions dont la maturité technologique, commerciale et sociale est la plus élevée. « Nous avons plusieurs atouts en main, à commencer par l’augmentation de l’efficacité énergétique de l’industrie, souligne Antoine Frérot. Le déploiement de logiciels d’optimisation et la mise en œuvre d’installations de cogénération illustrent nos avancées.

Parmi nos plus belles expériences, j’aimerais mentionner la création d’une joint-venture avec ArcelorMittal l’an dernier. L’objectif est de moderniser la centrale de production d’énergie de Fos-sur-Mer et accroître la performance environnementale du site grâce à l’optimisation de la valorisation énergétique des gaz sidérurgiques et à la diminution des émissions de CO2 ». Coût de l’opération : 200 millions d’euros investis à 50/50 sur trois ans. D’autres partenariats industriels démontrent la faisabilité d’une telle démarche. C’est le cas de l’usine Renault à Tanger au Maroc qui utilise pour ses ateliers de peinture, la chaleur issue de la valorisation énergétique des noyaux et pulpes d’olives. Cela équivaut à 23 000 t/an de résidus traités chaque année, pour produire 76 GWh de chaleur. Veolia ne cache pas son désir de pouvoir dupliquer cette expérience à terme auprès d’un autre constructeur automobile, implanté au Maroc. En Pologne, Veolia s’est associé il y a deux ans à la fonderie d’aluminium du groupe Volkswagen à Poznan. Objectif : récupérer la chaleur fatale de l’entreprise pour alimenter le réseau de chaleur de la ville. Il dessert l’équivalent de 30 immeubles et permet une économie de 635 t/an de charbon et de 17 millions de litres d’eau. Dans un tout autre domaine, la valorisation des boues mélangées au déchets organiques est utilisé comme fertilisant agricole. A ce sujet, Antoine Frérot émet quelques réserves sur la politique française actuelle : « il faut développer cette filière de co-compostage et non pas la freiner. Le projet de loi économie circulaire doit vraiment aller dans ce sens » estime-t-il. A moyen terme, Veolia veut s’attaquer cette fois à l’efficacité énergétique des bâtiments, alors qu’en Europe, les trois quarts ne répondent pas actuellement aux critères de performance exigés. Aujourd’hui, la maturité commerciale n’est pas au rendez-vous, ce qui conduit le groupe Veolia à envisager plutôt le déploiement de ses systèmes d’optimisation énergétique autour de 2025.
Freins réglementaires
De même dans le recyclage, plusieurs actions restent à mener. Les déchets plastiques mais également le papier-carton, le métal ou le bois doivent prendre davantage le chemin des centres de tri et de traitement. A ce jour, seuls 10 % des plastiques sont recyclés dans le monde, rappelle Antoine Frérot. Pourtant, cette activité serait à même de créer plusieurs milliers d’emplois supplémentaires en Europe. Les politiques en France et en Europe affichent clairement leur volonté de rendre l’industrie du recyclage plus performante grâce à la robotisation et l’automatisation de certaines tâches. Pour autant, le PDG de Veolia est convaincu que les emplois ne disparaîtront pas mais seront transformés en métiers plus qualifiés. L’incorporation de plastiques recyclés dans l’industrie intéresse également le groupe français, en qualité de recycleur. Il vient de signer un partenariat avec Danone en Indonésie pour construire une usine de production de rPET d’une capacité annuelle de 25 000 t/an. Cette matière première servira à la fabrication des emballages de la gamme de produits Aqua.

En ce qui concerne le déploiement des chaudières biomasse, et la mise en oeuvre d’une filière de CSR, ou encore la capture du CO2, il faudra en revanche attendre quelques dizaines d’années, entre 2025 et 2035, voire plus, selon Veolia, pour gagner en maturité technologique et surtout réglementaire : « les freins législatifs ne relèvent pas de nos compétences directes, car pour être rentable dans ce secteur, la biomasse doit être compétitive par rapport aux énergies fossiles. L’État français en l’occurence doit faciliter ce rééquilibre des prix ». Si la conversion industrielle des centrales à charbon en centrales à biomasse a bien commencé en Allemagne et en Europe centrale, elle sera sans doute plus longue à mettre en œuvre en France. La responsabilité des pouvoirs publics est cruciale pour ce développement, insiste Antoine Frérot. Ce dernier souligne encore la pertinence de mettre en place des politiques progressives avec une vision à court, moyen et plus long terme. Implanté dans une cinquantaine de pays, Veolia souhaite renforcer ses activités en Amérique latine, et dans d’autres régions en Afrique et en Asie du Sud-Est. A condition toutefois d’afficher une certaine taille et complexité pour devenir compétitif dans ces pays par rapport aux acteurs locaux. S’adapter aux nouveaux enjeux industriels, climatiques et sociétaux est la clef du succès, reconnaît Antoine Frérot : « depuis dix ans aux commandes du groupe, j’ai appris que nous devons en permanence rénover et réinventer nos métiers ».
*Le chiffre d’affaires global pour l’année 2018 sera annoncé le 21 février 2019
Crédit : CM, Veolia (Louis Barberger, Antonio Liébana, Bruno Clément)
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