Cela fait bientôt neuf ans que l’État, par le biais du Programme d’Investissement d’Avenir et de l’Ademe, finance des projets industriels et de R&D pour promouvoir l’économie circulaire. A travers des appels à projets ou des concours d’innovation, 118 entreprises, laboratoires et associations ont bénéficié depuis 2011, d’une aide de 135 millions d’euros, pour 67 projets retenus à ce jour. Toutefois, les abandons ne sont pas nuls. On en compte une dizaine à ce jour. Le PIA poursuit malgré tout son objectif initial : prendre des risques pour faire émerger des projets innovants et performants.
L’État français a développé depuis une dizaine d’années, toute une panoplie d’outils pour soutenir l’innovation et des projets industriels sur la transition écologique. Parmi eux, le programme d’investissements d’avenir (PIA) a été mis en place pour compenser notamment l’absence d’appétence au risque des banques et des fonds d’investissements, après la crise de 2008. « C’est dans l’ADN du PIA, que s’inscrit la prise de risque, explique Pierre-Yves Burlot, responsable adjoint du Pôle Suivi du Financement et Valorisation à la Direction des Investissements d’Avenir. Nous soutenons ainsi des projets matures qui sinon, n’auraient jamais vu le jour, tout en nous protégeant, grâce à des garanties financières et des suivis réguliers ». Lorsqu’un projet est retenu, il est soumis à plusieurs conditions. Tout d’abord, il fait l’objet d’une analyse technique, fournie par l’Ademe et d’une expertise économique établie par la Direction des investissements d’avenir. Des garanties financières sont exigées s’il s’agit de grands comptes ou bien, le projet est parfois redimensionné, s’il semble trop lourd à porter par la PME. « Nous travaillons en bonne intelligence avec les entreprises. Il est possible d’arrêter des projets avant leur terme pour éviter de compromettre l’avenir de l’entreprise ou limiter les dépenses de l’État. Dans ce cas, les remboursements sont effectués sur une durée plus ou moins longue pour ne pas fragiliser l’entreprise ». Actuellement, plusieurs milliards d’euros font l’objet de réclamations jusqu’en 2025, tous secteurs confondus. Si le PIA peut prendre des risques pour des projets innovants, les aides attribuées ne sont pas versées sans précaution. L’exemple du projet CHO Tiper (production électrique par gazéification de CSR et biomasse) en témoigne. Le PIA a attribué à ce projet la somme de 12 millions d’euros sous condition d’une levée de fonds de la part du porteur. En l’absence de cette levée d’argent, le PIA n’a à ce jour, déboursé aucun centime pour le projet.
Quatre milliards d’euros
Le PIA finance la transition énergétique et environnementale à hauteur de quatre milliards d’euros pour la période 2010-2020. Des sessions spécifiques existent pour l’économie circulaire mais à terme, l’Ademe souhaite en faire un sujet transverse présent dans tous les secteurs aidés par des investissements d’avenir (bâtiment, chimie verte, agriculture etc.). Ainsi, depuis le lancement d’appels à projets consacrés à ce nouveau modèle économique et sociétal, l’Ademe a contribué au financement de 67 projets à hauteur de 135 millions d’euros. A la tête de ces projets, ce ne sont pas moins de 118 bénéficiaires, grandes entreprises, PME, laboratoires, associations. En réalisant son bilan sur l’aide à l’économie circulaire en 2018, l’Ademe mentionne la part relativement élevée des PME bénéficiaires. Elles étaient 62 à avoir reçu près de la moitié des aides accordées. Ce résultat montre selon l’agence, la forte implication de ces entreprises de taille moyenne dans la promotion de l’économie circulaire, ainsi que leur réactivité à s’adapter au changement. (cf carte)

Projets arrêtés
Procédés de traitement onéreux, modèles économiques non viables, redressement ou liquidation judiciaires, voici les raisons qui expliquent en particulièrement l’arrêt de certains projets, pourtant soutenus par l’Ademe : TREC (Michelin), TREZ (société RVX), EDB HPCI V2 (Européenne de Biomasse), Delion (Ecocis), EIT PDV. Deux entreprises indiquées sur la cartographie de l’Ademe comme projets en cours, sont également concernées. C’est le cas de la société AB Val Composites, liquidée en février 2018 et de CHO Tiper, dont le projet est compromis après la déclaration de cessation de paiement de son principal investisseur Europlasma en janvier 2019.
L’Ademe met en lumière certaines d’entre elles qui ont transformé leur projet, en véritable modèle de développement. C’est ainsi le cas pour Solover qui a créé en 2014, la première filière de recyclage du verre plat, issu du bâtiment et de l’automobile. Aujourd’hui, cette PME familiale qui a bénéficié de 2,5 millions d’euros sur un budget total de 7 millions, prépare la mise en œuvre d’une ligne de traitement de 60 000 t/an de verre plat pour sortir un nouveau produit fini de qualité. Dans le domaine des métaux stratégiques, les PME Bigarren Bizi et Terranova Metal ont montré leurs performances dans le recyclage des DEEE (déchets électriques et électroniques). La première a lancé le projet Hatzen pour recycler les cartes électroniques par procédé mécanique, tandis que la seconde s’attèle à l’extraction du tantale contenu dans les condensateurs avec son projet Argos. Jusqu’à présent, le tantale n’est pas produit en Europe. L’objectif de Terranova serait de créer la première unité de valorisation de ce métal, issu de DEEE.
Dans le secteur des plastiques, l’innovation est également au rendez-vous quand il s’agit de recycler les fractions les plus complexes, comme par exemple, le polyvinyl butyral (PVB), l’un des composants du verre feuilleté (pare-brise automobile, vitrages etc.). Non valorisé jusqu’alors, il représente pourtant des milliers de tonnes de matières mises en décharge chaque année. Le projet HPI PVB porté par la PME Hainaut Plast Industry vise au développement d’une unité industrielle pour recycler ce film plastique à forte valeur ajoutée. La valorisation énergétique des déchets est représentée par une dizaine de projets (méthanisation, gazéification, biogaz, pyrogazéification). Parmi eux, BioMéthanePlus, lancé par Naskéo et AgriGNV, porté par Prodeval. Tous deux s’intéressent à la méthanisation, soit en associant l’injection de biogaz directement dans le réseau de gaz naturel, soit en créant de petites unités pour produire du bioGNV, destiné aux engins agricoles.
Quand l’économie d’usage émerge
D’autres thèmes sont abordés par les programmes de financement, comme l’économie de la fonctionnalité, l’éco-conception ou le gaspillage alimentaire. A ce jour, un tiers des projets soutenus par l’Ademe sont concernés. L’économie d’usage représente à elle seule une quinzaine de dossiers. Ecolav lancé par Ecocup est une chaîne de lavage et de séchage de gobelets réutilisables. L’entreprise veut démontrer que le réemploi de gobelets sur des événements n’est plus seulement une mode. Pour accompagner cette nouvelle tendance, elle souhaite développer une unité de lavage proche des événements et un procédé de désimpression pour récupérer les gobelets vierges, prêts au réemploi. De son côté, la Blanchisserie industrielle du Centre propose Locatex, une offre de service basée sur la mise à disposition d’essuyages sans transfert de propriété aux utilisateurs industriels. L’entreprise BIC peut ainsi récupérer ses produits pour les valoriser, en réduisant les impacts environnementaux. Quand le numérique se met au service des territoires et de la réduction des déchets, cela donne naissance à Nextroad, coordonné par la PME ForCity. Financé à environ 50 % du budget total (7,4 millions d’euros), Nextroad développe un outil de simulation et de modélisation pour les collectivités et les entreprises afin d’anticiper la gestion de leurs déchets. Il permet de planifier sur des territoires délimités, une politique de gestion et de valorisation des déchets de façon durable. Ce projet est également soutenu par Veolia et le Grand Lyon où il sera testé.
L’année 2019 sera enfin le théâtre de deux grandes manifestations de soutien à l’économie circulaire. L’appel à projets EcoCirc lancé il y a un an, doit se clôturer en juin prochain. Il bénéficie à des projets d’un coût total supérieur à deux millions d’euros et portés par des consortiums de une à cinq entreprises, avec démonstrateur à la clef. Par ailleurs, la vague 4 des concours d’innovation sera organisée a priori cet été sur ce thème. Elle s’adresse à des projets d’un coût total situé entre 600 000 euros et cinq millions d’euros, porté par une seule PME. D’ores et déjà, une dizaine de projets ont été retenus dans la vague 2 clôturée en octobre 2018. Ils devraient démarrer cette année pour une durée de deux ou trois ans. Figurent entre autres la gestion des biodéchets et du compost (Les Alchimistes, Urban’Compost et Modulo+), l’emploi de textile recyclé avec le projet Moncoton, le recyclage des cartes électroniques (Osirx GF), ou encore le recyclage des déchets polyuréthane (Poly’Add).
En plus :
Concours d’innovation (vague 2)
« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »