On les trouve dans les flux ménagers, mais aussi avec les déchets diffus spécifiques (DDS) ou encore parmi les déchets pharmaceutiques. En aluminium ou en acier, les générateurs d’aérosols sont envoyés en partie dans les centres de tri avec les emballages métalliques. En raison des résidus liquides ou gazeux, leur traitement n’est pas sans risque, pouvant être la cause, dans certains cas, de départs d’incendies et d’explosions. Le Comité français des aérosols (CFA) aide Citeo à finaliser le premier guide de recommandations pour sécuriser la mise en balle des générateurs d’aérosols en aluminium. Autre nouveauté : la compilation des premiers chiffres sur les gisements collectés par filière.
Brumisateur, spray désinfectant, mousse à raser, décapant pour four, désodorisant, insecticide, spray de peinture, etc. : les produits aérosols font partie de notre quotidien. Chaque Français en consomme en moyenne 10 par an, soit un total estimé à 680 millions d’unités. La moitié des usages concerne la cosmétique, 10 % le nettoyage ménager, 37 % la pharmacie et l’automobile. Avec 797 millions de générateurs d’aérosols produits chaque année, la France est en troisième position en Europe, après l’Allemagne et le Royaume-Uni. Dans l’hexagone, les générateurs d’aérosols sont pour plus de la moitié en aluminium et le reste en acier.
Une fois consommés, ils sont pris en charge par la filière des déchets d’emballages ménagers via Citeo, ou par les filières de déchets diffus spécifiques via Eco-DDS ou Cyclamed. Dans un premier cas, ils sont recyclés dans l’industrie métallurgique, dans l’autre cas, ils sont incinérés dans de grosses unités industrielles comme celle de DEM à Chauny dans l’Aisne (groupe ARF). Une partie finit également dans les mâchefers d’incinération. En l’absence d’informations précises sur les gisements traités en France, le Comité français des aérosols (CFA) a décidé de prendre les choses en main, avec le concours de toute les filières de collecte, de tri et de recyclage.
Gaz CFC versus HFC
Créé en 1958, le CFA (Comité français des aérosols) regroupe 56 adhérents présents sur l’ensemble de la chaîne de production : fabricants de matières premières, conditionneurs, fournisseurs de composants, metteurs en marché ou encore organisations professionnelles, telles que France Aluminium Recyclage, Afise (association française des industries de la détergence), ou Febea (fédération des entreprises de la beauté). Dans les années 60, cette industrie était concentrée principalement dans trois pays européens : l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni. Pour harmoniser les standards, les industriels ont fondé une organisation européenne, la FEA. Ainsi, lorsque la commission européenne décide de lancer une directive aérosols en 1975, elle s’inspire largement des travaux et des avancées industrielles, tant au niveau commercial que sécuritaire. Seules les préoccupations environnementales ne sont pas encore d’actualité. Cela change en 1988, avec la révision de la directive sur l’interdiction des gaz CFC (principaux responsables de la couche d’ozone). En remplaçant ces gaz à effet de serre, l’industrie des aérosols doit désormais gérer des gaz inflammables. Le volet sécuritaire devient une priorité vis-à-vis des employés de l’industrie et des consommateurs. Les générateurs d’aérosols font l’objet d’étiquetages rigoureux et préventifs, mais aussi d’innovations techniques, telles que la mise au point de contenants compartimentés.

Le conditionnement des composés en aluminium (mise en balles) et en acier (mise en paquets) entraîne l’écrasement et le perçage des aérosols. La possible émission de gaz et de liquides inflammables lors de cette opération peut générer des phénomènes dangereux (explosion et incendie) pour le personnel à proximité et le matériel. Les générateurs d’aérosols en aluminium (2/3 des produits) sont les plus problématiques. Ils sont à l’origine d’ accidents avérés en France, comme à l’été 2007, dans le centre Veolia de Chelles, alors sous contrat avec le Syctom. Un premier volet d’études a été mené en 2007-2008 par Citeo (alors Eco-Emballages) et la filière des emballages en aluminium (France Aluminium Recyclage). En l’absence d’une extraction mécanique, les gaz émis ne sont pas dilués assez vite – ils peuvent s’accumuler à l’intérieur ou à proximité de la chambre de compression et s’enflammer en présence d’un déclencheur (étincelle, point chaud sur matériel électrique, ou autre gaz à proximité comme du butane, etc.). D’autres travaux ont été engagés dans la foulée pour définir une première série de bonnes pratiques. Pour Laurent Bastida, directeur technique et industriel chez Citeo, « si l’on veut sécuriser ces flux, soit 22 % estimés dans les emballages en aluminium, on doit procéder en amont à la mise en place de dispositifs de détection et de systèmes d’extinction d’incendie, le capotage de presse, le pressage d’une seule balle d’aluminium entre deux balles de fibreux ou l’éloignement des pupitres de contrôle et de commandes des presses ».
Bonnes pratiques et perforateur
Pour Citeo, il est temps aujourd’hui de sécuriser la mise en balles des générateurs d’aérosols en aluminium et généraliser les bonnes pratiques. Un guide de recommandations sera publié par Citeo au printemps prochain. Depuis une dizaine d’années, la filière travaille également au développement d’une machine de pré-conditionnement pour extraire et éliminer les gaz inflammables. Ce programme de R&D financé en partie par le CFA, a conduit à la mise au point d’un prototype actuellement en test sur le site de Jas de Rhodes, du groupe Suez.

Cette machine est équipée de rouleaux à picots venant perforer les emballagesjuste après leur séparation par Courant de Foucault. Les jus et les gaz sont ensuite récupérés et aspirés. Ce dispositif devrait être validé et opérationnel d’ici trois à quatre mois. « Pour les opérateurs qui choisissent cette option, le retour sur investissement devrait être rapide, grâce aux gains de productivité et à la réduction des risques » insiste Jean Blottiere. Ce dispositif intègrera sans doute les nouveaux grands centres de tri français. En attendant les consignes de la filière et la construction de cette machine miracle, les exploitants gèrent le traitement comme ils peuvent. Le Syctom laisse aujourd’hui le choix et la responsabilité du conditionnement (balles / vrac) aux exploitants. Citeo accepte de compenser la hausse des coûts de transport induite par une reprise en vrac mais pour des raisons économiques et de logistique, espère revenir au plus vite aux balles d’aluminium compactées.

Chez Paprec, les générateurs d’aérosols en aluminium sont caractérisés au même titre que les cannettes. Ils représentent jusqu’à 1/4 du flux d’emballages des « gros alus ». Pour le tri, pas de dispositif spécifique. Ces déchets d’emballages sont captés par courant de Foucault sans distinction. La mise en balles est effectuée selon des procédures spécifiques, validées par le service QSE. Elles préparent les équipes d’exploitation à réagir en cas d’explosion et de départ de feu, mais ne préviennent pas les risques. De son côté, Suez enregistre en moyenne un incident par mois pour un flux qui représente moins de 1 % du tonnage entrant. L’opérateur a travaillé sur plusieurs approches innovantes pour diminuer et maîtriser ces risques, telle la mise en place de procédures d’exploitation définissant des zones d’exclusions ainsi que des moyens de détection des gaz et d’extinction par aspersion d’eau. Un séquençage des campagnes de mise en balles est par ailleurs réalisé, ce qui limite l’accumulation de gaz en quantité trop importante dans la chambre de compaction. Un réglage de la pression et de la contre-pression sur la presse est également effectué.
Les pratiques de traitement diffèrent selon les moyens et les habitudes des opérateurs. Certains choisissent un mode de compression très rapide avec une évacuation immédiate des balles à l’extérieur de l’installation. D’autres traitent les flux régulièrement pour faciliter la dilution des générateurs dans le gisement métallique global. Cela réduit fortement les risques, indique Jean Blottiere : « c’est pourquoi, le CFA s’oppose à la consigne des boîtes boisson. Cela réduirait la diversité des flux métalliques en centre de tri, et provoquerait une plus grande concentration de générateurs ». Enfin certains centres procèdent par campagnes en traitant les générateurs à part, avec tous les risques que cette concentration peut comporter.
Gisement collecté à plus de 60 %
L’engouement pour le développement durable dans les années 90 a conduit l’industrie des générateurs d’aérosols, comme d’autres secteurs, à réfléchir sur l’impact de ses produits. Les fabricants ont commencé à s’intéresser à la collecte, au tri et au recyclage de leurs emballages métalliques. Ils ont également travaillé sur l’éco-conception, en allégeant le poids de la matière. L’emploi d’aluminium et d’acier, des métaux à forte valeur ajoutée et 100 % recyclables, a également contribué à cette prise de conscience industrielle. « Les dispositifs de collecte et de tri sont différents d’un pays à l’autre, ce qui ne facilite pas la comparaison et la compilation de données au sein même de l’Union européenne », déplore Jean Blottiere, délégué général du CFA. En France, le premier rapprochement avec Eco-Emballages a donné lieu à la publication d’un guide de tri des emballages métalliques. Mais rien jusqu’à présent n’avait été mis en place pour sortir des chiffres précis sur les gisements de générateurs traités. Les aérosols étant noyés dans les autres flux d’emballages métalliques et dans les statistiques des produits dangereux. L’an dernier, le CFA a décidé de changer la donne en réalisant plusieurs caractérisations des flux en centre de tri et en se rapprochant des éco-organismes concernés (Citeo, Eco-DDS et Cyclamed). Aujourd’hui, le résultat est là. Et sans doute le premier pas vers une réactualisation annuelle des données.

L’industrie française des générateurs d’aérosols dispose pour la première fois d’informations chiffrées, en phase finale de validation. Ainsi, sur la base d’un gisement disponible estimé à 29 580 tonnes, la collecte et le tri des générateurs usagés en acier et en aluminium a concerné en 2018, 18 148 tonnes. Sans compter la part de mâchefers d’incinération, provenant de la fraction déposée dans la poubelle grise et incinérée avec les autres déchets ménagers. Pour les emballages jetés dans la poubelle jaune et gérés par Citeo, les caractérisations réalisées par le CFA montrent la présence de 6834 tonnes de générateurs dont 2244 tonnes en aluminium, et 4590 tonnes en acier. La filière Eco-DDS a enregistré 521 tonnes de générateurs dont une majorité en acier (495 tonnes). La part des tonnages recueillie par Cyclamed représente 793 tonnes de métal, soit 5 % du total des déchets collectés par l’éco-organisme. Ces emballages sont incinérés à 100 %. Enfin, les générateurs d’aérosols dans les gisements de déchets industriels et professionnels représentent 10 000 tonnes de métal. Cela concerne essentiellement les rebuts de production, mais aussi des flux venant des salons de coiffure, des garages, du monde agricole, des compagnies aériennes,ou du bâtiment. « Ces statistiques permettent aujourd’hui d’annoncer un gisement collecté à plus de 60 %, dont une grande partie dans les emballages ménagers, se réjouit le délégué général du CFA. Le plus important pour notre profession est de savoir où nous pouvons agir pour renforcer cette collecte, assure Jean Blottiere. Notre priorité est de réduire la part des générateurs en poubelle grise. Au cours de cette année, nous allons donc mener campagne pour sensibiliser le grand public à la collecte. D’autres opérations sont prévues en milieu scolaire, avec l’intention d’organiser trois ou quatre événements par an ».
Contenants PET bientôt en France
Les autres composants de générateurs d’aérosols, en plastique, ne représentent en moyenne que 10 % de l’emballage. Selon Citeo, les fractions résiduelles ne perturbent pas le processus de tri et de traitement des emballages ménagers. En revanche, une arrivée possible de contenants en PET en France d’ici à 2020, est surveillée de près par la filière de recyclage. Prévus dès 1975 dans la directive Aérosols, les générateurs en plastique ont peu percé le marché français. Cela pourrait donc changer. Citeo est en discussion avec les fabricants et les opérateurs amenés à traiter ces nouveaux gisements. Le PET n’est pas proprement visé. L’impact des explosions dans le flux des plastiques est davantage pris au sérieux. Pour Jean Blottiere, ces risques devraient toutefois être minimes. D’une part, selon les prévisions, le flux de générateurs en PET ne devrait pas dépasser au maximum 4 à 5 unités par balle de PET à cinq ans. D’autre part, les gaz utilisés jusqu’à présent dans ces générateurs aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, ne sont pas inflammables (gaz comprimés), même si la législation européenne actuelle prévoit l’emploi de gaz inflammables. La directive veut que les générateurs en PET ne dépassent pas 220 ml ras bord. Aujourd’hui, les techniques ont évolué et l’industrie serait prête à fabriquer des générateurs de 800 ml, en toute sécurité. Si la commission européenne a plutôt confiance sur ce point, elle estime que la révision de la directive Aérosols 75/324 a besoin de plus de temps.
Despray invente des box à recycler
Depuis plus de 35 ans, l’entreprise hollandaise Despray conçoit et fabrique des installations de traitement hermétiques, capables de recycler les générateurs d’aérosols à 100 %. Présents dans de nombreux pays anglo-saxons, Despray a développé l’an dernier un dispositif plus petit et mobile pour capter des flux non valorisés à 100 % actuellement, surtout lorsqu’ils finissent en centres de tri ou incinérés. Ces installations se présentent comme de gros conteneurs mobiles. Le groupe Suez aux Pays-Bas a d’ores et déjà investi dans ce système. Aujourd’hui, Despray cherche à percer le marché français. Des discussions seraient en cours avec la ville de Lyon pour y installer trois ou quatre box.
Crédits : CM, Paprec, CFA, William Alix (Sipa Press)
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