Fin des emballages plastiques à usage unique en 2040

Le gouvernement français sur-transpose la directive européenne

Le projet de loi anti-gaspillage et économie circulaire suit son cours. En séance publique qu’au 20 décembre à l’assemblée nationale, il consacre un large chapitre au plastique, devenu le mistigri du gouvernement. Parmi les derniers amendements votés, celui de supprimer en 2040 les emballages plastiques à usage unique a de quoi surprendre. Sortir du tout jetable pour entrer dans le réutilisable a du sens, mais bannir la bouteille de lessive, le film étirable de palettisation ou encore le pot de yaourt, c’est ignorer les conséquences économiques et environnementales d’une telle mesure.

« Nous n’avons pas le choix, les Français nous le demandent. Nous devons sortir du plastique à usage unique en 2040 avec des plans tous les cinq ans, pour poser les jalons ». La secrétaire d’État à l’Ecologie, Brune Poirson n’y va pas par quatre chemins. Le 9 décembre dernier, en séance publique à l’assemblée nationale, les députés ont voté un amendement confirmant la suppression des plastiques à usage unique. Il ne s’agit pas seulement des pailles, des cotons tiges, des touillettes et des gobelets comme l’impose déjà la directive SUP (sur les plastiques à usage unique) à l’horizon 2021, mais également des emballages ménagers et commerciaux : pots de yaourt, tubes de dentifrice, flacons de shampoings, bidons de lessive, bouteille d’eau de javel, ou encore films industriels de palettisation.

En contrepartie, il serait proposé d’ici à 2021, des dispositifs de vrac, obligeant les vendeurs à accepter les contenants apportés par le consommateur. Par ailleurs, un bonus-malus devrait inciter les industriels à limiter le sur-emballage plastique, au risque d’écoper d’une pénalité financière. Les fast-food ne sont pas oubliés puisqu’ils auront l’obligation de servir les repas pris sur place dans de la vaisselle non jetable. Cela afin de diminuer les 180 000 tonnes d’emballages (tous matériaux confondus) produits chaque année en France par le secteur de la restauration rapide. De même, la loi devrait interdire les jouets en plastique gratuits distribués dans les fast-food – cela vise en particulier la chaîne McDonald’s. Enfin, les sachets de thé en plastique disparaîtront pour éviter leur mise au compost et leur dispersion sous forme de micro-plastiques.

Des efforts ignorés

 

Pour Brune Poirson et son ministère, tous les plastiques à usage unique se valent, y compris les emballages recyclés qui devront donc passer à la trappe, au profit du réemploi et d’autres matériaux. Pour certaines catégories d’objets, les industriels ont déjà anticipé la directive SUP en proposant des matières alternatives comme le bois, la cellulose ou le biosourcé, dans la fabrication de cotons tiges, de pailles ou de gobelets. Dans le secteur de l’emballage cette fois-ci, les choses sont plus compliquées et risquent de devenir un vrai casse-tête pour l’ensemble de l’industrie française agro-alimentaire ou non.

En France, le taux de recyclage des emballages plastiques (industriels et ménagers) tourne autour de 26 % contre une moyenne de 40 % en Europe. Le pays se trouve en 15e position au classement européen pour la valorisation des déchets plastiques avec 65,7 % et à la 25e place dans le recyclage avec un taux de 21,4 %. Aux yeux du gouvernement et des objectifs européens, ces résultats ne sont pas satisfaisants. Mais la solution proposée est pour le moins radicale et va bien au-delà de la réglementation européenne. Dans son engagement volontaire « Plastics 2030 », PlasticsEurope demande aux producteurs européens de plastiques d’atteindre 60 % de réutilisation et de recyclage des emballages plastiques d’ici à 2030, et 100% en 2040. La directive SUP fixe aux Etats membres un objectif de collecte de 77 % des bouteilles plastiques en vue d’un recyclage et 90 % d’ici 2029. Les bouteilles commercialisées dans l’UE devront contenir au moins 25 % de plastique recyclé en 2025 et au moins 30 % en 2030.

Depuis deux ans, l’industrie de la plasturgie en partenariat avec l’État français travaille sur l’éco-conception, en termes d’allègement et de recyclabilité de leurs emballages. Plus récemment, des travaux de R&D sont menés et des aides financières sont apportées pour accroître l’incorporation de matières régénérés dans de nouveaux produits. Le dispositif Orplast soutenu par l’Ademe pour inciter les entreprises à intégrer du plastique recyclé, est entré dans sa version 2 tandis que le label More (Mobilisés pour recycler) a été créé cette année par la fédération de la plasturgie pour soutenir les industriels qui sourcent des matières plastiques recyclées dans leur production.

Des objectifs fixés par décret

 

De son côté, le président Emmanuel Macron avait placé l’objectif du 100 % de plastiques recyclés d’ici à 2025 parmi les priorités de son mandat. Mais aujourd’hui, l’ambition est toute autre. Selon Brune Poirson, la future loi sur l’économie circulaire doit impulser le 100 % de réemploi des emballages plastiques, et bannir les emballages plastiques à usage unique, y compris ceux qui sont recyclés. Le réemploi peut devenir intéressant pour certains usages comme l’emballage industriel qui l’intègre déjà. Pour les emballages ménagers, la réutilisation ne peut être appliquée à tous. Quid du transport et du conditionnement de la lessive, du dentifrice ou de l’eau de javel ?

L’échéance est fixée à 2040, mais que les industriels se rassurent, souligne la secrétaire d’État, ils seront accompagnés dans leur transition. Un plan progressif sera mis en place avec des points d’étape. La mesure prévoit donc des objectifs chiffrés et planifiés de réduction, de réutilisation, de réemploi et de recyclage fixés par décret pour la période 2021- 2025,puis pour chaque période consécutive de cinq ans. Ces objectifs seront déterminés avec les ONG, les industriels, les collectivités et les associations de consommateurs afin de définir conjointement des objectifs réalistes et des solutions crédibles.

Malgré cette méthodologie, certains parlementaires et industriels s’inquiètent déjà des retombées économiques et sociales. Les recycleurs ont été invités à investir dans des centres de tri performants pour trier et recycler un maximum d’emballages plastiques ménagers. Des travaux sont actuellement menés pour recycler les barquettes en PET, les pots de yaourt en PS, les films en PE. Ces investissements de plusieurs millions d’euros ne peuvent être amortis en quelques années. Or ce que demande Brune Poirson et son ministère, c’est non seulement de transformer radicalement la filière des emballages en plastique – premier matériau du secteur, mais également de sur-transposer une directive européenne qui n’a jamais demandé de supprimer les emballages plastiques à usage unique.

Incompréhension des industriels

 

Les organisations professionnelles dénoncent cet amendement qui coupe l’herbe sous le pied des travaux industriels engagés sur la collecte, le recyclage et l’incorporation de matière recyclée. Elipso, l’association des fabricants d’emballages plastiques (rigides et souples) en France, alerte sur les conséquences de cette mesure, au-delà de l’impact sur l’emploi des 38 000 salariés du secteur et des investissements réalisés sur l’éco-conception et le recyclage. « Le programme d’extension des consignes de tri permet à chaque citoyen de contribuer au recyclage de tous les emballages. Les avantages procurés par les emballages plastiques, comme l’allongement de la durée de vie des aliments ou la protection des produits et leurs transports ne peuvent être substitués sans un surcoût important pour le consommateur » estime Françoise Andres, présidente d’Elipso. Par ailleurs, l’association pointe une étude menée par le cabinet Denkstatt qui démontre que si tous les emballages plastiques étaient remplacés par d’autres matériaux, les émissions de gaz à effet de serre seraient multipliées par 2,7. « Nous avons l’impression que le gouvernement veut créer des effets d’annonce et au final ne sait plus trop où il va », déplore le délégué général d’Elipso, Emmanuel Guichard.

Si les emballages plastiques à usage unique sont supprimés, la question du réemploi se pose. Sera-t-il possible et pertinent d’acheter son shampoing ou sa lessive en vrac ? Par quel matériau sera remplacée la bouteille d’eau de Javel – produit hyper-toxique, corrosif qui ne peut être transporté dans des flacons en métal ou en carton. Enfin, si cette mesure ne sert pas le réemploi mais l’utilisation d’autres matériaux, qu’en est-il de leurs impacts sur l’environnement en tenant compte de la durabilité de l’emballage, de sa bonne protection, de l’énergie consommée et de l’extraction des ressources naturelles pour le fabriquer ?

Aucune étude d’impact

 

Le réemploi a des qualités mais doit être bien organisé pour que les procédés de lavage en restauration rapide, notamment, n’entraîne pas une consommation d’eau ou d’énergie telle que cela pourrait avoir des conséquences sur le prix des consommations. En réalité cela ne résoudra pas le problème des emballages nomades. Un fast food continuera de vendre des plats à emporter dans des emballages. Leur valorisation dépend simplement des bons gestes de tri, au mieux dans le conteneur adapté pour du recyclage, au pire dans une poubelle tout venant pour de la valorisation énergétique.

Dans cette course effrénée à supprimer le plastique à usage unique, y compris les emballages, le gouvernement semble oublier les efforts et les investissements en cours pour collecter et recycler plus. L’objet ou l’emballage plastique n’est pas un problème en soi, c’est ce que l’usager en fait. La pollution subsistera tant que le consommateur n’aura pas intégré le geste de jeter dans une poubelle et non dans la nature. Si le papier se dégrade plus rapidement qu’un plastique, une canette métallique mettra des milliers d’années, sans compter la perte de matière et de valeur engendrée. Comme si enfin, la suppression des plastiques allait régler la pollution dans les océans. Selon la fondation Ellen MacArthur, l’Europe et les Etats-Unis ne seraient responsables de la pollution aux plastiques qu’à hauteur de 2 %, contre 82 % pour l’Asie, là où les infrastructures de collecte et de traitement sont très déficientes. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire en France. Mais les solutions proposées aujourd’hui par Brune Poirson et son ministère s’avèrent inappropriées car définies à la va-vite, sans étude d’impact objective préalable.

Crédit : CM

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