Du nord de la France aux côtes anglaise et hollandaise, en passant par la Flandre, la région des deux mers fait partie des zones urbaines denses en Europe. La production de déchets plastiques est élevée mais leur recyclage reste faible entre 20 et 30 %. Des villes comme Gand, La Haye, Douai et Southend on Sea ont décidé de faire cause commune pour atteindre 50 % de recyclage. Regroupés dans le projet Interreg PlastiCity, une quinzaine de partenaires planchent jusqu’en 2022 sur de nouvelles pistes de collecte et de traitement des plastiques « perdus ».
Les quatre pays de la région Interreg 2 Mers (Angleterre, France, Belgique et Pays-Bas) font partie des producteurs majeurs de déchets plastiques dans l’Union européenne. Malgré les efforts des Etats, les taux de recyclage restent limités autour de 30 %. L’une des principales causes est le manque de collaboration et de gestion entre les différents acteurs (industries, secteurs public, et privé) pour parvenir à une gestion optimisée des déchets plastiques. Comment permettre à des flux de plastiques perdus (flux hors collecte sélective, issus des commerces, des administrations ou des écoles), de redevenir de nouvelles ressources et matières premières ? Comment éviter que des déchets plastiques non recyclés à ce jour finissent dans la nature et dans la mer ? C’est tout l’enjeu du consortium PlastiCity lancé en 2019 qui devrait aboutir en 2022 à plusieurs solutions durables de recyclage et duplicables à l’échelle des territoires. Avec à la clé, l’émergence de nouvelles applications intégrant des matières plastiques recyclées. Le projet Interreg 2 Mers, d’un budget total de 9,45 millions d’euros, est porté par la ville de Gand et associe une quinzaine de partenaires français, belges, hollandais et anglais : Ghent University, University of Portsmouth Higher Education Corporation, Southend on Sea Borough Council (SBC), Municipalité de La Haye, Van Werven Belgium bvba, le Pôle français TEAM2, l’Association pour la Recherche et le Développement des Méthodes et Processus Industriels (Armines), Metabolic B.V., D.P.L., Group Plastic Recycling, GRCT, Theys Recyclage, WeLOOP.
Recycler 50 % des plastiques
L’objectif du projet : doubler les performances de recyclage à 50 % d’ici une dizaine d’années. Pour y parvenir, les partenaires de Plasticity souhaitent développer des services de transport durables – (logistique inversée, collecte deproximité et non polluante etc.) et des démonstrateurs dans les quatre villes engagées (Gand, La Haye, Douai et Southend on Sea) sous forme de solutions locales de recyclage et de plateformes numériques. Le projet passera par la création d’un hub local de la valorisation du plastique. Avec l’ambition de déployer de nouvelles chaînes de valeur et des nouveaux produits ; de générer des centaines d’emplois non délocalisables et de faire émerger des comportements différents. Chacune des villes concernées dans le projet a son rôle à jouer selon son contexte géographique et économique.
Des études de cas y seront déployées : La Haye possède des instituts gouvernementaux, des hôtels, des centres de conférence, générant d’importants flux de déchets, propice à une collecte de proximité. La ville belge de Gand compte de nombreux étudiants, des touristes, une grande zone industrielle et le port transfrontalier de la mer du Nord. Contexte idéal pour se concentrer sur la construction et la mise en œuvre de chaînes de valeur complètes ainsi que sur la recherche de marchés finaux pour les différents gisements de plastiques. Douai est une zone commerciale et industrielle fortement développée. Sa contribution au projet PlastiCity porte sur l’interaction entre la séparation à la source et les systèmes de séparation industriels classiques pour vérifier quelles fractions sont produites selon les scénarios de séparation engagés. Dans cette optique, l’idée serait de mettre au point une ligne de tri et de traitement adaptée. Southend on Sea dispose d’un long littoral et beaucoup d’activités touristiques/de loisirs. Dans le cadre du projet Interreg 2, la ville se penche sur la sensibilisation des acteurs et la création de réseaux.
Unité mobile de traitement
Sur toute la durée du projet, PlastiCity procède par étape, la première étant de cartographier les acteurs et les flux de déchets présents sur le périmètre concerné. Les outils numériques et d’intelligence artificielle sont mis à contribution pour évaluer et identifier les quantités, les qualités et la composition des déchets, mais également le comportement des acteurs de toute la filière (recycleurs, détenteurs de déchets, logisticiens, designers, fabricants, producteurs de plastiques, administrations, associations, centres de formation et société de gestion de déchets).

La recherche de solutions techniques dans la logistique, le prétraitement et le retraitement sont aussi au programme. Concrètement, le projet fait appel à une unité mobile de traitement, développée à Gand. Sous la forme de deux conteneurs maritimes, ce dispositif accueille un broyeur, un équipement de lavage et de séchage. A partir de déchets plastiques des commerces, collectés dans les quatre villes étudiées, l’unité recueille des données après caractérisation des déchets plastiques et traite la matière pour produire des paillettes. L’idée est de sillonner les quatre territoires engagés pour récupérer des échantillons de déchets plastiques et organiser des campagnes de sensibilisation auprès des acteurs de la filière. PlastiCity a déjà permis l’échantillonnage de flux plastiques issus de commerces, collectés à Gand mais aussi à La Haye auprès de 15 entreprises partenaires. A ce titre, la ville hollandaise planche sur une logistique de proximité en développant le vélo cargo pour collecter plus facilement ces déchets plastiques en centre-ville. Une fois massifiée, la matière plastique a été réceptionnée chez DPL Group, une entreprise belge de recyclage, partenaire du projet. Des chercheurs de l’université de Gand sont venus ensuite trier et prélever de la matière pour tester la recyclabilité et la qualité de recyclage dans leur unité mobile de traitement.
Démonstrateurs pour la protection sanitaire

Parallèlement à ce travail sur le recyclage, PlastiCity vise la création de plateformes urbaines numériques et des hubs de recyclage physiques, pour aider les acteurs des territoires à se rencontrer, collaborer et créer de nouvelles opportunités et partenariats. La plateforme urbaine est une plateforme collaborative où les informations sont partagées pour faciliter la mise en œuvre de modèles économiques circulaires et l’échange de connaissances. Les hubs de recyclage sont des espaces physiques où les acteurs se rencontreront pour expérimenter de nouveaux débouchés pour les plastiques recyclés. Cette nouvelle approche a déjà donné lieu à deux démonstrateurs à Gand et à La Haye pour développer des accessoires de protection sanitaires, comme des attaches pour masques et des écrans visières. Ainsi à La Haye, à la demande de services hospitaliers au début de la pandémie Covid19, les partenaires hollandais de PlastiCity ont développé des synergies locales autour de la chaîne de valeur des plastiques. Collectés par Veolia et Suez, des emballages plastiques des services médicaux ont ainsi été transformés et recyclés par impression 3D, pour devenir des visières de protection dans les hôpitaux.
Ligne de tri à Douai pour 2022
En France, une expérimentation est en cours dans l’agglomération de Douai avec l’entreprise partenaire Theys Recyclage et le laboratoire Armines. Il s’agit pour l’opérateur de collecter et trier du film d’emballage en PEbd, principalement issu du secteur logistique. La matière est ensuite broyée au centre de recherche, caractérisée sur le plan physico-chimique puis transformée par extrusion et injection. L’objectif est de sortir des éprouvettes sur lesquelles des tests de processabilité sont réalisés en vue de refabriquer du film plastique. Portée par le pôle Team2, l’équipe française du projet PlastiCity travaille sur l’identification des acteurs du territoire et recherche activement des partenaires industriels à intégrer dans la boucle.

Pour Damien Cossart, directeur des activités Recyclage, Collecte et Environnement chez Theys, PlastiCity est une aubaine pour développer le recyclage des plastiques, peu ou pas traités à ce jour. L’entreprise familiale Theys a démarré en 1933 dans le secteur de l’assainissement avant d’élargir progressivement son périmètre à la collecte de déchets. En 2014, la société a créé une nouvelle filiale Theys Recyclage, spécialisée dans la collecte et le pré-tri des DIB, plastiques et métaux issus des secteurs logistique, automobile, de la construction et des encombrants de déchèteries. Le groupe Theys réalise un chiffre d’affaire global d’environ 25 millions d’euros dont dix millions attribués à Theys Recyclage. Aujourd’hui, la filiale franchit une nouvelle étape avec l’aménagement d’une nouvelle plateforme de tri des déchets (plastiques, DIB et métaux) sur un terrain de 3,2 hectares. Cette installation doit remplacer le centre de tri actuel et quadrupler les capacités en traitant à terme 60 000 t/an de DIB et 10 000 t/an de plastiques. Dans cette perspective, la plateforme accueillera deux lignes de tri, dont une consacrée aux plastiques rigides pour du pré-tri, associant des opérations de tri manuel et optique pour mieux séparer les déchets plastiques des flux en mélange. Coût total de l’investissement : six millions d’euros.
Implantée près de Douai, ce futur centre de tri devrait accueillir ses premiers gisements d’ici à l’automne avant une livraison de ses équipements à la fin de l’année, puis un lancement courant 2022. « Notre future ligne de tri des plastiques répond parfaitement aux objectifs de PlastiCity en proposant des solutions techniques pour traiter des fractions plastiques non recyclées jusqu’alors, souligne Damien Cossart. Le projet européen donne non seulement de la visibilité au Douaisis sur le plan industriel mais également à notre profession pour mieux identifier les flux et les détenteurs de déchets, les recycleurs et les utilisateurs des futures matières premières issues du recyclage ».
Crédit : DC, PlastiCity
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