L’une des composantes du bâtiment, l’industrie du plâtre semble depuis plus de dix ans, devancer la réglementation environnementale pour éviter de la subir. A l’initiative des fabricants, un green deal sur le recyclage des déchets de plâtre a vu le jour en 2016. Depuis, chacun s’est efforcé d’améliorer ses performances en intégrant plus de recyclé dans ses produits. Aujourd’hui, la filière a rendez-vous avec de nouveaux objectifs, ceux de la REP PMCB, du tri sept flux et de la décarbonation. Placo, l’un des acteurs majeurs du secteur, a choisi de durcir ses objectifs pour 2030.
Faire mieux avec moins, telle est l’ambition du groupe Placo, filière de Saint-Gobain et principal fabricant en France de plaques de plâtre. Dans la continuité de sa politique environnementale, et depuis la création de Placo Recycling en 2008, l’entreprise durcit ses objectifs pour 2030. Au programme : une diminution des prélèvements d’eau de 50 %, des matières premières vierges de 30 % et des émissions directes de CO2 de 33 % par rapport à 2017. Cela implique plusieurs bouleversements à commencer par une augmentation du recyclage à 200 000 tonnes par an, soit quatre fois plus qu’à ce jour ; et un taux d’incorporation moyen de matière recyclée dans toutes les plaques de plâtre d’au moins 30 %. « A performances égales, nous souhaitons également travailler sur l’allègement des produits, qui seront eux-mêmes recyclables », insiste Lucile Charbonnier, directrice Développement durable et RSE pour Placo. Cette stratégie représente un total d’investissements de 35 millions d’euros. D’ici à 2025, l’entreprise va déjà investir dix millions d’euros pour tripler ses capacités de recyclage. « En 2020, nous avons recyclé 51 000 tonnes de déchets de plâtre et nous devrions passer à 61 000 tonnes cette année, soit la moitié des gisements collectés, grâce à nos 180 collecteurs agréés qui captent les flux sur chantiers et dans les déchèteries professionnelles. En amont, l’emploi de plus de matière recyclée est donc indispensable. Nous devrions atteindre au minimum 30 % en 2030 contre une moyenne de 20 % aujourd’hui, sachant que toutes les plaques ne peuvent accueillir de recyclé, à l’instar des plaques hydrophobes qui ne tolèrent pas d’indésirables comme des fractions de papier » souligne Lucile Charbonnier.
Cinq ans après l’engagement volontaire
Au-delà des actions engagées par l’industriel à l’échelle de ses quatre sites de production (Cognac, Vaujours, Chambéry et Cormeilles) et de ses trois ateliers de recyclage (Vaujours, Chambéry et Cognac), les enjeux climatiques et de la préservation des ressources concernent toute la filière plâtre. Et pour cause, le secteur du bâtiment représente à lui seul 40 % des consommations en énergie, 25 % des émissions de CO2, 40 % des prélèvements de ressources naturelles et 40 % de la production de déchets en France. En 2016, l’industrie du plâtre avait pris les devants en créant son Green Deal, engagement volontaire pour la croissance verte. L’idée était pour les trois principaux acteurs Placoplatre, Knauf, Siniat et le syndicat de cette profession, le SNIP, de faire évoluer les pratiques en termes de recyclage. avec comme objectif d’atteindre 250 000 tonnes à l’horizon 2025. En 2019, 107 000 tonnes de déchets de plâtre avaient été recyclées selon le SNIP. Prochaine étape 2030, alors que le syndicat prévoit environ 600 000 t/an de déchets de plâtre recyclés.
Ces chiffres tiennent compte de l’évolution réglementaire qui se montre de plus en plus pressante. L’arrivée de la nouvelle REP PMCB (Produits et matériaux de la construction et du bâtiment) et du tri sept flux émanant de la loi AGEC va sans doute mobiliser plus d’acteurs du bâtiment et de notre filière, se réjouit Lucile Charbonnier. C’est un levier indispensable pour faire bouger les lignes. Cette démarche franco-française sur le bâtiment circulaire intéresse également le secteur à l’international. Placo possède 110 usines dans le monde. « Toutes ne sont pas au même niveau environnemental mais notre politique de recyclage dans l’hexagone est suivie de près par les autres directions de site », ajoute la directrice RSE.
Produits bas carbone et modulables
Outre la question du recyclage qui à l’égard de la préservation des ressources et de l’impact carbone, coche toutes les cases, d’autres leviers sont utilisés par le groupe pour atteindre ses objectifs. La consommation d’eau fait l’objet de travaux en interne avec les équipes de R&D basées à Vaujours et à Aubervilliers, appuyées par plus de 4000 chercheurs du groupe Saint-Gobain dans le monde. Pour réduire la quantité d’eau utilisée dans le process, cela nécessitera obligatoirement des technologies de rupture, avoue Lucile Charbonnier. Autre réflexion, cette fois-ci au niveau de la récupération de la chaleur fatale. « A ce jour, les températures faibles que nous générons autour de 70°C en sortie de process ne permettent pas d’envisager techniquement l’emploi de chaleur pour alimenter des réseaux alentours (encadré).Mais cherchons à développer des actions d’écologie industrielle sur les territoires où nous sommes implantés ». Enfin, Placo travaille avec des partenaires internes au groupe Saint-Gobain, et d’autres acteurs du bâtiment (architectes, spécialiste de l’ossature etc.) pour faire évoluer ses produits, à la fois sur l’éco-conception, pour les rendre plus légers et dans une démarche de seconde vie. La production de panneaux modulables, démontables sans casse ni déchets, ainsi que la fabrication de panneaux renforcés par de l’acier bas carbone sont à l’ordre du jour.
Outils de production décarbonés
Que ce soit en termes de consommation d’énergie directe ou des process industriels, la filière plâtre joue sur tous les tableaux, pour décarboner son outil de production. Placo contribue notamment au mix énergétique en recourant aux énergies renouvelables. Dernier exemple en date, l’installation du premier parc solaire au sol de Placo et du groupe Saint-Gobain, près de la carrière de gypse de Pouillon (Landes) inauguré le 1er octobre 2021. Le groupe s’efforce de réduire également les distances de transport entre les usines et la zone de chalandise qui n’excèdent pas 200 km en moyenne. Enfin dans le cadre du plan France Relance, Placo a répondu à l’appel à projets de l’Ademe, et deux projets de décarbonation sont aujourd’hui en attente de publication.
Placo n’est pas le seul à déployer des actions dans ce domaine et à bénéficier du soutien de l’État. En 2022, l’usine de production de plaques de plâtre du groupe belge Etex, basée à Auneuil dans l’Oise va remplacer son séchoir. Créée en 1973 par le groupe Lafarge, l’usine a été reprise en 2011 par Etex. Le site d’Auneuil est l’implantation française la plus importante du groupe belge qui en compte 13 sur l’ensemble du territoire. Il produit principalement des plaques de plâtre, 50 millions de m² de plaques par an sur 300 références, en exploitant un gisement de gypse situé en région parisienne. Présent dans toutes les usines de production de plaques de plâtre, le séchoir est destiné à évaporer l’excédent d’eau dans la plaque en bout de chaîne de fabrication. Grâce à cet équipement nouvelle génération, Etex devrait diminuer de 20 % la consommation d’énergie de l’usine d’Auneuil, soit une économie d’environ 32 GWh par an et une réduction des émissions de GES de l’ordre de 6000 t eq CO2 par an, soit 10 % des émissions du site et atteindre 30 % d’ici à 2025. Lauréat de l’appel à projet « fonds décarbonation de l’industrie » de l’Ademe dans le cadre de France Relance, Etex s’est vu attribuer près de 4,5 millions d’euros pour la rénovation énergétique de son outil industriel sur un montant total de 18 millions d’euros.
Du CSR pour Etex
« A moyen terme, il est envisagé d’y associer un échangeur pour récupérer la vapeur provenant de la future unité de CSR construite à proximité du site en 2024 », ajoute Cédric Monatte directeur industriel régional du groupe Etex. Celle-ci s’inscrit dans le cadre de l’AAP CSR lancé par l’Ademe. La chaudière sera mise en œuvre à proximité du site Etex, avec un contrat de vente de chaleur pour les besoins exclusifs de l’industriel. Sur cet éco pôle industriel, le recyclage aura également toute sa place puisque dès 2023, une entreprise de recyclage s’implantera pour les déchets de plâtre issus de chantiers et de déchèteries. Ils broyés, triés et préparer pour intégrer le process industriel de l’usine Etex. Si les objectifs réglementaires ne sont pas encore définis par le cahier des charges de la REP PMCB, les fabricants de plaques de plâtre préparent déjà le terrain pour boucler la boucle du recyclage. D’ores et déjà, Etex a élaboré et diffusé son cahier des charges à ses partenaires pour dimensionner l’unité de CSR, ses capacités d’approvisionnement et l’énergie disponible, ainsi que les capacités de traitement des déchets de plâtre. Mais aucune donnée ne devrait être dévoilée avant l’année prochaine.
Entent récupère la chaleur fatale à très basse température
Spécialisée dans les déchets thermiques, la start-up Entent créée en 2018 a réalisé son 1er tour de table auprès d’investisseurs comme Angels for Greentech (société d’investissement du réseau Angelor), CAAP Création (filiale du Crédit Agricole Alpes Provence), Business Angels des Grandes Ecoles et BPI. L’opération à plus d’1 million d’euros, va permettre à Entent d’étoffer son équipe et de finaliser le développement de leur premier pilote industriel : valoriser les chaleurs très basses températures (60 à 150°C) en électricité utile. Si les températures supérieures à 150°C sonttransformées en électricité par les solutions actuelles, les rejets thermiques situés sous ce seuil (60% de l’énergie thermique rejetée par l’industrie) sont définitivement perdus et totalement inexploités. Les co-fondateurs d’Entent ont donc conçu un moteur en rupture technologique : le PULSE. Il met en jeu un tout nouveau cycle thermodynamique, cousin des moteurs ORC (Organic Rankine Cycle), avec une architecture modifiée, afin de valoriser en électricité des chaleurs inférieures à 150°C. La valorisation de ces chaleurs dans le monde permettrait d’alimenter en électricité l’équivalent de l’Union Européenne, sans ajout de matière première ni émission supplémentaire de CO2. Avec l’augmentation des prix de l’énergie en France comme ailleurs, cette solution représente une alternative durable, locale et compétitive.
Crédit : Placo, Alexandre Papais, Entent
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