Purple Solo : une dalle routière high-tech en 100% plastique recyclé

Purple Alternative Surface offre un exutoire pour les pales d'éoliennes et les plastiques de déchèteries

Recycler des milliers de tonnes de déchets plastiques, enfouis ou incinérés à ce jour, c’est l’ambition de la jeune entreprise Purple Alternative Surface. Après deux ans de recherche, la start-up belfortaine a créé une dalle routière éco-conçue. Fabriqué à partir de déchets plastiques et composites post-consommation, et entièrement démontable, ce matériau lutte aussi contre l’artificialisation des sols. Prochaine étape pour ses fondateurs, lever deux millions d’euros pour diversifier les intrants et créer des dalles connectées.

Comment lutter contre l’imperméabilisation des sols et contribuer en même temps au recyclage de déchets plastiques non valorisés à ce jour ? Co-fondée en 2020 à Belfort par Sébastien Molas et Pierre Quinonero, expert en voirie pour l’un et promoteur pour l’autre, l’entreprise Purple Alternative Surface s’attaque de front à deux enjeux majeurs pour l’environnement. Après plusieurs mois de travaux, ils ont pu tester en mars 2022, un nouveau matériau routier pas comme les autres sur un parking de trois places pour valider ses caractéristiques. Cette dalle hexagonale d’environ cinq kilos et baptisée Purple Solo est composée à 100 % de matière recyclée. Elle représente une piste prometteuse pour valoriser non seulement les composites issus de pales d’éoliennes mais aussi les déchets plastiques rigides en mélange (PP/PE) provenant des déchèteries (jouets, mobiliers de jardins, seaux, cagettes etc). Les premiers travaux de R&D ont été réalisés en 2021, soutenus par le pôle européen de la plasturgie et l’association entreprise Plastic Odyssey. Par sa forme et ses caractéristiques techniques, la dalle Purple Solo, brevetée sur le marché international, économise les terrassements et réduit le volume d’apports granulaires.

Pour créer ce nouveau matériau, les fondateurs de Purple Solo ont investi 150 000 euros, soutenus par la BPI et la région de Belfort, dans la R&D, l’achat de moules et d’un broyeur.

Outre sa contribution au recyclage des plastiques, le produit permet de diminuer les volumes de bassin de rétention, obligatoires en cas d’aménagement routier. Les effets de ce revêtement perméable sont notables au niveau de la gestion des eaux et de la lutte contre le changement climatique. « Ainsi, les eaux pluviales continuent d’être filtrées et de s’infiltrer en profondeur. Résultat : zéro ruissellement et une réduction du risque d’inondations et de contamination des nappes et des cours d’eaux », explique Pierre Quinonero. Autre avantage, sa démontabilité permet de remplacer les dalles usées ou abîmées et facilite l’accès aux réseaux enterrés. Le matériau a été imaginé pour un usage ne dépassant pas 50 km/h, mais présente néanmoins une forte capacité portante favorisant une grande stabilité. Ce débouché prometteur suscite déjà beaucoup d’intérêt au sein de la filière plastique. A commencer par Valorplast qui travaille depuis un an en partenariat avec les collectivités et les déchèteries sur de nouvelles solutions de traitement pour les plastiques rigides. Mais aussi des sociétés comme EDF, Suez ou encore Paprec en quête d’exutoires pour les futures pales d’éoliennes usagées.

Un partenariat avec le Sytevom

 

Le matériau modulable et peu coûteux par rapport au revêtement routier classique sera fabriqué sur plusieurs territoires en France, grâce à des partenariats locaux que les dirigeants de la start-up veulent déployer. Pour démarrer, Purple Alternative Surface a signé un contrat avec le syndicat de traitement de déchets, le Sytevom, détenteur de 36 déchèteries en Haute-Saône, pour y prélever une partie de sa matière première. « Depuis un peu plus d’un an, nous avons récupéré l’équivalent de 350 tonnes de plastiques rigides dans cinq déchèteries. Cette année, nous voulons capter plus de flux en aménageant une benne par site, pour collecter environ 2000 tonnes de matières », souligne Pierre Quinonero. La start-up fournit jusqu’à présent la broyeuse pour réduire les plastiques en paillettes tandis que le Sytevom facture un prix global pour couvrir les frais d’installation, la mise à disposition du personnel et de la matière. Mais avec le développement de l’activité, l’entreprise souhaite aujourd’hui sous-traiter cette opération. Le mélange de PP/PE et composites broyés est envoyé en Alsace chez Plaxer, spécialiste de l’injection de pièces plastiques, à partir de granulés. Depuis six mois, cette PME a bien voulu jouer le jeu en injectant ce broyat dans le moule de la dalle routière.

Pose de dalles pour réaliser un parking d’entreprise de 3 places dont une place PMR (Personnes à mobilité réduite).

Pour développer son produit en France, Purple Alternative Surface recherche des collaborations sur le broyage et l’injection, sur des territoires offrant à la fois les gisements de matières premières et les applications. Purple a démarré avec une première commande sur le territoire de Belfort pour installer des dalles sur 350 m2 de parkings en centre-ville et sur un camping. « Nous sommes aujourd’hui sollicités par des festivals, des aérodromes et des campings et nous souhaitons diversifier nos intrants. C’est ainsi qu’après des essais probants, nous avons intégré dans la région d’Oléron, du plastique non recyclable issu de poches à huîtres pour en faire des dalles de revêtements de parking » explique le co-fondateur de la start-up. Ce nouveau produit devrait sortir en juin 2022 dans le cadre d’une opération test réalisée localement. D’ici cinq ans, les créateurs de la dalle routière comptent bien recycler 10 000 tonnes de matières plastiques et composites chaque année. Et d’imaginer à terme, construire des outils mobiles pour recycler des déchets plastiques dans certains pays en développement, où les infrastructures de recyclage sont insuffisantes, voire absentes.

Smart City et recyclage en boucle

 

« En attendant, nous procédons pas à pas avec trois priorités : trouver les gisements de déchets, les transformer en dalles routières, et les commercialiser auprès des collectivités et des acteurs privés » assure Pierre Quinonero. Prochaine étape pour la start-up : lever deux millions d’euros pour passer sur une production industrielle et renforcer l’équipe commerciale. Depuis sa création en 2020, cinq personnes ont déjà rejoint les fondateurs. L’équipe devrait accueillir une vingtaine de collaborateurs d’ici à 2025. A terme, deux autres projets prendront le relais : récupérer les dalles usagées pour les recycler et en reproduire de nouvelles ; développer de nouveaux produits connectés au service de la Smart City. « Ce domaine nécessite du temps, de l’argent et des partenariats solides pour mettre en œuvre des utilisations inventives et innovantes », affirme le co-fondateur de Purple Alternative Surface. Avec le soutien du Crunch Lab (Université technologique de Belfort Montbéliard), l’entreprise souhaite ainsi travailler sur la sécurité routière en connectant par exemple les voitures autonomes sur des portions de routes dangereuses (sorties d’écoles, passages piétons, carrefours dangereux) ; en collectant de la DATA pour améliorer l’IA sur les flux majeurs ou encore, en améliorant la connectivitéaux véhicules stationnés, grâce à une application dédiée. Cela permettrait d’informer par exemple les utilisateurs de places réservées à la mobilité réduite (détection de macarons, prévention d’incivilités, éclairage des places etc.).

Crédit : Purple Alternative Surface

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