Groupe européen dédié à l’économie circulaire, Aurea poursuit ses investissements dans la régénération et le recyclage des métaux, des huiles, des hydrocarbures et des plastiques. Disposant de 13 sites industriels, le groupe a enregistré un recul de son activité au 1er semestre 2019. La baisse des cours des matières traitées, le problème d’accès aux matières premières et la concurrence des marchés de l’Est expliquent cette dégradation. Pour son Pdg, malgré les réglementations environnementales abondantes, la régénération des déchets ne semble toujours pas une priorité.
Pour la première fois depuis des années, le groupe Aurea, spécialisé dans l’investissement et le déploiement d’usines de recyclage et de régénération à forte valeur ajoutée, a enregistré une diminution significative de 18 % de son chiffre d’affaires au second trimestre 2019, passant à 48,8 millions d’euros, contre 59 millions d’euros à la même période 2018. Ce n’est pas catastrophique, mais la situation est regardée de près d’autant que nous en connaissons les raisons, explique Joël Picard, président du groupe : forte baisse des cours des métaux depuis l’été 2018, et en particulier de l’aluminium (un cours au plus bas depuis vingt ans), difficultés d’accès aux matières premières en France (stockage spéculatif), concurrence avec les pays d’Europe de l’Est soumis à des réglementations environnementales plus souples. Par le biais d’acquisitions de filiales depuis plus de quinze ans, Aurea dispose aujourd’hui d’un pôle métaux et alliages, d’un pôle produits dérivés du pétrole et d’un pôle caoutchouc et développements. Le pôle métal est constitué de cinq sites industriels en France et Belgique (Flaurea Chemicals, Poudmet, Regeal Affimet, mLego et Trez). Ils englobent cinq marchés : les alliages d’aluminium, les alliages cuivreux, le chlorure de zinc, le traitement du cadmium et le traitement du cuivre par atomisation. Des secteurs de pointe sur lesquels Aurea se positionne dans le peloton de tête au niveau mondial.

La dégringolade à partir de juillet 2018 des cours de l’aluminium, du cuivre, du zinc et du cadmium a mis l’entreprise dans une situation délicate. A cette fragilité, est venue s’ajouter une conjoncture instable dans l’industrie automobile (attentisme concernant les ventes des moteurs diesel), client principal de Aurea pour les alliages d’aluminium. Le groupe souhaite désormais diversifier rapidement son portefeuille clients pour relancer l’activité. D’autres secteurs comme l’aéronautique, le luxe ou la parachimie restent porteurs pour le cuivre, le zinc et le cadmium. En 2018, Aurea a traité au global 80 000 tonnes de métaux. Pour 2020, cette performance sera révisée à la baisse autour de 65 000 tonnes. Si le chiffre d’affaires diminue sur les métaux et alliages (-21 % sur le premier semestre 2019), le marché des produits dérivés du pétrole profite d’une hausse de 15 % sur la même période par rapport au premier semestre 2018.
Rebond sur les huiles noires
L’investisseur Aurea peut ainsi compter sur le plein essor de la régénération des huiles moteurs, portée par l’unité Eco huile à Lillebonne, en Seine-Maritime. « Il y a trois ans, nous sommes repartis de rien après un arrêt de l’activité, en raison d’un prix du pétrole bas et d’une filière de collecte inefficace en France », souligne Joël Picard. Aujourd’hui, tout semble entré dans l’ordre même si en France, la régénération semble encore passer derrière l’incinération en cimenterie ou en chaufferie, et ce malgré la réglementation européenne. Eco huile est néanmoins devenue troisième collecteur d’huiles usagées sur le territoire national et premier régénérateur d’huiles noires en Europe. Rappelons qu’en 2000, cette société a modifié son outil industriel pour limiter au maximum les rejets. L’usine dispose d’une capacité de traitement de 125 000 tonnes/an, ce qui correspond à 50 % des huiles usagées collectées en France, et commercialise, après régénération, 10 % du marché français. Avec son procédé de re-raffinage, Eco huile récupère plus de 70% des huiles minérales contenues dans les lubrifiants usagés. Les résidus de distillation sont également valorisés en tant qu’asphalte dans les produits d’étanchéité ou en tant que combustible de substitution (CSR). Les eaux polluées contenues dans les huiles usagées sont également traitées sur le site grâce à une station d’épuration développée selon un procédé original avec un taux d’épuration supérieur à 99,5%.

Face à ce développement, Aurea continue d’investir dans la collecte et le traitement des huiles en vue de doubler ses capacités l’an prochain. Même success story pour l’usine EPR (Ecologic Petroleum Recovery), filiale de Aurea depuis 2015. Spécialisée dans le traitement des hydrocarbures en combustibles et des effluents industriels dangereux, EPR peut traiter jusqu’à 100 000 tonnes/an sur le site de Lillebonne, voisin d’Eco huile. L’entreprise se retrouve aujourd’hui contre toute attente au devant de la scène, puisque proche de Rouen, elle sera amenée à prendre en charge une grande partie des eaux utilisées pour éteindre l’incendie de Lubrizol. Quantité estimée : entre 5 et 10 000 tonnes d’effluents. Ce qui présage un second semestre 2019 confortable pour EPR.
Déchets mercuriels, le bon filon
Pure player de la régénération des déchets, Aurea a pour vocation d’investir dans des activités de niche industrielle orientées vers le recyclage et la régénération des déchets. Avec le développement de ses filiales Rulo, Roll-Gom, Plastinéo et Broplast, l’entreprise conforte ses investissements dans le recyclage des pneus usagés (fabrication de roues à bandages pour équiper poubelles, brouettes, conteneurs à déchets), des plastiques complexes (broyage à façon et opérations de séparation) et du PVC rigide issu des déchets du BTP post-consommation. Le marché est actuellement robuste avec des prix stables pour le PVC. Dans la régénération des plastiques, Aurea a créé il y a trois ans, Plastineo pour recycler du film d’emballage alimentaire issu de chutes de production. Le procédé de traitement innovant est gardé secret pour l’instant. Il permettra d’ici à l’an prochain de traiter entre 800 et 1000 tonnes de matières par an.

Autre secteur ciblé, celui du traitement des déchets mercuriels (piles usagées, poudres luminescentes, terres polluées, verreries, amalgames dentaires…). Après les déboires de son usine HG Industries sur l’ancien site MBM dans la Sarthe, le procédé a été transféré sur l’unité de Meta Régénération, basée dans les Alpes de Haute-Provence. Quelques aléas techniques ont toutefois décalé le démarrage d’un nouveau four de décontamination des déchets mercuriels l’an dernier. Les problèmes d’étanchéité de porte étant aujourd’hui résolus, le site industriel vise un traitement dans les règles de l’art et garantit selon Aurea, un potentiel de croissance prometteur. Ses outils industriels comprennent également un four de distillation statique et une unité de désorption thermique, technologie qui permet de diviser par 2 la consommation énergétique et par 10 l’impact environnemental.
« Il faut savoir, souligne Joël Picard, que les déchets mercuriels à défaut d’être correctement traités, sont toujours enfouis ou exportés. Alors que ces pratiques seront interdites au 1er janvier 2020, c’est-à-dire demain, nous risquons d’être retardés dans le lancement de notre outil de traitement non pas par des industriels concurrents mais par des pratiques non respectueuses de l’environnement ». A l’heure actuelle, l’enfouissement en mine de sel ou en centre de stockage dédié coûte moins de 500 euros la tonne, contre 2000 euros la tonne pour un traitement industriel avec régénération à la clef. « La prise de conscience des détenteurs de déchets mercuriels est aujourd’hui perceptible et nous amène à envisager à court terme, un chiffre d’affaires de l’ordre de 5 à 6 millions d’euros, pour une capacité de traitement de plus de 4000 t/an », souligne Julien Baillon, directeur général adjoint.
Perspectives en demi-teinte
Pour le président de Aurea, l’avenir se divise en deux périodes, à trois mois et après 2020. Jusqu’à décembre 2019, il n’y a aucune visibilité sur rien. « Tout le monde industriel est tétanisé, sans savoir s’il faut stocker ou pas de la matière. En bout de chaîne, les régénérateurs comme nous, sont logés à la même enseigne. Dans nos secteurs, on peut déplorer que Bruxelles continue de financer des projets d’industriels non européens qui vont à l’encontre de nos intérêts ». Face à ce manque cruel de visibilité, Aurea a dû réviser son plan d’investissements et mettre certains projets en sommeil. Selon Joël Picard, les réglementations européennes et françaises sont abondantes mais peu ou mal appliquées en réalité : « on peut simplement en conclure qu’il n’y a toujours guère de respect pour la régénération de déchets ». D’ici à la fin de l’année, cette conjoncture difficile oriente l’entreprise vers trois priorités : être attentif à l’évolution des marchés, diversifier le portefeuille clients et conserver un bon dimensionnement des coûts. A partir de 2020, les opportunités semblent plus claires et donnent à Aurea l’assurance de poursuivre son développement organique, de développer des synergies au sein de ses pôles et de réaliser quelques acquisitions ou redressements de sociétés en difficultés. Le groupe cible en particulier le pôle métaux avec deux projets dans les tuyaux dont un dans le secteur du zinc.
Crédit : Aurea
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