La gestion des déchets d’entreprise est au coeur de la réglementation depuis le décret cinq flux de 2016. La mise en conformité progresse lentement. Malgré les incitations portées par la loi AGEC et le tri sept flux, les entreprises ont-elles les outils suffisants ? Le diagnostic déchets est devenu une étape incontournable, mais à qui s’adresser ? Depuis deux ou trois ans, l’État apporte sa contribution, via les aides de l’Ademe, des CCI et des régions. Les acteurs privés ne sont pas en reste, proposant des outils digitaux et simples d’accès.
En France, chaque année, 90 % des 350 millions de tonnes de déchets sont générés par l’activité des entreprises. Pour répondre aux obligations légales, les entreprises productrices ou détentrices de déchets ont le devoir d’en assurer le tri à la source, en vue de leur valorisation. Le tri cinq flux, encadré par un décret de juillet 2016, s’appuie sur les principaux déchets produits sur l’espace de travail, et notamment dans le milieu tertiaire (plastique, métal, papier-carton, bois, verre). Alors qu’en 2020, selon l’Ademe, un employé de bureau en France générait 130 kg de déchets par an, la loi AGEC et le décret n° 2021-950 du 16 juillet 2021 viennent ajouter deux flux à traiter : les déchets de fraction minérale (béton, brique, tuiles, céramique et pierre) et les déchets de plâtre (plaques, cloisons, dalles ou carreaux). Ces flux touchent plus particulièrement les professionnels du BTP.
800 entreprises depuis 2020
Des bacs spécifiques doivent alors être installés dans l’entreprise et une attestation annuelle doit désormais être délivrée par le prestataire de collecte. Si le tri sept flux n’est pas respecté, l’entreprise peut se voir infliger une amende administrative, qui va de 1500 euros pour une personne physique à 7500 euros pour une personne morale par tonne de produit concerné. C’est la raison pour laquelle, dans le cadre de son Diag Eco-flux, lancé en 2020, l’Ademe a noué un partenariat avec la FFB (Fédération française du bâtiment) pour sensibiliser les entreprises du secteur à la gestion de leurs déchets. Elaboré et opéré par Bpifrance, ce dispositif a pris le relais de l’opération « TPE-PME gagnantes à tous les coûts », mise en oeuvre en 2015. Il permet de bénéficier d’un diagnostic tous flux (eau, matières, énergie et déchets) et d’un accompagnement pendant un peu plus d’un an. Les experts référencés par Bpifrance sont formés à une méthode mise au point par l’Ademe. Le partenariat avec Bpifrance fait l’objet d’une convention valable jusqu’à fin 2023. « Cette prestation de conseil sur mesure est menée sur site par des bureaux d’études spécialisés en optimisation des flux. Leur mission : identifier des mesures concrètes, faciles à mettre en œuvre et sources d’économies dans quatre domaines : énergie, eau, matières et déchets », souligne Éric Darlot, ingénieur à la cellule Mobilisation des entreprises de l’Ademe.
Le diagnostic se déroule en quatre étapes : une analyse des pratiques, la définition d’un plan d’actions, la mise en œuvre des actions sélectionnées par l’entreprise, un bilan des premières actions déployées et un suivi par les experts. Diag Eco-flux vise les entreprises dont les effectifs vont de 20 à 250 salariés. Dans certaines régions, les établissements de moins de 20 salariés peuvent être évaluées par des chambres de métiers ou des chambres de commerce et d’industrie. L’Ademe prend en charge 50 % des coûts d’accompagnement par les prestataires qui varient entre 2000 et 3000 euros. Le « reste à charge » pour l’entreprise oscille entre 1 000 et 1 500 euros selon sa taille. Cet outil identifie et met en œuvre des actions avec quatre objectifs pour l’entreprise : faire des économies, gagner en rentabilité, réduire ses impacts environnementaux et se mettre en conformité avec la réglementation. « Depuis 2020, le Diag Eco-flux a concerné 800 entreprises, et pour 2022, on prévoit 700 nouvelles entreprises inscrites, souligne Hélène Quillien, cheffe de projet Diags Verts chez Bpifrance. Les entreprises voient dans cet accompagnement, deux avantages majeurs : il porte sur quatre types de flux et contribue à la mise en œuvre d’actions simples à moindre frais, pour des résultats rapides ». Les gains économiques par une réduction de la facture énergétique ou des coûts de traitement des déchets sont en effet visibles assez vite. Principale source de motivation, les économies financières réalisées s’élèvent en moyenne à 48 000 euros par an. Pour Hélène Quillien, le taux de satisfaction des entreprises, évalué à 96 %, garantit en général que les entreprises ont amorcé un tournant et souhaitent aller plus loin dans leur transition.
Les régions jouent le jeu
Pour sensibiliser sur le terrain, l’État s’appuie également sur les CCI et CMA de toutes les régions françaises. Dans le cadre du plan de relance, le gouvernement a en effet annoncé une aide de 15 millions d’euros pour accélérer la transition écologique des artisans, des commerçants et des indépendants. Les TPE et PME peuvent bénéficier d’un diagnostic individuel gratuit réalisé par un conseiller d’une Chambre des métiers et de l’artisanat ou d’une Chambre de commerce et d’industrie pour mesurer la maturité écologique de l’entreprise dont découlera un plan d’actions concret. Objectifs fixés : 35 000 diagnostics et 10 000 actions d’accompagnement à déployer. En région Auvergne Rhône-Alpes par exemple, la CCI Nord Isère propose d’ores et déjà de réaliser un diagnostic complet pour mesurer la maturité écologique de l’entreprise et évaluer les impacts de son activité sur l’environnement. Un conseiller intervient directement dans l’entreprise. Le dispositif est pris en charge à 100 % par l’État.

En Bretagne, d’autres acteurs publics viennent soutenir le réseau d’entreprises locales. Ainsi, les Communautés de Communes du Pays des Abers, du Pays d’Iroise, Lesneven Côte des Légendes et du pays de Landerneau Daoulas ont créé en 2019, le G4DEC, service d’économie circulaire partagé. Ce portail s’adresse aux entreprises et aux collectivités locales sous forme d’un programme d’actions individuelles et collectives. Lancé dès la création du G4DEC, ce programme a vocation d’accompagner tout au long de l’année, les entreprises locales à une meilleure gestion de leurs matières premières, de leurs déchets et les informer sur les filières de valorisation. Au préalable, un diagnostic déchets personnalisé est proposé gratuitement pour identifier les différentes ressources et besoins, ainsi que les pistes d’amélioration. Un plan d’actions est ensuite préconisé en concertation avec le chef d’entreprise ou le directeur de la collectivité et de l’association. En plus, des ateliers collectifs, ouverts à tous, sont proposés sur le calcul du vrai coût des déchets, l’éco-conception, la valorisation des actions. « Nous travaillons avec les entreprises sur du conseil, de l’évaluation quantitative des flux, le coût évité, la recherche de synergies, souligne Virginie L’Haridon, coordinatrice du programme. Tout dépend de l’objectif de l’entreprise, de ses flux et de ses moyens (humains et financiers). La durée d’accompagnement varie entre quelques semaines à quelques mois, selon les besoins et les disponibilités, car une part de travail en interne est à réaliser ». A ce jour, le G4DEC enregistre une cinquantaine d’entreprises accompagnées, soit l’équivalent de 500 tonnes de déchets évitées. Cela a entraîné la participation d’un millier de personnes aux ateliers collectifs et la mise en œuvre d’une vingtaine de synergies inter-professionnelles (entre communes et entreprises). Sur son territoire, le G4DEC compte environ 6 500 entreprises. « Dans l’idéal, nous souhaiterions toutes les accompagner. Mais à trois ETP, il faut être réaliste. Si nous pouvons aider une vingtaine d’entreprises par an, c’est déjà beaucoup » concède Virginie L’Haridon.
Des outils numériques adaptés
Dans le secteur privé, spécialisé dans la gestion des déchets, certaines entreprises proposent également des prestations basées sur le diagnostic préalable. Cela va du grand groupe de traitement de déchets qui développe son activité conseil pour fidéliser son portefeuille clients à la start-up innovante sur la mise en réseau et la digitalisation. Opérationnelle depuis 2018, Urbyn est une plateforme en ligne qui accompagne les entreprises dans la réduction de l’impact environnemental de leurs déchets. Cette start-up parisienne propose des solutions de valorisation locales et les mieux adaptées aux types de déchets concernés, grâce à son réseau de prestataires de recyclage et de réemploi. Urbyn couvre toute la France, avec comme objectif de détourner 200 000 tonnes de déchets de l’enfouissement et de l’incinération par le réemploi et le recyclage d’ici 2025.
Aujourd’hui, la start-up vient de franchir un cap, avec le lancement d’un nouvel outil en ligne en février 2022 pourévaluer les flux de déchets des entreprises et dresser un diagnostic de gestion, qui tient compte de l’évolution réglementaire. Toutes les entreprises nationales, quelle que soit leur taille, pourront alors estimer la quantité de déchets produits, les coûts de gestion inhérents et créer un plan d’actions en quelques clics. Ce diagnostic en ligne sera disponible sous trois formats : la formule solo pour aider l’entreprise à réaliser un état des lieux en complète autonomie ; le diagnostic accompagné avec l’appui d’un expert Urbyn qui suit son client dans la construction du plan d’action ; le format premium basé sur un audit de la situation, directement sur le site du client. Coût des prestations : entre 150 euros HT pour un diagnostic en solo à 450 euros HT pour un diagnostic accompagné en visio. Petit plus commercial : les 100 premières entreprises inscrites bénéficieront d’un auto-diagnostic gratuit.
Pour Julien Hamilius, co-fondateur d’Urbyn, l’intérêt du diagnostic en ligne favorise une rapidité d’actions. Comment ça marche ? L’entreprise renseigne les déchets qu’elle produit dans un formulaire en ligne. La plateforme analyse ensuite ses besoins (filières de recyclage/surcyclage possibles, réglementation applicable) et trouve les prestataires de recyclage locaux les plus pertinents. Enfin, l’entreprise reçoit une offre chiffrée et adaptée à son besoin et peut ainsi mettre en place rapidement la valorisation de ses déchets. Urbyn imagine déjà une suite au diagnostic par le biais de nouvelles prestations de traitement, comme la valorisation des chutes de textiles envoyées actuellement en benne de DIB. « Si l’entreprise se montre intéressée, alors c’est le service sourcing d’Urbyn qui prendra le relais pour trouver une prestation locale ou non. Si aucune prestation n’existe techniquement ou si financièrement il n’y a pas de solution immédiate, nous proposons de rester en veille sur le sujet » ajoute Julien Hamilius.
Déconstruction sélective
Parmi les majors du déchet, Suez a choisi de lancer il y a un peu plus d’un an, une nouvelle gamme de prestations Suez4You, basée sur le conseil, l’accompagnement, la formation et le diagnostic. En pleine crise sanitaire, le groupe a choisi de décliner son outil en distanciel et sous forme de télédiagnostic, pour répondre aux besoins des entreprises face à l’évolution réglementaire. Selon Virginie Bloyet, directrice marketing & commerciale TPE-PME et directrice générale BatiRIM chez Suez, l’objectif du groupe est avant tout d’aider l’entreprise à évaluer ses flux et intensifier le tri pour réduire l’enfouissement et l’incinération. En parallèle, des formations sont proposées associant théorie et pratique pour rappeler les enjeux réglementaires et les bons gestes de tri.

En l’espace d’un an, Suez a ainsi pu former 170 entreprises et réaliser une cinquantaine de diagnostics. « La réglementation sur la gestion des déchets, et la prévention pour lutter contre le gaspillage nous poussent à faire évoluer notre business model, souligne Virginie Bloyet. Notre coeur de métier reste le tri et la valorisation des déchets, mais nous voulons aussi nous inscrire dans un schéma gagnant-gagnant. En d’autres termes, permettre à nos clients de faire des économies en réduisant leur production de déchets, via du réemploi de matières ou du don aux associations ». Une approche totalement nouvelle que Suez commence à expérimenter à petits pas dans le bâtiment avec le diagnostic PMD (Produits matériaux déchets) et sa solution digitale BatiRIM (Ressources Informations Modeling) fondé sur le principe d’un BIM inversé. Le groupe s’appuie sur une méthodologie certifiée, pour évaluer sur un bâti ancien, le réemploi potentiel de matériaux, les économies financières engendrées et l’impact carbone. A partir de son expertise, Suez souhaite désormais décliner le diagnostic dans la déconstruction sélective à d’autres secteurs, comme le démantèlement d’avions en partenariat avec Airbus, au sein de Tarmac, mais aussi l’éolien et le ferroviaire. La pénurie de matières premières dans de nombreuses industries, fait qu’aujourd’hui, la demande de matières recyclées est très élevée. Plus que jamais, le diagnostic déchet peut garantir à l’entreprise l’optimisation de son budget : en visant une réduction à la source et en donnant plus de valeur à la matière secondaire grâce à un meilleur tri.
Bon à savoir :
L’association nantaise Oasis Environnement, créée en 2016, lance le premier Défi Zéro Déchet des entreprises de la région nantaise à partir de février 2022. L’objectif est de réduire de 20 % les déchets de bureau en 5 mois avec les salariés, de février à juin 2022. Oasis Environnement accompagne les entreprises tout au long de cette opération en proposant un diagnostic déchets, des ateliers et des animations pour obtenir des résultats concrets en quelques mois. Le nombre de places est limité et le lancement aura lieu en février. Les entreprises peuvent s’inscrire jusqu’à la fin du mois de janvier sous réserve des places disponibles. Contact : justine@oasis-environnement.org
Crédits : Urbyn, Suez
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