Hydro rend son aluminium plus écologique

Du 4.0 et du 75R pour réduire l’empreinte carbone

L’industrie de l’aluminium fait partie des activités les plus polluantes. Extrêmement énergivore, ce secteur représente 3 % des émissions mondiales de C02. Pour réduire leurs impacts, certains grands groupes ont choisi de changer leur mode de production. C’est le cas du groupe norvégien Hydro, qui œuvre pour de l’aluminium bas carbone en misant sur l’énergie hydroélectrique et la production d’un aluminium issu du recyclage, intégrant 75 % de profilés post-consumer. Principal secteur visé : le bâtiment.

Comment passer d’une industrie polluante à un bilan carbone neutre en 2020 ? Pour le groupe Hydro, cela se traduit par une réduction drastique des émissions de CO2 en proposant un aluminium bas carbone 4.0 et un aluminium à base de recyclé 75R, destiné aux produits de menuiserie. Le marché du bâtiment représente pour le groupe Hydro, 35 % de son chiffre d’affaires, contre 40 % dans l’automobile. « Si nous pouvons agir plus directement sur la réduction de l’empreinte carbone dans l’automobile par l’allègement, dans la construction, et en particulier pour le secteur de la menuiserie, nos leviers sont plus difficiles à mettre en œuvre » souligne Jean-Marc Moulin, directeur Développement durable pour Hydro Building Systems France. C’est pourquoi, Technal et Wicona (marques du groupe Hydro dans le bâtiment) vont devenir d’ici à quelques semaines, les porteurs de l’engagement volontaire de l’industriel en matière de développement durable.

A un an de l’entrée en vigueur de la future réglementation française RE2020*, les organisations professionnelles comme le GFA (Groupement des fileurs d’aluminium) et le SNFA (organisation représentative des concepteurs, fabricants et installateurs de menuiseries extérieures en profilés aluminium) ont mis en en place la démarche Alu+C-. Celle-ci a pour ambition de réduire l’empreinte carbone des menuiseries et des façades rideaux en aluminium. Pour y parvenir, les professionnels de la filière incitent à une meilleure maîtrise des approvisionnements, en privilégiant les billettes de première ou seconde fusion d’origine européenne, garantes d’un bilan carbone de 6,7 kg CO2 eq/kg d’aluminium produit. L’autre piste repose sur le développement d’un recyclage en boucle fermée des profilés issus de la déconstruction.

Alors que le marché de la fenêtre reste dominé encore aujourd’hui en Europe par le PVC, l’aluminium pourrait sans doute gagner quelques parts de marché si son bilan environnemental atteignait celui du PVC. Le groupe Hydro a choisi de s’y atteler. « Nous voulons mettre la pression sur le bas carbone, explique Daniel Roy, vice-président d’Hydro Building Systems France. Aujourd’hui, nous sommes capables grâce à nos usines norvégiennes qui utilisent de l’énergie hydroélectrique, de certifier de l’aluminium bas carbone 4.0 par un organisme indépendant DNV GL. Cela signifie que nous émettons 4 kg de CO2eq pour chaque kilo de métal produit. Cet aluminium bas carbone est par ailleurs certifié ISO 14064 couvrant toutes les émissions carbone de la chaîne de valeur ».

Deux étapes de cisaillage sont réalisées à Dormagen

Si la moyenne européenne s’affiche aujourd’hui autour de 6,7 kg de CO2 par kg d’aluminium produit, les émissions montent à 8,6 pour l’aluminium utilisé en Europe car il prend en compte les importations. La Chine explose les résultats avec 20 kg de CO2 par kg d’aluminium produit, en raison principalement de ses centrales à charbon. Dès le mois de juin, Technal et Wicona commenceront les approvisionnements d’aluminium certifié 4.0 en vue de son extrusion sur le site toulousain, indique Nicole Perez, directrice marketing et développement produits Hydro Building Systems France. Le groupe Hydro espère ainsi que les prescripteurs et les maîtres d’oeuvre, déjà sensibles à la réduction de l’empreinte carbone dans leur cahier des charges, apprécieront cette nouvelle performance et inciteront pouvoirs publics et organisations professionnelles à soutenir cette démarche.

Le recyclage commence à Dormagen

 

Le groupe norvégien ne compte pas s’en arrêter là, puisque parallèlement à sa stratégie sur le bas carbone, il vient de sortir une nouvelle gamme d’aluminium, composé à 75 % de profilés issus de la déconstruction. Hydro pourrait techniquement dépasser ce seuil, sans garantir toutefois une qualité élevée. Baptisé 75R, cet aluminium est destiné à la menuiserie et a été imaginé en 2017 sur le site d’Hydro à Dormagen, près de Düsseldorf. « Il ne s’agit pas de mettre en lumière le recyclage des déchets de production que tout le monde fait déjà (cela représente en moyenne 25 % de la production du groupe), mais bien celui des flux de matières post-consommation, comme les profilés de fenêtres provenant de la déconstruction et de la rénovation de chantiers, explique Jean-Marc Moulin. On est ici dans une toute nouvelle approche, soumise à plusieurs contraintes techniques et économiques ». Acquis en 2015 par le groupe Hydro, le site de tri et de recyclage d’aluminium de Dormagen traite chaque année environ 36 000 tonnes d’aluminium pour approvisionner différentes fonderies en Allemagne et en Europe. Depuis un an, une partie de son activité s’est spécialisée dans le tri des profilés aluminium afin de boucler la boucle. Cela correspond à une capacité de traitement d’environ 15 000 t/an.

Fractions d’aluminium triées et calibrées

Le groupe ne cache pas que cette opération aujourd’hui a un coût. Mais au final, le 75R permet d’abaisser encore les émissions à 2 kg de CO2. Le site de Dormagen ne lésine pas sur les opérations de traitement pour garantir traçabilité et qualité du produit. Les profilés sont collectés en Allemagne, composés de chutes de pose mais aussi de profilés usagés. Hydro s’approvisionne auprès du réseau professionnel AUF (Aluminium Umweltgerechte Wiederverwertung für Fenster und Fassadenbau) qui collecte 90 000 tonnes de produits en aluminium par an. A cela s’ajoutent les récupérateurs de métaux et négociants. Après un premier contrôle visuel à l’entrée du site, pour vérifier que les fagots d’aluminium livrés ne contiennent ni sable ni eau, néfastes au process, la matière est déchiquetée selon un calibrage défini, puis triée pour éliminer les contaminants (plastiques, fer, autres métaux) et tamisée.

Elle repart ensuite vers un second broyage pour affiner le tri et passe au rayon X pour éliminer les fractions non désirées et de densité différente. A ce jour, Hydro est la seule industrie dans l’aluminium à posséder une telle installation de détection. Les chips obtenus sont contrôlés en laboratoire avant d’être envoyés à la fonderie de Clervaux (groupe Hydro) au Luxembourg, pour produire de nouveaux lingots. Les traces de peintures ou vernis sont éliminés à Clervaux qui a investi dans une installation de délaquage par pyrolyse. Une fois fondue en lingot, la matière recyclée, mélangée à des résidus de process et à de l’aluminium primaire est prête pour l’extrusion.

Dormagen dispose d’une mini fonderie pour tester la qualité du produit

Cette matière est aujourd’hui livrée exclusivement aux deux usines d’extrusion d’Hydro en France pour alimenter plusieurs gammes de façades de marque Technal et Wicona. Quelques chantiers ont déjà été réalisés au Koweit, en Allemagne et en Suède. A l’horizon 2020, le groupe envisage de recycler plus de 150 000 tonnes d’aluminium post-consommation dans ses trente fonderies à travers le monde. D’ici deux ans, un autre site de recyclage en boucle de déchets post-consommation devrait voir le jour en Espagne. Si en Europe, 95 % des produits en aluminium utilisés dans le BTP sont récupérés et recyclés à 100 %, le recyclage en boucle reste toutefois peu expérimenté. En proposant de l’aluminium à 75 % de matière recyclée pour la menuiserie, Hydro réalise une première mondiale sur son site de Dormagen. Le début d’une nouvelle ère circulaire pour cette industrie.

* La réglementation environnementale RE2020 concernera le bilan carbone de la construction neuve et l’analyse du cycle de vie du bâtiment, depuis la production des matériaux jusqu’à leur recyclage, en passant par la fabrication du bâtiment et sa déconstruction.

Crédits : CM

A lire aussi :

Recyclage des métaux dans l’âge d’or

« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

Partagez cet article