Le ministère de l’Ecologie souhaite instaurer un suivi de la circularité en France. A cet effet, le SDES (Service des données et études statistiques) vient d’actualiser la première étude publiée en 2017 sur l’économie circulaire. Onze indicateurs ont été scrutés et comparés avec des données collectées entre 2018 et 2020. A ces informations, s’ajoutent quelques exemples hors frontières qui apportent un éclairage sur la position de la France dans ce domaine. Principal constat : on peut largement mieux faire.
Depuis la publication de 2017 intitulée « dix indicateurs sur l’économie circulaire », quelques améliorations sont observées et un onzième indicateur est venu s’ajouter à l’étude actualisée, celui de l’empreinte matières. Cette notion reflète mieux la pression environnementale réellement exercée par la consommation de matières. Sur les dix autres indicateurs, on retrouve la consommation et la productivité des matières, les écolabels appliqués à des produits ou process éco-conçus, les démarches d’écologie industrielle, les entreprises et collectivités accompagnées sur l’économie de la fonctionnalité, le gaspillage alimentaire, les dépenses des ménages liées à l’entretien et à la réparation (hors véhicule), l’évolution des déchets mis en décharge, l’incorporation des matières recyclées, les emplois de la réparation et du recyclage.
Matières premières
Parmi les légères avancées, la consommation de matières en France reste stable en 2018 à 11,6 tonnes par habitant, dominée par des produits minéraux non métalliques. Mais reste inférieure à la consommation moyenne européenne de matières qui atteint 13,5 t/hab. Au niveau mondial, l’Australie dépasse 38 t/hab, la Chine et les États-Unis consomment respectivement 25 et 20 t/hab, contre 9 pour le Japon. Les pays européens à plus forte consommation de matières par habitant sont la Finlande (35 t/hab), puis l’Estonie et la Norvège, avec près de 30 t/hab. Les taux les moins élevés sont observés en Italie, en Espagne et au Royaume-Uni, entre 8 et 9 t/hab. Les pays dont le niveau de consommation de matières par habitant est plus élevé que la moyenne européenne ont souvent une densité de population faible, souligne le SDES. Les pays scandinaves ou l’Australie par exemple ont notamment une consommation de minéraux de construction par habitant élevée, qui pourrait s’expliquer par le besoin de matières nécessaires à la création d’infrastructures (réseaux routiers, etc.) pour aménager des territoires étendus et peu habités.

Dans un contexte mondial de consommation accrue de matières, la mise en œuvre de politiques de circularité implique de mieux connaître les flux générés par l’activité économique nationale. L’empreinte matières rend compte, selon le SDES, de l’ensemble des matières premières mobilisées pour satisfaire la consommation finale d’un pays, tant celles extraites du territoire national, que celles mobilisées directement ou indirectement à l’étranger pour produire et transporter les produits importés. D’après le Wuppertal Institut, les 120 grammes que pèse un téléphone portable nécessitent en réalité 70 kg de matières pour sa fabrication. Estimée à 16 tonnes par habitant (t/hab.) en 2008 en France, l’empreinte matières se stabilise autour de 14 t/hab entre 2009 et 2014. Elle diminue ensuite avant de remonter à son niveau antérieur (14 t/hab. en 2017 et 13,9 t/hab. En 2018). Une progression liée en partie à la consommation des minéraux non métalliques. Par comparaison, le Japon, très fortement dépendant des importations, affiche une empreinte matières atteignant plus du double du niveau de sa consommation apparente et près de cinq fois son extraction intérieure. Pour d’autres pays comme l’Australie, la Russie, la Chine, ou le Chili, la situation est inversée.
En ce qui concerne les démarches d’éco-conception, en septembre 2020, la France comptabilise le plus grand nombre de licences de l’écolabel européen (323 sur 1 757 en Europe, soit 18 % des licences), selon la Commission européenne. Elle est suivie par l’Allemagne (15 % des licences), l’Espagne (14 %) et l’Italie (14 %). Les entreprises européennes commercialisent au total 75 796 références de produits ou services avec l’écolabel européen en Europe. L’Espagne est le pays ayant certifié le plus grand nombre de produits ou services (15 768, soit 21 %), loin devant l’Italie (13 %) et la France (10 %). Le nombre de produits labellisés devrait prochainement augmenter grâce au développement d’un nouvel écolabel européen sur les produits financiers favorables à l’environnement.
EIT et fonctionnalité au cœur de la circularité

L’écologie industrielle et territoriale (EIT) fait partie des sept piliers de l’économie circulaire. Deux types de synergies émergent dans ce processus : la mutualisation d’équipements, de matières ou de services et la substitution de matières ou produits. Le SDES reprend les données du réseau national des acteurs de l’écologie industrielle et territoriale (Synapse) qui recense en 2020, 152 démarches actives d’EIT en France, les deux tiers ayant été lancées au cours des trois dernières années. Toutes les régions disposent désormais d’au moins une démarche de ce type, mais la région Grand Est est la plus dynamique avec 19 démarches actives. L’Oise est le département comptabilisant le plus de démarches (7), suivi de la Vendée et des Bouches-du-Rhône (6). Sur les 152 démarches actives, 17 ont été lancées il y a plus de 5 ans (démarches pérennes), 34 ont été lancées il y a 3 à 5 ans (démarches en consolidation) et 101 ont moins de 3 ans (démarches en phase de lancement).
Sur le plan européen, d’après une étude de la Commission européenne d’octobre 2015, la majorité des Etats membres ont mis en place des mesures de soutien politique et économique à l’EIT. Le Portugal et la Finlande se démarquent le plus. Seuls six pays n’ont encore aucune politique publique sur le sujet. La feuille de route de la Commission européenne pour une Europe efficace dans l’utilisation des ressources estime que promouvoir la réutilisation des matières premières par une plus grande symbiose industrielle pourrait permettre aux entreprises de l’UE d’économiser 1,4 milliard d’euros par an et de générer 1,6 milliards d’euros de ventes supplémentaires.
La réparation, oui mais
L’économie de la fonctionnalité qui consiste à remplacer la vente du bien par la vente de l’usage du bien, entraîne le découplage de la valeur ajoutée et de la consommation d’énergie et de matières premières. En France, l’Ademe soutient les entreprises et les collectivités dans cette démarche. La SDES fait état d’une progression des aides, passant de 13 cas en 2013 à 174 en 2018 dont cinq collectivités. En 2017, le nombre d’organisations accompagnées étaient de 138. Parmi les entreprises, les PME sont les plus nombreuses (62 %), suivies des très petites entreprises (34 %), puis des grandes entreprises (4 %). L’industrie manufacturière est la plus représentée (30 % des entreprises), suivie du commerce (14 %), des activités spécialisées scientifiques et techniques (13 %) et de la construction (13 %). Aucune donnée au niveau européen n’est disponible dans ce secteur, selon la SDES, d’où l’absence d’étude comparative à ce jour.
Bien que présente depuis toujours, la réparation des biens et équipements a été mesurée depuis les années 1960 en France. La loi AGEC l’a remise au goût du jour dans un souci de préservation des ressources et d’allongement de la durée de vie des produits. Selon une étude de l’Ademe, 36 % des Français réparent ou font réparer leurs produits quand ils tombent en panne. Le gouvernement a pour objectif de faire passer ce taux à 60 % d’ici 2025. Dans la réalité, une étude de l’Insee montre qu’en 2019, la réparation de chaussures et vêtements, de meubles et d’appareils ménagers, ou d’équipements électroniques est en légère baisse voire stable par rapport à 2010. En 2019, les ménages ont consacré 107 euros par habitant à la réparation et à l’entretien de leurs biens domestiques, alors que le montant d’achats neufs est douze fois plus élevé. Quelques freins à la réparation persistent chez les ménages comme le coût, l’obsolescence programmée, les craintes sur le professionnalisme et la complexité/lourdeur de la réparation. Cependant, la démarche gagne peu à peu du terrain avec l’émergence de Repair Cafés, lieux où chacun peut venir apprendre à réparer son propre matériel. En 2019, on en comptait 2000 dans le monde dont 334 en France.
18,6 % d’utilisation circulaire

Autre thématique incontournable de l’économie circulaire, l’incorporation de matières recyclées. L’utilisation circulaire des matières est estimée par la quantité de déchets recyclés dans les installations de valorisation nationales, moins les déchets importés destinés à la valorisation, plus les déchets exportés vers l’étranger. Le taux d’utilisation circulaire de matières ( soit le rapport entre l’utilisation circulaire de matériaux et l’utilisation globale des matériaux) progresse de 1 point entre 2010 et 2017, passant de 17,5 % à 18,6 %. De manière plus détaillée, entre 2005 et 2017, le taux d’incorporation des papiers cartons augmente de 9 points. Celui du verre connaît la plus forte progression (+ 17 points) tandis que celui des ferrailles diminue (- 5 points). Par comparaison, les matériaux recyclés ont contribué à 11,7 % de la demande de matériaux de l’Union européenne en 2017, contre 8,3 % en 2004. Les États membres présentent une fourchette de valeurs comprise entre 1,6 % (Irlande) et 29,9 % (Pays-Bas), selon les données recueillies par Eurostat. Ceux ayant des taux très élevés ont soit des niveaux élevés de recyclage des déchets, soit de faibles niveaux de consommation intérieure de matières, soit les deux. C’est le cas des Pays-Bas et de la France.
A la lumière de ce premier suivi du SDES, la transition vers une économie circulaire en France commence à s’opérer. Cependant, beaucoup d’améliorations restent à conforter : les indicateurs sur la consommation de matières s’améliorent sur le long terme, mais leur niveau dépend toujours de la conjoncture. Le contexte international joue également un rôle à l’image de la fermeture des frontières chinoises sur l’augmentation des déchets mis en décharge en France en 2018. Malgré un enthousiasme plus perceptible, les dépenses des ménages liées à la réparation augmentent moins vite que les achats de biens neufs. Enfin, l’incorporation de MPR dans les processus de production progresse mais de façon inégale et l’indicateur d’utilisation cyclique des matières à l’échelle de l’économie (18,6 %) reste faible. Des efforts de valorisation ciblent en particulier les flux de déchets de plastiques et de déconstruction. Un suivi annuel des indicateurs de circularité est plus que jamais indispensable pour engager l’économie française sur le bon chemin.
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