Lors de la dernière édition du SIVAL, le salon des productions végétales, à Angers mi-janvier, la plasticulture a exprimé ses inquiétudes face à une réglementation française et européenne toujours plus hostile aux produits plastiques. Le recyclage des films agricoles usagés se dégrade depuis plusieurs mois et les conséquences économiques sont pesantes. Grâce à son engagement volontaire, la filière travaille sur plusieurs pistes de prévention et de valorisation. Avec l’idée d’approcher les 100 % de recyclage d’ici à 2022.
La filière de la plasticulture se sent aujourd’hui menacée. En Europe, comme en France, les textes prévoient une interdiction de mise en décharge des déchets plastiques d’ici à une dizaine d’années. Par ailleurs, une directive européenne sur l’interdiction de certains produits en plastique à usage unique devrait entrer en vigueur en 2021. Si les plastiques agricoles ne sont pas à ce jour dans le viseur, le CPA (Comité des Plastiques en Agriculture) considère qu’ils pourraient devenir une cible, comme par exemple les paillages conventionnels. « Je ne crois pas cependant à une taxation spécifique sur les plastiques agricoles, qui ne représentent que de faibles quantités », rassure Pierre de Lépinau, Adivalor (éco-organisme privé en charge de la collecte et de la valorisation des déchets d’agrofourniture). De même, l’éventualité de voir émerger un dispositif REP dans la filière reste pour lui assez mince : « de toute façon, une REP ne résoudra pas le problème de fond, qui est un manque de demande en Pebd recyclé en Europe, très inférieure à l’offre pléthorique de films à recycler. Les services de l’Etat suivent avec nous l’évolution de la situation. L’objectif partagé est que nous revenions à un taux de recyclage de 100 % comme c’était encore le cas en 2016 ».

Malgré son engagement volontaire depuis 2001, pour gérer et valoriser au mieux ses produits en fin de vie, la filière encadrée par Adivalor vit actuellement une transition difficile. A ces réglementations, s’ajoute depuis plusieurs mois, la dégradation des modes de traitement. Depuis plus d’un an, la filière du recyclage des films plastiques subit indirectement la fermeture des frontières chinoises aux déchets plastiques. La Chine reprenait jusque-là une majeure partie des films industriels et commerciaux provenant d’Europe. Aujourd’hui, le Vieux Continent ne sait plus comment gérer ses stocks de films usagés, car ne trouve pas suffisamment de débouchés. Leurs prix de reprise baissent, entraînant avec eux un effondrement des prix des matières recyclées. Ces plastiques sont propres, plus faciles et moins coûteux à recycler que les films agricoles. D’où l’effet boule de neige sur les films agricoles qui étaient pourtant valorisés en France. Résultat : les capacités de recyclage réservées aux films agricoles ont diminué de plus de 40 000 tonnes en quelques mois. Les usines préférant traiter les films usagés propres.
Des plastiques encore en décharge en 2019
Cette situation a de fait perturbé la logistique d’enlèvement organisée par Adivalor, compilant retards dans la collecte et augmentation des coûts de gestion. En 2018, la filière a dû éliminer en centre de stockage, 10 000 tonnes de films de paillage trop souillés. Au total, ce sont près de 77 000 tonnes de plastiques et emballages usagés qui ont été collectés en 2018, en légère progression par rapport à 2017 (76 400 tonnes). « En 2019, plusieurs flux devraient encore finir en décharge. La demande en rPebd ne décolle pas, les capacités de recyclage sont inférieures aux quantités de films plastiques collectés, si l’on prend en compte les films industriels et commerciaux » explique Pierre de Lépinau. Toutefois, un dispositif logistique sera mis en place cette année pour assurer les enlèvements de toutes les catégories de films agricoles collectés. Les films les plus souillés, issus de paillage, continueront de faire l’objet d’une facturation à l’enlèvement, car l’éco-contribution ne suffira pas à couvrir les coûts de collecte et de traitement. Dans la continuité des évolutions engagées en 2017 et 2018, un contrôle qualité sera réalisé pour identifier les lots de films les moins souillés, qui pourront être recyclés.
Néanmoins, une augmentation de l’éco-contribution est nécessaire selon Adivalor pour revenir au 100 % recyclé. Appliquée sur les films neufs, elle permet de financer la couverture des frais d’organisation et de gestion des collectes. Pour garantir la pérennité de la filière, l’éco-contribution des films de paillage, d’enrubannage et d’ensilage a donc augmenté le 1er septembre 2018, et le 1er janvier 2019 (tableau Eco-contributions). Au-delà de ces soutiens financiers, le CPA et Adivalor ont choisi de mettre en œuvre un plan de redressement pour réagir aux problèmes de recyclage récents. L’objectif d’ici à 2022 : atteindre un taux de collecte supérieur à 85 % pour un engagement « zéro déchet au champ » ; recycler plus de 95 % des films collectés. Sur le terrain, cela se traduira notamment par des incitations à intégrer plus de matière recyclée dans les produits neufs ; à utiliser des films de paillage biodégradables ; à améliorer les pratiques de dépose ; à installer des capacités industrielles de pré-traitement (broyage, nettoyage) et à construire une filière de valorisation énergétique des films moyennement souillés.
Des engins de dépose propre
En s’appuyant sur les très bons résultats obtenus sur la culture de la carotte, le CPA décline désormais le programme de R&D en machinisme agricole, RAFU (Recyclage Agriculture Films Usagés)*, à de nouvelles cultures : melon, échalote, salade. Combinant raclage, balayage et soufflerie, les engins d’enlèvement de films permettent de réduire de 50 % la souillure, tout en améliorant les temps de dépose. « En 2019, la première utilisation commerciale d’engins pour la dépose des films après la récolte sera mise en oeuvre. Réduire le taux de souillure des films de paillage à moins de 50% est désormais possible, explique Bernard Le Moine, directeur général du CPA. Des équipements (racloir, soufflerie) ont été mis au point par Invenio en Aquitaine. En partenariat avec la société Simonot, ces nouvelles machines de dépose seront utilisées sur la carotte, le melon et l’échalote (RAFU II). Quatre machines devraient être en fonctionnement dans les Landes ». Sur le melon et l’échalote, les premières machines devraient être disponibles dès l’été 2019. Concernant les cultures de pommes de terre et de salades, les projets sont en cours, avec des premiers résultats attendus en 2020. Soutenus par les pouvoirs publics dont l’Ademe, les engins RAFU pourraient réduire, à moyen terme, le volume de films usagés de 3000 à 4000 tonnes par an.
Après utilisation, les films de paillage sont souvent très souillés. Pour 300 kg de plastique posés à l’hectare, on dépose, après la culture, 3 à 4 fois ce poids. Cela a des répercussions évidentes sur le transport et sur le process de recyclage. Et au final sur le coût de traitement, pour des débouchés à faible valeur ajoutée. La réduction du taux de souillure constitue un défi technique et les enjeux économiques et sociétaux sont énormes à l’échelle du maraîchage en France. Le CPA et Adivalor travaillent sur plusieurs projets dont le remplacement des films de paillage conventionnels par des films biodégradables. Répondant à la norme EN 17033, l’utilisation de cette nouvelle génération de produits se développe, avec des résultats techniques concluants, sur de nombreuses cultures, selon le CPA. De plus, l’économie réalisée du fait de l’absence de chantier de dépose compense le surcoût du produit. Deux expérimentations, Biodom et IPAC, sont en cours pour déployer l’utilisation des films biodégradables en outre-mer et dans le Sud de la France avec le soutien de la chambre d’agriculture du Vaucluse. Le projet Biodom est porté par le CPA et accompagné par l’Odeadom (Office de développement de l’économie agricole d’outre-mer). Les démonstrations sont assurées localement par les chambres d’agriculture et les stations d’expérimentations des agriculteurs. Ce projet vise à apporter une alternative aux plastiques conventionnels. Il porte sur trois ans et entame sa deuxième année. Le projet IPAC vise à la dissémination des techniques qui utilisent du biodégradable. D’une durée de trois ans, il démarre fin 2019. « D’autres projets biodégradables sont à l’étude, notamment sur le melon. Par ailleurs, on note d’ores et déjà une croissance à deux chiffres sur le marché du biodégradable » souligne Bernard Le Moine.
Un AMI pour pré-traiter les films souillés
Une réflexion sur le pré-traitement des films de paillage est également menée à travers un appel à manifestation d’intérêt, CleanFilm. Les dossiers de candidature sont à déposer avant le 30 mars 2019. Pour rappel, chaque année en France, 15 000 tonnes de films agricoles de paillage très souillés (taux de souillure compris entre 50% et 90%) sont collectées. Les films rendus propres retrouveront alors de la valeur qui sera utilisée pour couvrir tout ou partie des coûts de pré-traitement. De plus, CleanFilm garantira la pérennité de la filière, moins soumise aux aléas du marché. Le projet prévoit une à deux stations « Clean Films » en France, à même de traiter 10 000 tonnes de films usagés. Une première unité de pré-traitement pourrait voir le jour dès 2020 dans le sud de la France. La filière soutiendra une entreprise capable d’investir et d’exploiter ce type d’unité. Le nom devrait être connu d’ici le mois d’avril.
L’actualité des plastiques agricoles ne se réduit pas à la crise du recyclage des films. Les filières de collecte continuent à se développer pour apporter des solutions de gestion de la fin de vie à l’ensemble des produits existants. Demandée depuis longtemps par les agriculteurs, la filière de collecte des gaines souples d’irrigation (GSI) a démarré le 1er septembre 2018. Une éco-contribution a été fixée à 75 euros la tonne. Les opérations de collecte débuteront le 1er avril 2019. Cette nouvelle filière permettra d’améliorer la gestion des plastiques usagés pour les maraîchers, en particulier sur le melon et la tomate, qui constituent l’essentiel de la consommation de gaines d’irrigation minces. Plus de 250 tonnes de gaines devraient être collectées en 2019, soit un taux de collecte de plus de 20 %. Près de 100 % des graines seront recyclées. Adivalor vise les 850 tonnes d’ici à cinq ans. Le plastique une fois recyclé, peut être incorporé dans la fabrication de nouvelles gaines agricoles. Ce sera le principal débouché. Dans le domaine des filets paragrêle, la filière compte atteindre des taux de collecte comparables à ceux des films, au-dessus de 75 %. Pour 2019, les objectifs portent sur plus de 50 % de collecte. Les gisements seront recyclés à 100 % C’est un programme encore jeune. Ce produit est facile à recycler car peu souillé. Plusieurs applications sont possibles, la plus emblématique étant son intégration dans des pièces de mobilier urbain, en partenariat avec la société MP Industries, à Gardanne. D’autres projets de collecte sont à l’étude comme les mandrins de bobines, les filets anti-insectes, et les films non-tissés aujourd’hui non collectés. La plasticulture française s’est engagée dans une plus grande incorporation de résines recyclées dans les produits neufs. Si le taux de 25 % a été avancé à l’horizon 2025 dans le cadre de la FREC, les premières prévisions indiquent que ce taux devrait être atteint plus rapidement.
*Le projet collaboratif de R&D, RAFU, a été développé entre 2011 et 2014, à l’initiative du CPA, et accompagné d’Adivalor, de Suez, d’Invenio, de Coved et de Jaulent.
Crédit : Adivalor
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