Dans le paysage français des déchets ménagers, la région Ile-de-France représente un enjeu de taille. Avec une moyenne de 19 000 habitants au km², la collecte est devenue un défi majeur. Chaque année, 2,3 millions de tonnes de déchets sont traitées dans les dix unités du Syctom. Les échéances réglementaires d’ici à cinq ans et l’organisation des JO en 2024 poussent le territoire à renforcer le tri et réduire le volume des déchets. Dans le cadre d’une démarche collaborative inédite, réunissant 187 acteurs, le Syctom propose un plan de 35 actions sur le très court et plus long terme.
Comment traiter les déchets de 10 % de la population française sur un territoire très dense de 85 communes, avec comme principale contrainte une collecte en habitat vertical où certains quartiers nord de Paris recensent près de 30 000 habitants au km² ? C’est le quotidien du Syctom qui depuis sa création en 1984, voit la démographie francilienne et sa production de déchets grossir à vitesse grand V. Chaque année, 2,3 millions de tonnes de déchets sont traitées par le syndicat, dont 30 % sont recyclées et 60 % valorisées en énergie. Subsiste une fraction de 150 000 tonnes qui finit en enfouissement. Mais les ambitions sont fortes. L’objectif du Syctom est de réduire encore plus le volume des déchets et mettre fin au stockage d’ici à 2025, en renforçant le geste de tri et les filières de compostage et méthanisation. Même si paradoxalement, le Francilien produit moins que la moyenne nationale (450kg/hab/an contre 576), les enjeux réglementaires rappellent au syndicat de traitement les défis qu’il va bientôt devoir relever d’ici à 2023-2025. A commencer par le traitement séparé des biodéchets, le recyclage de 65 % des emballages de tous types et le recyclage de 55 % des déchets ménagers et assimilés. A cela s’ajoute le recyclage de 80 % des déchets recyclés fixé pour les Jeux Olympiques en 2024.
35 mesures portées par le Syctom

Face à ces échéances et en l’absence de réponse pertinente et efficace de la part des élus, le Syctom a choisi d’avancer avec l’ensemble des parties prenantes pour trouver des solutions concrètes à mettre en place, dont certaines à brève échéance. Le Syctom dispose de dix unités de traitement et d’un réseau de déchèteries pour un budget annuel de 677 millions d’euros. Mais la reconstruction du centre de tri à Ivry/Paris XIII va diminuer fortement la capacité de traitement des déchets. La recherche de pistes de prévention et de valorisation des ressources est devenue cruciale pour la région, qui ne peut plus augmenter ses capacités ad vitam aeternam et qui doit gérer la croissance démographique et des saisons touristiques importantes. Après six mois de travail collectif et aux termes de 30 heures d’échanges animées par 187 participants (recycleurs, associations, élus, éco-organismes, metteurs en marché, bailleurs sociaux, pouvoirs publics), un programme d’actions, baptisé le Grand Défi, a défini 35 mesures innovantes autour de sept grands axes : éducation et formation ; concertation et coordination ; communication ; innovation et accompagnement ; partenariats ; modification du cadre législatif ; mise en œuvre et évaluation du plan d’actions.
Revoir la gouvernance des éco-organismes
Cette initiative du Syctom rentre dans le cadre de la mission de coordination que lui ont confié l’Etat et le Conseil Régional d’Ile-de-France (PRPGD) en juin dernier. Il s’agira d’expérimenter d’ici à fin 2019, un schéma opérationnel pour coordonner la prévention, la collecte et le traitement des déchets ménagers en partenariat avec des collectivités volontaires du territoire. Autre action de très court terme cette fois-ci (avant septembre 2019), celle de soutenir les territoires dans la prévention des déchets et l’amélioration des collectes sélectives ; et de mener des actions de plaidoyer à l’échelle nationale. « Entre autres, nous souhaitons modifier la gouvernance des éco-organismes afin que les collectivités publiques en charge de la gestion des déchets puissent agir sur leur production en amont ; flécher 100 % de la TGAP pour la prévention et la gestion des déchets ; ou encore contrôler les obligations de tri et de flux et mettre en place des sanctions dissuasives » indique Martial Lorenzo au nom de toutes les parties prenantes.

L’information des jeunes sur la prévention des déchets en milieu scolaire reste une priorité pour le Syctom. Outre les journées portes ouvertes sur les sites de traitement, des interventions de professionnels seront programmées dans les établissements ; tout comme l’augmentation des effectifs d’éco-animateurs et d’ambassadeurs du tri : 300 personnes seront mobilisées en 2021 et 600 en 2025 (1 pour 10 000 habitants). A plus long terme, le Syctom et ses partenaires comptent également s’attaquer au comportement des usagers en créant de nouveaux outils de communication à destination des commerçants et artisans, mais aussi des formations pour les bailleurs sociaux et syndicats de copropriété. A plus court terme, le geste de tri citoyen sera étudié à la loupe en partenariat avec un laboratoire des sciences cognitives et comportementales. Autre mesure au programme, un prix du « pire objet emballé » (pire emballage ou suremballage) sera attribué chaque année. La première édition aura lieu en 2020.
Un plan à 250 millions d’euros
Pour mener à bien ces actions, le Syctom a estimé le budget nécessaire à 250 millions d’euros d’ici à 2025. Il prévoit d’en assumer une partie, le reste étant assuré par les autres parties prenantes privées et publiques. Le président du Syctom Jacques Gautier a d’ores et déjà appelé à un large tour de table financier pour que le contribuable ne soit pas le seul à payer in fine. Cette responsabilité ne peut reposer entièrement sur les usagers, affirme la direction du Syctom : « l’heure n’est plus à la culpabilisation des citoyens, nous devons agir en amont en sensibilisant tous les acteurs via un ensemble d’actions collectives », rappelle Martial Lorenzo, directeur général du Syctom. Actuellement, presque 60% de la poubelle d’ordures ménagères résiduelles pourraient idéalement être valorisés. La moitié concerne les déchets alimentaires, l’autre les emballages recyclables.

La réduction des déchets et le renforcement du geste de tri ne sont pas les seuls grands défis pour le syndicat parisien. « Il faut aussi gérer ces aberrations commerciales que nous retrouvons sur nos convoyeurs, à savoir les bouteilles opaques, ou encore des emballages plastiques avec des bouchons en aluminium. Nous ne sommes pas prévenus de l’arrivée de ces nouveaux produits et cela s’ajoute aux problèmes de tri existants » déplore le président. Toutefois avec un investissement total de 100 millions d’euros, le Syctom sera prêt dès l’an prochain pour traiter l’extension de la consigne de tri. Pour que l’ensemble de la filière de collecte et de traitement fonctionne sur un territoire aussi dense, le syndicat mise avant tout sur la collecte de masse, notamment pour les biodéchets, en visant en priorité les déchets alimentaires des restaurants et des commerces. La collecte en porte-à-porte viendra compléter ce gisement. D’autres expérimentations se font jour pour optimiser le dispositif global. La tarification incitative, pour l’instant absente sur le territoire francilien, pourrait faire une première percée expérimentale dans l’Ouest francilien, tandis que plusieurs opérations de collecte de bouteilles plastiques, développées par la start-up Yoyo, commencent à démarrer dans les quartiers de Clichy et de Levallois ainsi que dans le 13e arrondissement de Paris.
Crédit : CM, CNIM / Frank Badaire, Syctom / Didier Raux
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