La piscine française veut devenir sobre et durable

Cap sur une norme environnementale et un guide de recyclage

Avec 2,5 millions de bassins privés installés à ce jour, la piscine française se porte bien. Cette démocratisation est favorisée par une évolution de l’offre et des prix. Pour la fédération des professionnels de la piscine (FPP), ce marché ne pourra se déployer qu’à travers une démarche éco-responsable forte. Depuis une dizaine d’années, la profession promeut la piscine basse consommation. Aujourd’hui, le secteur passe à une étape supérieure avec la mise en œuvre d’une norme sur les impacts environnementaux, et la gestion des produits et matériaux en fin de vie.

Les piscinistes français prévoient une année 2019 record en termes de croissance et de chiffre d’affaires. Une hausse de 15,5 % est attendue à plus de 2,6 milliards d’euros. Les Français aiment les piscines et le prouvent avec à ce jour, 2,5 millions de bassins installés de plus de 10 m2, pour moitié enterrés, pour moitié hors sol. La démocratisation de ces équipements de loisirs se confirme à travers une offre très diversifiée de petites piscines et accessibles à tous les budgets (de moins de 1500 euros à plus de 5000 euros). La France est le premier marché européen pour les professionnels de la piscine et deuxième mondial.

C’est à ce titre que la FPP incite depuis plus de dix ans ses quelque 1200 adhérents constructeurs, installateurs et fabricants d’équipements, à jouer la carte éco-responsable. En 2006, la fédération a créé une commission développement durable afin de mettre en place son premier calculateur carbone. Car qui dit piscine, dit consommation d’eau et d’énergie. Or en l’espace de quarante ans, la piscine a divisé par cinq sa consommation d’eau. Son renouvellement est limité par des techniques anti-évaporation et des alternatives ayant recours à de l’eau de pluie sont largement proposées. L’empreinte carbone est en moyenne de 250 kg de CO2 par an, selon un calcul issu d’un logiciel conçu pour la FPP et agréé par l’Ademe. Cela représente moins d’un aller-retour Paris/Marseille en voiture. La filtration demande 6,5 fois moins d’énergie que dans les années 1980 (860 Kwh/an actuellement contre 5600 Kwh il y a 40 ans). De même, les dispositifs de chauffage ont généralisé la couverture isotherme. A cette réalité de piscine basse consommation, vient s’ajouter aujourd’hui, un volet normatif.

Une norme environnementale

 

La fédération des professionnels de la piscine a lancé avec l’Afnor et le Comité Européen de Normalisation, un vaste chantier qui devrait déboucher en 2023, sur la première norme environnementale européenne de la piscine domestique. Un groupe de travail a été mis en place en 2019 pour développer cette future norme européenne. Ce projet est très important pour le secteur, selon Joëlle Pulinx Challet, déléguée générale de la FPP, puisqu’il va permettre, pour la première fois, de déterminer l’impact environnemental de l’exploitation d’une piscine et de ses équipements. Cette norme, à usage volontaire, vise ainsi à classifier les performances environnementales des différents équipements intégrant la composition d’une piscine, comme la structure du bassin, la pompe de filtration, le réseau hydraulique, les systèmes de traitement de l’eau, de chauffage, d’éclairage, de nettoyage et de couverture. Dans le cadre de cette norme, il s’agira également de promouvoir les bonnes pratiques de durabilité en ciblant l’économie d’énergie et d’eau, la réduction des déchets. Pour les consommateurs, ce sera une avancée pour les guider dans leur choix, puisqu’ils bénéficieront d’une signalétique adaptée, avec des pictogrammes indiquant les performances de la piscine sur le plan environnemental. La fédération propose d’ores et déjà aux propriétaires de piscine, deux guides de bonnes pratiques sur la gestion maîtrisée de l’eau et de l’énergie.

Un guide pour les professionnels

 

La filière française de la piscine ne veut pas s’en arrêter là et dans la perspective de la loi anti-gaspillage et économie circulaire, la FPP souhaite encadrer la gestion des déchets de production et des matériaux en fin de vie, relatifs à l’ensemble de la piscine. Dans le cadre de sa commission développement durable, un groupe de travail planche actuellement sur le recyclage de certains matériaux et un guide sur cette thématique, destiné aux professionnels, sera publié début 2020. « L’objectif est d’établir sur l’ensemble du cycle de vie d’une piscine, une évaluation des impacts, indique Joëlle Pulinx Challet. Après un gros travail sur l’énergie et l’eau, nous voulons en amont identifier les matériaux les plus vertueux, les évaluer sur leur durée de vie et enfin, trouver les filières de valorisation les plus adaptées ».

Dans un premier temps, il s’agit de solliciter les adhérents pour quantifier les matériaux à recycler et leur attribuer le meilleur mode de traitement, avec une priorité pour le recyclage. Une piscine est constituée de plusieurs matières et équipements recyclables. C’est pourquoi, le guide du recyclage permettra d’accompagner les professionnels dans leur démarche logistique de collecte et de valorisation lorsque des filières existent déjà. Selon la FPP, ce document a aussi pour objectif de rappeler un certain nombre d’obligations vis-à-vis de la fin de vie des produits pour les fabricants et metteurs en marché. Il vise à recenser les possibilités de recyclage et de valorisation pour chaque catégorie d’équipements (structure, pompe, liners, bidons de chlore, couverture etc.) et à identifier les acteurs du recyclage. Sur les bonnes pratiques, le guide invite le professionnel à mieux gérer ses déchets internes, de pose et des produits usagés.

Liner PVC cherche filière de recyclage

 

Parmi les matériaux concernés en premier lieu, figurent les liners PVC, les bidons de chlore, les pompes et les moteurs. Si pour les appareils électriques qui durent en moyenne entre cinq et dix ans, des éco-contributions sont mises en place dans le cadre des filières REP (Responsabilité élargie au producteur) sur les DEEE, rien ou presque n’existe à ce jour pour prendre en charge les autres matériaux et notamment les liners. Revêtement de piscine en PVC, le liner a une durée de vie d’environ quinze ans. Aujourd’hui, ces produits ne trouvent aucun débouché ; ils finissent à la benne puis en décharge.

Il s’agit pour la fédération d’un enjeu important sur le plan environnemental et économique. Un liner pèse entre 70 et 100 kg selon la taille de la piscine et représente près de 70 % du parc français. « Toutefois, il est encore difficile d’estimer le gisement, au regard de la durée de vie de ces produits », explique Stéphane Figueroa, vice-président de la FPP et dirigeant de Fluidra France, l’un des cinq acteurs du liner et de la couverture de piscine sur le territoire. Basée à Perpignan, l’entreprise Fluidra dispose en Europe d’une cinquantaine d’unités de production, sous plusieurs marques commerciales. Face à un marché français, grand consommateur de liners, la direction a décidé de lancer une étude sur leur recyclage pour évaluer le gisement et trouver des solutions viables de logistiques et de valorisation. Résultats prévus dans six mois. « Un liner PVC usagé est fortement dégradé et souillé. Il est en outre imprégné de produits de traitement, ce qui nécessiterait sans doute des opérations de lavage préalables avant le recyclage. C’est ce que nous allons étudier dans le cadre de notre travail en commission développement durable, avec le soutien d’experts en recyclage » souligne la déléguée générale de la FPP.

Desjoyaux, un ovni chez les piscinistes

 

Siège de Piscines Desjoyaux

L’entreprise familiale Desjoyaux fabrique des piscines depuis 50 ans dans son usine près de Saint-Etienne. Une production 100 % française, équivalente à 60 piscines par jour. Avec 100 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2018, elle exporte à près de 50 % ses produits dans 80 pays, appuyée par huit filiales. Particularité : les panneaux qui constituent le coffrage des piscines sont réalisés en matières plastiques recyclées. Au début des années 2000, Desjoyaux a noué un partenariat avec Valorplast (filière de gestion des déchets d’emballages ménagers en plastique), pour récupérer des flux de bouteilles plastiques à broyer. Aujourd’hui, l’entreprise travaille notamment avec les recycleurs Paprec et Derichebourg, qui lui fournissent du polypropylène issu du tri de déchets industriels (pare-chocs ou tableaux de bord de voiture) et ménagers. L’industriel a développé un process pour fabriquer les modules de coffrage en polypropylène recyclé. Elle importait auparavant les granulés régénérés d’Italie et d’Allemagne puis a intégré cette activité en interne, notamment pour s’assurer de la qualité des matériaux employés. En 2007, l’entreprise crée un atelier de broyage d’une capacité de 9000 t/an. En 2014, elle investit dans une nouvel atelier d’extrusion pour mélanger et faire fondre les matières à une température de 200 °C, en vue de leur granulation. Desjoyaux utilise 60 % de déchets plastiques et 40 % de carbonate destinés à apporter les caractéristiques nécessaires à la matière. Quand une pièce est défectueuse, elle est broyée et la matière remise dans le circuit de production.

Crédit : Desjoyaux, Piscinelle, Diffazur

A savoir : la 4e édition des Assises professionnelles de la piscine se tiendra à Bordeaux les 19 et 20 mars 2020. La thématique de l’économie circulaire sera au programme des conférences.

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