« Pour vivre heureux, ne vivons plus cachés » : c’est la démarche que l’industrie du verre d’emballage semble avoir choisie pour conquérir de nouveaux marchés. Traditionnellement discret sur ses procédés de fabrication et ses produits, le secteur veut sortir de l’ombre, à la faveur d’une conjoncture plus radieuse en France et en Europe. Grâce notamment au plastic bashing, les verriers français spécialisés dans le flaconnage standard et haut de gamme souhaitent mettre en lumière leurs actions environnementales. Même si quelques marches restent à gravir.
La filière verrière française serait-elle en train de tirer son épingle du jeu ? Ce marché représente un chiffre d’affaires de 1,6 milliard d’euros pour une production de 4,13 millions de tonnes en 2018 et environ 4000 salariés permanents, derrière l’Italie (4,2 Mt) et l’Allemagne (5 Mt). Avec des industriels verriers comme Gerresheinmer, O-I, Verrerie du Courval, Saverglass, SGD Pharma ou encore Verallia, Verescence ou Verrerie Brosse, la France couvre tous les segments mais surtout se démarque par un savoir-faire historique dans le luxe (parfumerie et spiritueux), le vin et l’agro-alimentaire. Depuis deux ans, le secteur d’activité a enregistré une croissance de 5 % par an. En Europe, plusieurs investissements ont été lancés dont quelques uns en France (O-I dans ses deux usines de Gironcourt et de Veauche). Ces projets sont soutenus notamment par le secteur de l’emballage aussi bien cosmétique qu’alimentaire. La France connaît depuis quelques années une forte progression des bières artisanales avec la création à ce jour de 1600 micro-brasseries destinées à des marchés de proximité.
A l’occasion du prochain salon-congrès Glassman Europe à Lyon les 17 et 18 septembre prochains, 55 exposants de la filière verre d’emballages provenant d’Europe, des Etats-Unis, de Turquie et du Mexique ont répondu présent. Ces industriels verriers, fabricants de machines, de fours, de systèmes de manutention à chaud et à froid, fournisseurs de logiciels et de matières feront la promotion de leurs innovations et leurs produits. « Au delà de ces rencontres internationales entre professionnels du verre, l’objectif ressenti est de placer la high-tech au coeur des derniers développements en misant sur la percée de l’intelligence artificielle et du numérique, mais aussi sur les avancées environnementales liées à la réduction de la consommation d’énergie et au recyclage » souligne Greg Morris, organisateur des conférences Glassman. Depuis des décennies, nous savons que le verre est bien recyclé et recyclable à l’infini, que l’emploi de calcin permet de réduire fortement la consommation énergétique des lignes de production, mais qu’il est peut-être temps de mettre davantage ces qualités en valeurs, ajoute Jacques Bordat, président de la Fédération française des chambres syndicales de l’industrie du verre. Ce n’est sans doute pas un hasard si l’édition 2019 de Glassman Europe propose dans son programme de conférences, au moins six sessions en lien avec l’économie circulaire.
Recyclage, sécurité, qualité
Aujourd’hui, cette industrie qui se juge elle-même comme très conservatrice, est consciente des nouvelles opportunités qui peuvent servir à accroître ses parts de marché. Les polémiques autour du plastique lui offrent notamment une véritable autoroute, à condition de développer sa promotion et jouer la carte de la transparence. Pour transformer cette aubaine en réalité commerciale, le secteur mise sur les principales vertus du verre : recyclable à l’infini, sûr et porteur de qualité. « Nous avons développé des technologies de pointe sur toute la chaîne de valeur pour rendre ce secteur compétitif et vertueux. Simplement, nous en avons jusqu’ici peu fait l’écho, par discrétion ou crainte de la concurrence asiatique en particulier » reconnaît Jean-Luc Logel, fondateur d’Iris Inspection Machine, et président du Phoenix Award Committee (organisation internationale créée aux Etats-Unis pour promouvoir le monde du verre).

Il va donc falloir aller plus loin et surtout convaincre les consommateurs industriels qui s’étaient tourné vers d’autres matériaux comme le plastique, le métal ou le carton. Tout d’abord, faire en sorte que le principal défaut du verre, son poids, ne devienne plus un obstacle. De nombreux efforts ont été réalisés dans l’industrie du verre pour alléger de 20 à 30 % le poids de certains flacons, principalement pour l’alimentaire, mais aussi dans la parfumerie et la cosmétique. Ensuite son coût. « Certes, il reste une fois et demi plus cher que le plastique, par exemple, mais son allègement, l’image premium qu’il véhicule, la personnalisation en petites séries peuvent justifier un retour vers ce matériau. Preuve en est, les fabricants d’aliments bio ont choisi de miser sur le contenant en verre pour vendre leurs produits. On peut imaginer que ce marché de niche favorise à terme le retour significatif du verre dans le secteur agro-alimentaire » espère Jean-Luc Logel. Sans oublier certains segments de la restauration rapide et des plats à emporter qui optent pour l’emploi de pots et bocaux en verre réutilisables. Dans une étude de 2018, l’Ademe a passé au crible dix dispositifs français de consigne pour réemploi d’emballages en verre. Les résultats montrent que la réutilisation des bouteilles (après lavage et re-remplissage) se révèle plus intéressante que l’utilisation de bouteilles en verre à usage unique.
Industrie décarbonée
Les équipementiers de l’industrie verrière accompagnent cette innovation en se concentrant sur la durabilité et la verrerie « numérique ». En d’autres termes, le verre est entré dans l’ère de l’industrie 4.0 en y associant des valeurs environnementales. Au-delà des améliorations sur son allègement et son recyclage de qualité, le verre fabriqué aujourd’hui l’est souvent dans des fours électriques, plus propres, par opposition aux fours à gaz du passé. Les verriers qui utilisent encore des fours à gaz ont par ailleurs fortement réduit leurs émissions. La réduction du poids de chaque bouteille participe également à la réduction du nombre d’émissions dans le processus de fabrication du verre. Le secteur a en réalité accompli d’importants progrès pour l’environnement, avec l’usage de filtres pour diminuer les rejets polluants, l’emploi de fours plus efficients, la récupération et le recyclage plus systématique des matières premières. La quantité d’énergie utilisée pour produire une tonne de verre a été divisée par deux en 40 ans, selon une étude de la fédération britannique du verre. A l’origine très énergivore, ce secteur cherche à réduire son bilan carbone et pour y parvenir, veut basculer progressivement vers une consommation d’énergie décarbonée. Les verreries françaises spécialisées dans la fabrication de flacons de parfum utilisent d’ores et déjà des fours plus petits qui pour la plupart fonctionnent à l’électricité, dont 75 % provient du nucléaire. L’idée est de rendre ce mix énergétique gaz-électricité plus vertueux, explique Jean-Luc Logel.

Si le verre est parfaitement recyclé en France avec 14 centres de traitement, souvent proches des verreries, la collecte des emballages alimentaires quant à elle tourne autour de 80 %. C’est bien mais on peut faire encore mieux, souligne Jacques Bordat. L’objectif de l’Ademe est d’atteindre 90 % à l’horizon 2025. Cela passera par le développement de points d’apport volontaire, mais peut-être aussi (le débat commence seulement) à travers la mise en place d’un système de consigne localisé. Aux 190 000 PAV actuellement sur le territoire, 40 000 bornes supplémentaires pourraient s’y ajouter avec une attention particulière dans les grandes villes. Autre secteur visé pour relever les performances, celui du CHR (Café Hôtel Restaurant) bientôt concerné par la REP emballages. Ce dispositif pourrait favoriser le captage des bouteilles à usage unique (vins, spiritueux) qui représentent un tonnage annuel de 360 000 tonnes. Contrairement au flux consigné des softs et des eaux minérales, ces bouteilles dites perdues sont collectées aujourd’hui à moins de 50 % tandis qu’un projet pilote mené par la FNB expérimente un système de logistique retour. L’emploi du calcin peut atteindre 70 % dans l’emballage alimentaire contre 10 % dans le verre haut de gamme. Les technologies optimisent malgré tout la qualité de ce calcin. Ce sont environ 15 millions d’euros investis par centre de traitement pour trier et détecter la moindre fraction indésirable (porcelaine, céramique, caillou). Il y a trente ans, ce verre collecté usagé était encore trié à la main. Aujourd’hui, ces opérations manuelles sont remplacées par des procédés automatisés de tri optique et rayon X.
Sous les feux des projecteurs grâce à son principal concurrent, le plastique, le verre a plusieurs cartes à jouer dans les mois à venir. Mais son industrie devra compter sur ses bonnes performances de recyclage, et faire preuve de beaucoup d’innovation pour surmonter des faiblesses (bilan carbone, poids, coût, fragilité) non négligeables.
- Glassman se déroule sur plusieurs continents. En Europe, le choix de Lyon s’est imposé depuis 2005 car un grand nombre de fournisseurs de technologies, importants pour la filière, sont implantés en région lyonnaise et plusieurs usines de fabrication de verre se trouvent à proximité.
Crédits : Verre Avenir
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