Le PRAEC (Plan régional d’actions sur l’économie circulaire) adopté en novembre 2019 en Occitanie, s’est fixé trois objectifs : dissocier la production de richesse de la consommation de ressources ; créer de la valeur et de l’emploi ; mieux valoriser les déchets et réduire l’enfouissement d’ici 2050. Afin de suivre son impact, l’Ordeco a évalué au plan régional, le poids économique des acteurs de l’économie circulaire. Une étude met en lumière le rôle croissant de la gestion des déchets mais aussi celui des activités de réparation et de l’économie de la fonctionnalité.
Un travail de fourmi mené pendant six mois avec le soutien précieux des données de l’Insee s’est concrétisé en septembre 2020, par la publication d’une étude inédite en France. L’Observatoire régional des déchets et de l’économie circulaire en Occitanie (Ordeco) dresse un panorama précis et détaillé sur les acteurs de l’économie circulaire en région. Avec à la clef, des données par domaine d’activité, sur l’emploi, le nombre d’établissements concernés, et leur chiffre d’affaires. Pour répondre à ses besoins, l’étude utilise plusieurs sources socio-économiques du pays, dont les codes de la nomenclature d’activités française (NAF). Les autres informations proviennent des enquêtes de recensement de la population 2007, 2012 et 2017 réalisées par l’Insee et des données 2017 issues du dispositif Esane (Elaboration des statistiques annuelles d’entreprise) *. Dans la continuité des travaux menés en 2019 sur la viabilité des modèles circulaires en région, l’Ordeco a proposé d’approfondir le sujet en axant son enquête sur les secteurs d’activé, porteurs de changements et créateurs d’emplois. Cette étude a été financée par l’Ademe, la Région Occitanie et le ministère de la Transition Ecologique.
Activités circularisantes

Particularité de l’étude Ordeco : elle fait pour la première fois, la distinction entre les activités circulaires, qui s’intègrent pleinement dans l’économie circulaire et les activités circularisantes, qui s’y intègrent en partie. Par exemple, le code 33.11z de la NAF dont l’intitulé est « réparation d’ouvrages en métaux » fait directement référence au pilier de l’allongement de la durée d’usage tandis que le code 10.91z de la NAF dont l’intitulé est « fabrication d’aliments pour animaux de ferme » a été retenu car susceptible de valoriser des déchets organiques. Il rentre donc dans le pilier de la gestion des déchets / recyclage. « Cette différenciation est innovante dans le sens où nous sommes partis du principe que certains secteurs, s’ils ne l’ont pas déjà fait, se dirigent progressivement vers plus de circularité. Ce parti pris optimiste n’a pas été facile à trancher mais aboutit aujourd’hui à intégrer par exemple les codes NAF 22.22z (fabrication d’emballages en matière plastique) ou 24.41z (production de métaux précieux), deux secteurs susceptibles de recourir au recyclage » explique Sandrine Tarde, chargée de mission à l’Ordeco. Si pour les listes « circulaires » le choix a en effet été facile à faire, les listes « circularisantes » ont donné lieu à des débats car impossible de définir un degré de « circularité » au sein des codes retenus. Certains choix ont dû être posés arbitrairement, en fonction de la connaissance, en amont, de l’économie régionale et de ses acteurs. Toutes les thématiques de l’économie circulaire ont pu être identifiées par la nomenclature NAF, excepté l’écologie industrielle et territoriale qui relève davantage d’une coopération entre acteurs et non d’une activité donnée. C’est pourquoi elle a été traitée dans les entretiens.

Pour mener à bien ses travaux, l’Ordeco a cadré son champ d’expertise autour de six piliers de l’économie circulaire sur les sept existants : extraction / exploitation et achats durables (partiellement), éco-conception, écologie industrielle et territoriale (EIT), économie de la fonctionnalité, allongement de la durée d’usage et gestion des déchets / recyclage. Afin de mieux comprendre le poids économique de l’économie circulaire, une mise en contexte régional s’impose. Avec ses 13 départements, l’Occitanie est la 3e plus grande région de France, par sa superficie, et la 5e plus peuplée. Deux grandes agglomérations Toulouse et Montpellier se distinguent par une croissance démographique constante. L’Occitanie est en pointe sur plusieurs secteurs d’activité : 2e région agricole (1er dans la production de bio) ; une industrie dominée par Airbus, 1er site industriel national ; 1er région pour la part du PIB consacrée à la R&D et le nombre de pôles de compétitivité ; 4e région touristique. La diversité des territoires favorise également les synergies selon l’étude : urbains, zones industrielles, ruraux ou encore les ports. Alors que 215 km de littoral bordent la région, les montagnes représentent 45 % de ce territoire.
Moins d’emplois dans les activités circulaires

Le périmètre concerné par l’étude représente 140 000 emplois en 2017, soit environ 6 % des effectifs de la région (2 320 000 personnes) et environ 10,8 % des effectifs liés à l’économie circulaire en France. Sur ces 140 000 emplois, 39 % travaillent dans des activités circulaires (54 000 personnes), le reste exerçant leur métier dans des activités circularisantes. En l’espace de dix ans, l’économie circulaire a créé 14 000 emplois régionaux, soit une augmentation moyenne de 11 %. Au regard de cette étude régionale, les activités « circulaires » emploient moins en Occitanie que sur l’ensemble de la France et ont, globalement, moins d’effectifs que les établissements « circularisants ». A noter que la Haute-Garonne et l’Hérault, qui sont les deux départements ayant le plus d’effectifs et d’établissements dans le champ d’étude, sont aussi ceux qui ont le moins d’effectifs et d’établissements « circulaires » (en proportion). Entre 2015 et 2020, la part des établissements « circulaires » en Occitanie a toutefois augmenté de + 2 %. Ainsi au global, le nombre d’établissements en lien avec l’économie circulaire a augmenté de + 26,7 % entre 2015 et 2020, passant de 35 000 à 45 000 établissements, soit 3,8 % des 1 188 000 établissements de la région. Cela signifie qu’à ce jour, 8,9 % des 503 000 établissements français ayant une activité dans le champ d’étude sont basés en Occitanie.
On remarque en 2020 la domination de deux secteurs dans les établissements concernés : l’éco-conception (27%) et l’allongement de la durée de vie (42%). Le premier pilier représente 40,9 % des effectifs du champ d’étude (57 000 personnes, contre seulement 20,8 % au niveau national) et 66,8 % des effectifs circularisants. Cette part significative de l’éco-conception dans la région s’expliquerait par le nombre élevé d’ingénieurs travaillant pour les grands groupes industriels et des pôles de compétitivité. On peut citer le groupe Airbus et les entreprises sous-traitantes de l’aéronautique implantées en région toulousaine ou bien le pôle informatique dans la région de Montpellier. Illustré par les métiers de la réparation essentiellement, l’allongement de la durée d’usage connaît également une forte activité dans la région avec 47 % des établissements soit 16 000 entreprises en 2015.
La fonctionnalité creuse son sillon
Autre enseignement, l’étude met en lumière une progression de l’économie de la fonctionnalité (passant de 7 à 9,6 % entre 2015 et 2020). La crise sanitaire a fait prendre conscience à un grand nombre d’entreprises de l’avantage d’une telle démarche. Afin de faire progresser l’économie de la fonctionnalité et de la coopération (EFC), l’étude propose une obligation, pour les entreprises, d’intégrer les externalités, notamment négatives, des produits / services. « Nous pensons qu’il s’agit d’une tendance de fond, amenée à se renforcer avec le temps », souligne Sandrine Tarde. L’Ordeco mentionne à ce titre deux entreprises qui ont décidé de basculer vers ce modèle économique.

Risk&Fleet – Assurances est une société de courtage. Après une période de prise en main et de formations, elle a appliqué l’économie d’usage avec trois de ses principaux clients du transport, rassemblant chacun une flotte de 300 à 400 véhicules. Cette transition a été motivée pour casser le principe selon lequel le niveau de rémunération du courtier en assurance s’accroit avec le nombre de sinistres des clients. Cela s’est traduit par un travail sur la prévention en entreprise afin de diminuer le nombre de sinistres, donc les primes d’assurance, mais également : les arrêts de travail, les coûts d’immobilisation des véhicules, les litiges commerciaux, l’auto-réparation et la consommation de gazole. Pour ce faire, Risk&Fleet – Assurances a développé un outil « Mon Assistant Informatique Assurances », destiné à l’accompagnement des clients. On sort donc du cadre d’assureur classique pour développer une offre de service de conseil rémunérée (éco-conduite par exemple) pesant moins lourd que la rémunération classique sur le portefeuille de ses clients et surtout bien plus vertueuse.
Perax Technologies est spécialisée dans l’automatisation et la surveillance des réseaux d’eau potables et d’assainissement, grâce à des solutions de télégestion. Pour se différencier du marché (dominé par une grande entreprise), l’entreprise recherche désormais la durabilité avant la rentabilité. Une réflexion a été menée sur la conception de produits réparables, modulaires et interopérables (interconnectables avec les technologies concurrentes). Dans un second temps, l’entreprise a étudié la possibilité de réduire la quantité de matières premières utilisées dans la production des équipements, d’augmenter leur recyclabilité et de répondre au juste besoin des clients. À long terme, Perax Technologies ne souhaite plus vendre un produit mais une fonctionnalité, un usage. Cette démarche permet une maîtrise complète du budget par le client, avec une politique de partage des gains (en cas d’amélioration du produit, par exemple). Un produit durable permet également d’allonger la durée de vie de l’infrastructure nécessaire à son fonctionnement. L’économie induite est alors deux à trois fois supérieure. Ce développement a déjà permis de stabiliser les résultats de l’entreprise qui perdait des parts de marché face au leader. Si la crise sanitaire a stoppé l’activité pendant quelques semaines, Perax Technologies attend un chiffre d’affaires maintenu en fin d’année.
L’écologie industrielle prend du temps
Les indicateurs et les entretiens confirment que l’économie de la fonctionnalité et l’EIT sont encore des piliers peu développés, impliquant le plus de changement de mentalité et d’organisation des échanges économiques. Ainsi, l’écologie industrielle et territoriale ne décolle pas franchement, ce qui peut s’expliquer par plusieurs facteurs : difficulté de la contractualisation, de rassembler les diverses compétences nécessaires et de mettre en place la gouvernance, difficulté de préparer le terrain en amont de l’installation des acteurs, difficulté à faire changer les pratiques et habitudes. Cette démarche nécessite en outre une impulsion et une volonté politique locale forter. Les synergies inter-entreprises devraient toutefois se déployer dans le temps, rassure l’étude Ordeco. Une évolution que l’observatoire régional pourrait suivre sur le long terme.
Enfin les données analysées montrent que les activités traitant de déchets rencontrent toujours autant de difficultés à les recycler. Si les opérations de tri s’améliorent, les débouchés eux restent limités pour intégrer de la matière recyclée dans l’industrie française. Une situation vécue par ailleurs à l’échelle nationale. L’Occitanie ne déroge donc pas à la règle. L’étude montre qu’entre 2007 et 2017, la gestion des déchets / recyclage perd – 3,8 % de ses effectifs en Occitanie : la hausse des emplois dans la gestion des déchets (+ 28,4 %) ne compense pas la chute (- 13,4 %) du recyclage seul. L’incorporation de MPR (matière première à recycler) dans la production industrielle est une composante primordiale de l’économie circulaire puisqu’elle en ferme la boucle. Malheureusement, en Occitanie, les entreprises de la métallurgie (le secteur étudié dans l’étude) sont poussées par la règlementation ou en retard. Malgré de forts potentiels de recyclage et de partage des ressources, de nombreux freins normatifs, administratifs, techniques ou qualitatifs subsistent. Selon l’étude Ordeco, actuellement, les entreprises voient la règlementation comme une contrainte car elles ne veulent pas s’imposer de coûts supplémentaires pour rester compétitives face à la concurrence internationale.
Cette étude a fait par ailleurs émerger quelques surprises, comme la présence des hommes bien plus élevée que celle des femmes dans ces secteurs. À l’échelle nationale, alors que la part des femmes dans l’emploi circulaire s’élève à 48,1 %, en Occitanie, elle représente 26,2 % des effectifs (37 000 personnes) dans les activités circulaires. Ce taux a progressé de + 1 % tous les 5 ans. Il est un peu supérieur pour les activités « circularisantes » (28,6 %). Les départements employant le plus de femmes dans les activités de l’EC sont la Haute-Garonne et l’Hérault avec respectivement 30 % et 29 % des effectifs.
Résultats économiques au rendez-vous
En 2017, en France selon l’Insee, l’économie circulaire réalisait un chiffre d’affaire de 316,9 milliards d’euros, soit 8,1 % de l’ensemble de l’économie française pour une progression de + 20,8 % depuis 2009. En 2017, 45,6 % de ce chiffre d’affaires ont été réalisés par des entreprises « circulaires ». Le pilier gestion des déchets / recyclage représente 41,8 % du total tandis que le pilier économie de la fonctionnalité enregistre la plus forte progression entre 2009 et 2017 (+ 170 %) pour atteindre 38,6 milliards d’euros. Au plan national, le contexte social est encourageant, et l’étude n’hésite pas mettre dans la balance les résultats positifs constatés en Occitanie.

En 2017, alors que les effectifs du champ de l’étude en France représentent environ 5 % des effectifs totaux de l’ensemble de l’économie, la part du chiffre d’affaires de l’économie circulaire s’élève à 8,1 %, celle de la valeur ajoutée à 9,7 % et celle du chiffre d’affaire à l’exportation à 7,8 %. On peut en déduire que les résultats de l’économie circulaire sont bien meilleurs que ceux du modèle linéaire (jusqu’à 2 fois pour la valeur ajoutée). L’étude Ordeco nuance toutefois le tableau en soulignant que l’économie circulaire ne représente encore qu’une faible part dans l’ensemble de l’économie. L’observatoire régional montre la voie aux autres territoires français, qui pourraient mener le même travail, en distinguant activités circulaires et circularisantes. Une manière d’affiner les stratégies futures d’accompagnement et de cibler les entreprises locales, prêtes à changer de modèle.
* Le dispositif Esane de l’Insee permet de produire des statistiques structurelles d’entreprises, c’est-à-dire une photographie annuelle de la population des entreprises appartenant au système productif et de leurs principales caractéristiques.
Crédit : Ordeco
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