La Bretagne vise le « zéro déchet d’ici à 2040 »

Une feuille de route liste 22 actions dans l'économie circulaire

La Région Bretagne a adopté en juillet 2020 sa feuille de route de l’économie circulaire pour les quatre ans à venir. Elle s’inscrit dans une stratégie globale de préservation des ressources avec l’objectif d’atteindre le zéro déchet en 2040. Pour y parvenir, les acteurs publics (région, Ademe, Dreal) mobilisent les collectivités, les entreprises et les associations autour d’une vingtaine d’actions. Deux secteurs montrent la voie : le tourisme et le bâtiment. A l’image de la toute jeune société Menrec qui valorisera les menuiseries en fin de vie dès le printemps prochain.

La Bretagne génère 687 kg de déchets par habitant et par an. Chaque année, 500 000 tonnes de nourriture sont jetées et chaque Breton trie en moyenne 97 kg d’emballages ménagers par an. En parallèle, 700 000 tonnes de déchets sont enfouis dont 40 % en dehors du périmètre régional. Les déchets d’activités économiques représentent 1,8 million de tonnes. Réduire la production de déchets et maîtriser la consommation des ressources pourrait offrir à la région Bretagne de nombreuses opportunités de développer localement de nouveaux modèles économiques. Selon le Conseil régional, l’économie circulaire à la bretonne devrait ainsi générer de nouvelles filières et contribuer à relocaliser la production sur le territoire. Pour répondre à ces enjeux, les orientations de la Feuille de route de l’économie circulaire adoptée l’été dernier par le Conseil régional proposent de rompre avec le schéma linéaire production-consommation-déchets.

Lancée sur la période 2020-2023, cette feuille de route est issue d’une démarche partenariale menée avec l’État et l’Ademe Bretagne, et d’une co-construction avec 300 acteurs de tous horizons (publics, privés et associatifs) implantés sur le territoire. Concrètement, cette feuille de route se traduit par quatre grandes ambitions : transformer les objectifs environnementaux en opportunités économiques ; transformer en profondeur le métabolisme territorial ; prévenir et optimiser l’utilisation des ressources locales (primaires et secondaires) ; promouvoir et développer l’innovation. Pour mettre en œuvre cette politique, le Conseil régional de Bretagne mise notamment sur la communication et la mise en réseau des acteurs, la formation des collectivités et des personnes en reconversion, les synergies inter-entreprises et sur deux secteurs d’activités en particulier : le bâtiment et le tourisme.

Vingt-deux actions d’ici à 2023

 

Le président de Région Loïg Chesnais-Girard a annoncé dans le cadre de cette feuille de route, l’organisation de plusieurs événements (journées techniques, visites de sites, conférences, webinaires etc.) au cours des mois à venir, pour appuyer le développement de l’économie circulaire. Tout d’abord, une conférence des ressources réunit au moins une fois par an l’ensemble des acteurs impliqués. Elle a pour ambition de partager les actualités régionales, présenter un état d’avancement des projets en cours et préciser les priorités de l’année à venir (sur les sujets amont et aval de l’économie circulaire). La dernière édition s’est tenue le 10 décembre 2020. L’occasion pour le Conseil régional de présenter la nouvelle feuille de route et de se concentrer sur quelques actions innovantes. D’ici à 2023, la Région Bretagne va en effet déployer 22 actions à l’échelle de son territoire. La plupart ont démarré cette année et seront mises en œuvre en 2021. La première de la liste est également celle qui illustre l’objectif principal de la région, le zéro déchet en 2040. Pour y parvenir, sera réalisée une étude prospective des impacts de cet objectif sur l’emploi, la formation et l’organisation des filières économiques (zones portuaires, filière agricole etc.) avec le soutien de l’Ademe et de la Dreal.

La filière agro-alimentaire bretonne s’engage dans l’éco-conception de ses emballages

Dans le cadre d’un accompagnement des entreprises, la Région envisage de travailler en étroite collaboration avec le réseau d’entreprises Produit en Bretagne. Quelques webinaires ont déjà été organisés par ce réseau sur le thème des emballages et des alternatives au plastique jetable. Dans la continuité des appels à projets et des AMI (appels à manifestation d’intérêt) de l’Ademe, la Région a souhaité également s’associer à la Dreal et à l’Ademe Bretagne pour lancer sous forme de guichet unique un appel à idées et à projets commun. En quelques mois, près de 80 dossiers ont été retenus sur différents sujets de l’actualité circulaire comme la consigne, l’up-cycling dans le mobilier et le low-tech. En 2021, la Région souhaite reconduire cette opération avec d’autres problématiques notamment en lien avec le nautisme et le monde de la voile de compétition. La formation fait également partie des actions importantes, avec une priorité donnée aux lycées professionnels, mais aussi aux acteurs publics. Ainsi dès le 2 février 2021, en partenariat avec l’Ademe et Reseco (association pour une commande publique durable), une journée de technique sera consacrée à l’intégration de l’économie circulaire dans la commande publique, et plus particulièrement dans les achats de mobilier de bureau et d’équipements informatiques.

Tourisme et bâtiment, des secteurs phares

 

La feuille de route a choisi par ailleurs de braquer ses projecteurs sur deux secteurs économiques de poids en Bretagne : le tourisme et le bâtiment. Avec l’ambition de déployer un plan d’actions « tourisme circulaire » d’une part, et de faire un bilan des projets de bâtiments bretons engagés dans le cradle-to-cradle d’autre part. Les acteurs du tourisme s’engagent aujourd’hui dans l’économie circulaire pour préserver la qualité environnementale et pérenniser leur activité. Par exemple, le fameux GR34, chemin de grande randonnée qui traverse la Bretagne en diagonale et longe une partie de ses côtes, va se transformer en laboratoire grandeur nature pour expérimenter plusieurs démarches d’économie circulaire. Outre les initiatives terrestres, le monde maritime n’est pas en reste avec de l’innovation en lien avec le biomimétisme. Tandis que le nautisme, attractivité touristique majeure en Bretagne s’apprête à investir de nouveaux champs comme l’éco-conception et le recyclage.

Les déchets du bâtiment représentent en Bretagne 9,1 millions de tonnes par an.

Sans attendre 2023, la Région et l’Ademe s’illustrent déjà en soutenant plusieurs initiatives industrielles et en particulier dans la filière du bâtiment. A partir d’un diagnostic complet réalisé sur le territoire breton, la Région va construire un volet de formations spécifiques en 2021 avec le soutien des fédérations professionnelles du bâtiment et du Réseau Breton Bâtiment Durable. Les chiffres sont éloquents : 80 % des déchets générés en Bretagne proviennent du BTP. Sur ces 9,1 millions de tonnes de déchets produits dans le secteur chaque année, 7,5 millions de tonnes proviennent des chantiers de travaux publics ; le reste est issu de chantiers du bâtiment dont 1 million de tonnes de la démolition. Les métiers du bâtiment sont placés sur le devant de la scène et suscitent de nombreux projets que ce soit dans la commande publique, le réemploi ou le recyclage. Ainsi, l’association Bâti Récup, basée à Langouet en Ille-et-Vilaine, est engagée dans la recherche et l’expérimentation sur le réemploi de matériaux. Regroupant un collectif et un atelier de maîtrise d’œuvre porté par de jeunes architectes, Bâti Récup travaille actuellement sur la création d’une plateforme logistique en 2021 pour le réemploi des matériaux du territoire issus des chantiers de déconstruction, des surplus de stocks des professionnels, des invendus des grandes surfaces de matériaux ainsi que le don des particuliers. Le site d’une surface minimale de 1000m² permettra le stockage, la réparation et la revente des matériaux récupérés sur le département d’Ille-et-Vilaine.

Ce lieu ressource vise à regrouper les acteurs locaux de l’économie circulaire et comporte quelques grandes fonctions comme la collecte et massification des matériaux à l’échelle du département ; des opérations de tri ; du réemploi et de la réutilisation de matériaux dans les ateliers ; de la revente de matériaux sur site. L’ensemble de ces fonctions nécessiteront de nombreuses compétences soit au sein de la plateforme, soit en sous-traitance : diagnostiqueur ressources, architectes, ingénieurs, designers, artistes, artisans, entreprise du BTP, entreprise de valorisation, logisticiens de la plateforme, collecteurs, chef d’ateliers, valoristes, chargé de marketing/vente, chargé de communication. Une étude de faisabilité est en cours jusqu’en 2021. L’Ademe Bretagne accompagne le projet sur 18 mois et le finance à hauteur de 40 % du coût global qui s’élève à 133 000 euros.

Un site pour valoriser les menuiseries usagées

 

Dans le recyclage, des PME cherchent aussi à développer de nouvelles activités. En témoignent la nouvelle société Menrec, fruit d’un partenariat entre Atlantem Industries et Fenétréa, fabricants bretons de menuiseries. C’est une continuité pour Fenétréa qui a déjà mis en place il y a un an, un dispositif pour réintroduire une quote-part de ses chutes dans son process de fabrication. Cette nouvelle structure dédiée au recyclage des menuiseries en fin de vie a été lancée début décembre 2020. Née d’une réflexion commune, il y a un an, des deux menuisiers, Menrec ambitionne de valoriser les différents matériaux des menuiseries en fin de vie (bois, PVC, aluminium et verre) et leur réemploi pour la fabrication de nouvelles solutions (fenêtres, portes et volets). Encore considérées comme des déchets, les menuiseries en fin de vie font aujourd’hui généralement l’objet d’enfouissement dans des carrières alors qu’elles représentent une source importante de nouvelles matières premières et d’économies de carbone. Pour créer cette entité, les deux industriels ont intégré deux autres entreprises familiales, Riou Glass, spécialiste du vitrage, et le groupe Bohelay, société de transport dans le recyclage. La SAS est détenue à parts égales par les quatre co-fondateurs.

Le siège et l’unité de démantèlement sont implantés à Saint-Allouestre, dans le Morbihan (56). L’activité débutera en mars 2021. Elle favorisera dans le même temps le développement de l’emploi solidaire et prévoit le recrutement de dix collaborateurs à horizon fin 2021. Menrec apportera aux installateurs sur le territoire une solution clé en main de collecte et de démantèlement de menuiseries en fin de vie, sans surcoût par rapport à la situation actuelle. Ils se verront délivrer une attestation prouvant que les menuiseries remplacées rentrent dans un dispositif d’économie circulaire. L’organisation mettra à disposition des artisans, menuisiers, réseaux de fenêtriers, un rack ou une benne spécifiquement créés par Menrec. Les déchets seront acheminés vers l’unité de démantèlement où ils seront séparés par matière (PVC, aluminium, bois et vitrage), puis stockés, démantelés et envoyés dans les centres de recyclage spécialisés. Certains matériaux pourront être alors réintroduits dans de nouveaux process de fabrication d’Atlantem Industries, de Fenétréa et Riou Glass.

Bon à savoir :

La région Bretagne est lauréate des Trophées de la commande publique 2020 (catégorie achat public durable de la fonction publique territoriale) avec son chantier de déconstruction d’un lycée à Lannion (Côtes d’Armor), permettant de reconstruire un nouveau gymnase grâce à la valorisation de 5000 tonnes de déchets de béton.

Crédits : CM, Fenétréa, Bohelay, Pechpropre

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