Avec chaque année plus de trois millions de tonnes de marchandises commercialisées, le MIN de Rungis est le premier marché mondial de produits frais. En contrepartie, le site génère en moyenne 43 000 tonnes de déchets. Gestionnaire du site, la Semmaris veut réduire de 30 % son empreinte carbone d’ici à 2030. Pour y parvenir, l’entreprise mise sur plusieurs axes d’amélioration, dont un fortement orienté vers l’économie circulaire. Au programme : prévention des déchets, lutte contre le gaspillage alimentaire, réemploi, recyclage et compostage.
Véritable ville dans la ville, le MIN de Rungis s’étire sur 234 ha aux portes de la capitale et commercialise chaque année plus de trois millions de tonnes de marchandises (chiffres 2021). Il regroupe 1200 entreprises qui emploient 13 000 personnes pour un chiffre d’affaires total de 10 milliards d’euros. Parmi les secteurs dominants, celui des fruits et légumes (71,5 % du marché) pour un chiffre d’affaires de 4,5 milliards d’euros. L’ensemble des produits dont une majorité non transformés et frais a généré environ 43 000 tonnes de déchets organiques et des emballages usagés (plastique, carton et bois principalement) en 2021. Depuis plusieurs années, le volume total des déchets résultant des activités du site s’est stabilisé voire en légère baisse, alors que les volumes traités tendent eux à augmenter. Depuis 2013, la Semmaris, gestionnaire du site, mène une politique RSE volontariste qui a abouti en 2020 à un diagnostic complet de ses actions. Aux termes d’un premier bilan carbone dévoilé en 2021, l’entreprise a fixé pour le MIN une diminution de ses GES de 30 % d’ici à 2030. Parmi ses axes de travail, figurent la consommation d’énergie et d’eau, ainsi que le transport et la gestion des déchets associés à des mesures de prévention.
43 000 tonnes de déchets
Sur le terrain, cela signifie le déploiement de plusieurs actions pour réduire toutes les catégories de déchets et soutenir les meilleures valorisations possibles. Dans sa démarche de prévention tout au long de la chaîne d’approvisionnement, le MIN de Rungis au regard des volumes commercialisés cherche à limiter les pertes et le gaspillage d’origine alimentaire mais aussi se penche sur une meilleure gestion en fin de vie des contenants et des emballages usagés. Actuellement, 63 % de la totalité des déchets du MIN de Rungis font l’objet d’une valorisation thermique permettant d’alimenter en chaleur l’intégralité du site, l’aéroport de Paris-Orly et des communes à proximité (voir encadré). Sur les 37 % de déchets restants, 16 % sont des biodéchets envoyés vers des voies de valorisation matière (compostage, de méthanisation et de biogaz) à moins de 150 km de Rungis. Leur collecte est centralisée par la Semmaris afin de réduire le transport et d’obtenir les meilleures conditions économiques pour leur traitement. Sur un volume total d’arrivages de 1,217 million de tonnes de fruits et légumes en 2021, la Semmaris a récolté 7 130 tonnes de déchets fermentescibles. Le compostage représente environ 5000 tonnes par an soit 70% de la valorisation matière des biodéchets tandis que la méthanisation assurée par le groupe Suez porte sur environ 2000 tonnes par an de déchets (30%).
Une autre part de 17 % est constituée de matières à recycler issus des emballages (cartons, bois, plastiques). Le marché bénéficie sur place d’un point de dépôt et de tri des emballages qui facilite leur recyclage et empêche tout dépôt sauvage. Ces moyens mis en œuvre permettent de réduire les déchets chaque année sur le site et de mieux les valoriser. Emballage emblématique sur le marché des produits de la mer, la caisse marée en PSE n’a pas encore été totalement détrônée par d’autres matériaux ou emballages réutilisables, même si la tendance va plutôt dans ce sens. Pour l’instant, le polystyrène expansé est toujours là et collecté à hauteur de 15 tonnes chaque mois par Eco2PR. Implantée depuis plusieurs années sur le MIN de Rungis avec un broyeur, l’entreprise vient de déménager son outil de traitement sur son nouveau site de Dourdan où elle poursuit son activité de recyclage du PSE issu du bâtiment et bientôt d’autres flux de déchets. Selon Clément Spiteri, son président, la possibilité de revenir sur le MIN avec un broyeur dépendra des résultats des appels d’offres, en cours de renouvellement : « malgré les tentatives de remplacer le plastique à l’échelle des emballages, le PSE sur le marché des produits frais comme le poisson n’a pas disparu, bien au contraire : « nous observons une augmentation des volumes collectés dans la distribution. C’est peut-être lié à une utilisation accrue de ce matériau ou tout simplement à un geste de tri plus présent ».
Un service de collecte au cœur du MIN
La Semmaris a développé pour ses usagers un service de réception des emballages recyclables (cartons, pots et cagettes en plastiques, cagettes en bois réutilisables et films plastiques, y compris palettes et caisses palettes). Ce point de collecte est accessible aux opérateurs du M.I.N. et aux professionnels artisans, commerçants s’approvisionnant sur le Marché de Rungis. Ils disposent ainsi d’une franchise de dépôt gratuit chaque année. Au-delà de cette limite, ils sont facturés à la tonne déposée. Par ailleurs, un centre de recyclage pour encombrants, papiers, polystyrène et déchets verts, est ouvert à tout acheteur disposant d’un badge spécifique, relié à un compte prépayé avec paiement au m³ déposé. Paprec gère le site depuis dix ans, via sa filiale Coved, et traite chaque année, 40 000 tonnes de matières.
Caisses en plastique lavables et réutilisables
Au-delà des solutions de recyclage des emballages, la Semmaris promeut des alternatives comme la consigne et la réutilisation. Au sein de son incubateur Rungis & Co, plusieurs initiatives innovantes ont vu le jour, comme celle de Pandobac. La start-up créée en 2018 propose une alternative aux emballages polystyrène ou en carton à usage unique. Le principe : louer aux grossistes des bacs tracés et facturés en fonction de l’usage. Destinés à transporter les fruits et légumes et les produits de la mer sur les lieux de restaurations et chez les détaillants, ces bacs sont en PEhd ou PP. Après récupération lors des livraisons suivantes, les grossistes les confient à Pandobac sur le MIN de Rungis où se trouve son installation de lavage. « Les bacs garantissent une isolation thermique et une étanchéité pour les utilisateurs, sans rupture de la chaîne du froid. Nous proposons trois gammes de bacs pour les produits de la marée et trois références pour les fruits et légumes » indique Anaïs Ryterband, co-fondatrice de Pandobac. Aujourd’hui, l’entreprise travaille avec une vingtaine de grossistes sur le MIN, soit au total une cinquantaine de clients servis. Sur une année en moyenne, selon les calculs de l’entreprise, cette pratique empêche l’utilisation de 118 000 emballages jetables et en termes d’analyse de cycle de vie, cela évite l’émission de 10 tonnes eqCO2, la consommation de 5000 litres d’eau (malgré le lavage des bacs) et la production de trois tonnes de déchets. « Nous avons encore de la marge avec la présence sur le MIN de 800 grossistes. Notre objectif est de convaincre le marché des produits carnés, mais aussi de l’épicerie fine qui pourraient utiliser nos emballages réutilisables » espère la fondatrice de Pandobac. L’entreprise emploie aujourd’hui deux personnes à temps plein, auparavant en contrat d’insertion chez ARES.
Aide alimentaire
Depuis plusieurs années, les mesures prises par la Semmaris pour encourager les opérateurs à limiter le gaspillage en gérant mieux leurs approvisionnements (réduction du périmètre de gratuité pour l’enlèvement des déchets : 4 tonnes/porte) ont entraîné une diminution de 40 % des demandes d’enlèvement et donc la diminution des déchets. Le MIN de Rungis fait également appel dans ses démarches de lutte contre le gaspillage alimentaire à plusieurs acteurs économiques, industriels et de l’ESS. C’est le cas de la plateforme digitale Fresh Me Up qui se charge de revendre ou donner les produits alimentaires frais non transformés invendus (hors produits carnés) provenant du MIN de Rungis. L’entreprise créée en 2015 met en relation les marchés et les grossistes franciliens avec le monde de l’hôtellerie, de la restauration. « Notre plateforme permet aux professionnels des métiers de bouche d’accéder à des ventes privées de produits frais de 30 à 80 % moins chers. En général, il s’agit de fruits et légumes en très bon état mais dont la date d’extra-fraîcheur exigée a été franchie (pas plus de cinq jours pour la GMS) », assure son fondateur Thibault Merendon. Moyennant une commission par transaction, Fresh Me UP regroupe ainsi toutes les offres et les demandes de produits frais. Grâce à cette activité de mise en relation et de lutte contre le gaspillage, l’entreprise parvient à servir environ 450 restaurants et hôtels parisiens.
Lorsque la revente n’est pas possible et pour l’ensemble des produits transformés et carnés, la Semmaris fait appel au réseau d’aide alimentaire. En 2008, le MIN de Rungis a accueilli le premier chantier d’insertion de l’association Le Potager de Marianne. Cette association récupère des fruits et légumes encore propres à la consommation mais ne pouvant être vendus et les reconditionne pour le réseau d’aide alimentaire. Ces fruits et légumes sont notamment livrés au réseau A.N.D.E.S, une fédération de 380 épiceries solidaires. Le Potager de Marianne a collecté en 2021 près de 550 tonnes de fruits et légumes. Après tri des produits par une quarantaine de personnes en contrat d’insertion, l’association a pu sauver 345 tonnes, destinées aux structures d’aide alimentaire, comme les épiceries solidaires du réseau ANDES ou la Croix Rouge. Ces structures participent à la logistique moyennant un prix de rachat symbolique (entre 10 et 30 cents le kg). Cette pratique permet en outre aux donateurs de bénéficier d’une défiscalisation. Ce qui malheureusement ne concerne pas encore les produits transformés, déplore Nathan Bardin, directeur du Potager de Marianne : « en l’absence d’habilitation à l’aide alimentaire, les transformateurs de fruits et légumes en compotes ou fruits ne peuvent pas intégrer nos canaux de valorisation. Résultat, nous avons dû jeter l’an dernier, 200 tonnes de fruits et légumes, considérés alors comme des déchets car non consommables en l’état ». Toutefois, la situation tend à évoluer avec des discussions législatives en cours, susceptibles d’aboutir pour certains produits dégradés à une sortie de statut de déchets.
Compostage in situ
En attendant, pour traiter ce flux de biodéchets, la Semmaris a décidé de lancer une activité de compostage sur site, en partenariat avec la société UpCycle, concepteur et fabricant de composteurs industriels électromécaniques. Fondée en 2011, UpCycle produit à l’origine des pleurotes sur des résidus de marc de café, vendus comme produits frais auprès des grands chefs ou sous forme de kits : les fameuses Boîtes à Champignons prêtes à cultiver. En 2014, UpCycle intègre l’incubateur Rungis & Co, et s’installe dans une ancienne mûrisserie de bananes de 150 m² au cœur du MIN. En 2016, l’entreprise quitte Rungis et sept ans après, conçoit et commercialise trois tailles de composteurs industriels, baptisés Démeterra, fabriqués en Occitanie pour la plupart. En partenariat avec Le Potager de Marianne et le réseau ANDES, UpCycle propose de traiter tous les biodéchets par déchiquetage et broyage avant l’étape ultime du compostage. Ce composteur est constitué d’un broyeur capable de traiter une large variété de produits (carcasses de viande, cagettes en bois, fruits à coque, etc) et répond aux besoins des grossistes du MIN qui génèrent quelque 330 kg de biodéchets par jour. Un test va être lancé sur plusieurs mois sur le MIN de Rungis à partir d’une machine prototype adaptée au contexte particulier du site (capacité, flux…). Outre la prestation de conseil proposée par UpCycle, le composteur est connecté pour mieux connaître le fonctionnement interne du process et l’adapter à différentes situations, à partir de données collectées en temps réel sur la température, la maturation, la durée du traitement, les proportions d’intrants, etc. Si cette expérimentation est concluante, ce type de machine sera proposé à d’autres acteurs du Marché de Rungis, favorisant la production de compost sur le MIN et une utilisation chez les maraîchers ou les collectivités à proximité.
Valorgis, un apport en énergie
Depuis le 1er mars 2022, Engie Solutions exploite, pour six ans, via sa filiale Valorgis, l’unité de valorisation énergétique du MIN de Rungis et de 10 communes environnantes de plus de 230 000 habitants, pour le compte de la RIVED (Régie personnalisée pour la Valorisation et l’Exploitation des Déchets de la région de Rungis). Cette usine traite en moyenne 113 000 tonnes de déchets chaque année et emploie une trentaine de salariés. Les déchets valorisés en énergie offrent une solution de chauffage et d’eau chaude sanitaire décarbonée qui alimente plus de 45 000 équivalents logements à travers plusieurs réseaux de chaleur : ceux de la Semmaris et du SICUCV (Syndicat Intercommunal de Chauffage Urbain de Choisy-Vitry), exploités par Enegie Solutions, celui de l’Aéroport de Paris-Orly et celui de la ville de Rungis.
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Crédits :
MIN Rungis, ANDES
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