Casser les habitudes des industriels qui préfèrent mettre leurs matériels obsolètes à la casse, c’est l’ambition de Frédéric Flechon, à la tête de REI Industry dans l’Ain. Depuis 2014, il redonne une seconde vie au matériel industriel spécifique grâce à la revente de pièces détachées. En région Auvergne Rhône-Alpes, les entreprises demeurent réticentes à cette pratique, malgré tous les bénéfices économiques, sociétaux et environnementaux qu’elle génère.
Si le marché de l’occasion B2B a toujours profité à la machine-outil et s’ouvre à l’informatique, ce n’est pas toujours le cas des équipements spéciaux. Il y a six ans lorsque REI (Réemploi d’Equipements Industriels) Industry a démarré son activité, la tâche n’était pas simple. Le réemploi paraissait plutôt exotique et perçu avec méfiance. « Il a fallu tout d’abord construire un bâtiment pour accueillir les machines, l’activité de démantèlement et stocker les composants destinés à la revente » se souvient Frédéric Flechon, dirigeant de l’entreprise. En ligne de mire : les équipements de production spécifiques (armoire de commande et / ou de puissance électrique, composants d’un ensemble de production automatisé ; machine spéciale de marquage ; lignes de production complètes). Ces matériels non réemployables tels quels, deviennent des DEEE recyclés ou enfouis. Pourtant, il s’agit de composants à forte valeur ajoutée en très bon état de fonctionnement : cartes électroniques, variateurs, moteurs, écrans. Aujourd’hui, le DEEE provenant des particuliers est traité par des filières bien définies, contrairement aux DEEE industriels intégrés à des machines ou des installations complètes.

D’où l’idée de sauver ces machines avant qu’elles ne partent à la ferraille. Dans l’Ain, à Château-Gaillard où l’entreprise REI Industry est installée, le tissu industriel est marqué par des secteurs emblématiques comme la plasturgie, l’automobile ou l’agro-alimentaire. Une mine d’or pour récupérer des outils de production en vue de leur réemploi. Frédéric Flechon se désole pourtant de la situation : « on parle souvent du réemploi, de réparation et de pièces détachées pour les appareils ménagers via la loi AGEC, mais dans l’industrie, le gâchis de matériels est insoupçonné. Les entreprises préfèrent stocker sur site et en plein air, des machines inutilisées, plutôt que de les revendre pour du réemploi ». Frilosité, méfiance, habitudes des entreprises… autant de raisons irrationnelles qui freinent l’activité de REI Industry. Heureusement, certains jouent le jeu. « Etonnamment, on les trouve surtout en Bourgogne France-Comté, en pays de Savoie ou dans le Jura, mais pas chez nous », souligne Frédéric Flechon.
Une histoire de partenariats

REI Industry travaille en partenariat avec deux sociétés de recyclage, Demain Environnement et Excoffier, qui ont choisi de promouvoir cette démarche. Lorsqu’une partie des équipements ne peut être reconditionné, ni revendu, ces entreprises interviennent pour les démanteler et les recycler. La procédure est simple : dès qu’un industriel veut se débarrasser d’une de ses lignes, REI Industry se déplace pour en faire l’inventaire. Quand cela est possible, l’équipement est ramené sur site pour le dépolluer, le caractériser, le démanteler. Tous les composants sont photographiés et intégrés à une base de données. REI Industry remet alors un certificat de déconstruction à ses clients et propose un service clé en main, de l’estimation du prix du rachat jusqu’à l’enlèvement des machines ou produits. « Non seulement, nous sensibilisons au réemploi des pièces industrielles, mais nous contribuons à relocaliser de la main-d’oeuvre et du savoir-faire. Notre activité permet de former des personnes en réinsertion sur de la maintenance spécifique en partenariat avec Demain Environnement. Nous travaillons à ce titre sur la mise en oeuvre d’un cursus de formation » souligne le dirigeant de REI Industry. En moyenne, le démontage d’une ligne de production prend entre deux et trois heures. D’où l’importance du travail manuel, créateur d’emplois. Aujourd’hui, REI emploie quatre salariés. Pour 2022, l’entreprise envisage de recruter et d’investir dans de nouveaux procédés digitaux pour mieux répondre aux besoins de ses clients.
L’entreprise accueille actuellement dans son entrepôt environ 11 000 références soit un total de 50 000 articles. 75 % des composants revendus sont exportés, via sa plateforme numérique. « D’après notre expérience, sur le gisement dont nous disposons, près de 3000 références partent rapidement. C’est le cas des gammes de fabricants comme Schneider, Siemens, ou des composants standards comme des variateurs de vitesse, des écrans HMI et des moteurs » explique Frédéric Flechon. Au bout de six ans d’activité, REI Industry peut dresser un premier bilan et s’apprête à trier les produits en surstock non vendus qui finiront recyclés.
Ecodéfis Entreprises lancée en septembre

Aujourd’hui, malgré l’expertise de REI Industry, le gain financier proposé aux entreprises – a contrario, les recycleurs se font payer pour enlèvement – et les gages de confidentialité, il est toujours difficile de convaincre. Les industriels de la région AURA ne sont pas encore prêts à basculer. Pour Frédéric Frelon, c’est incompréhensible, mais réel. D’où la création de l’association Ecodéfis Entreprises qui rassemble industriels et institutionnels (REI, Poralu, Cycl-add, PSI, WasteMarketPlace, département de l’Ain, Haut-Bugey Agglomération…) pour promouvoir le réemploi dans l’industrie et trouver des solutions pour les entreprises locales. L’idée de Frédéric Flechon d’ici à deux ans est de multiplier ce type de démarche sur d’autres territoires, proches de pôles d’activités industrielles. Une inauguration est prévue mi septembre en présentiel, si les conditions sanitaires le permettent.
REI Industry comme ses partenaires espèrent gagner d’autres voix et convaincre de nouveaux acteurs. Engagés dans l’économie circulaire, les éco-organismes de la filière DEEE restent néanmoins discrets. Contacté au printemps dernier par REI Industry, ecosystem ne s’est toujours pas manifesté. Pourtant, l’outillage professionnel a tout autant besoin d’être bien géré en fin de vie, assure Frédéric Flechon : « lorsqu’on broie un aspirateur, on peut en extraire la matière et ses différents composants. Lorsqu’on broie une armoire électrique, aucun composant n’est récupéré. Tout finit en ferraille, et on perd au final beaucoup de valeur ».
Crédit : REI Industry
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