Avec un parc de 320 entreprises en France, pour 38 000 salariés et plus de 8 milliards d’euros de chiffre d’affaires, l’industrie de l’emballage plastique rigide et souple est confrontée aujourd’hui à un double enjeu : une économie circulaire qui pousse à une meilleure recyclabilité des produits mis en marché ; une interdiction possible en France à court terme de plusieurs catégories de produits et emballages plastiques. Plus que jamais, la filière se mobilise pour répondre aux exigences environnementales, tout en craignant l’effet contre-productif du plastic-bashing.
Dix ans après la crise des matières premières, et surtout celle du prix du pétrole, l’industrie des plastiques a refait surface et dans plusieurs secteurs, enregistre un regain de dynamisme. C’est le cas du secteur français de l’emballage plastique rigide et souple qui a maintenu sa croissance en 2017, grâce en partie à des investissements dans l’innovation. Selon l’étude économique menée par Asterès pour Elipso, la production d’emballages plastiques a ainsi augmenté de 5 % l’an dernier. Cette croissance de la production devrait être encore positive en 2018, de l’ordre de 3,4 % selon Asterès, portés par des marchés phares.

C’est le cas des cosmétiques, des produits d’entretien, de la pharmacie, de la chimie, du transport ou de l’entreposage, tandis que l’industrie agro-alimentaire reste stable mais représente près de 68 % du secteur d’activité. Pour les fabricants, cette bonne tenue du marché en France ne doit pas faire oublier les efforts menés en parallèle depuis de nombreuses années dans le domaine de l’environnement. Alors que l’emballage industriel réutilisable est déjà ancré dans les habitudes, le réemploi de l’emballage ménager est encore loin du compte. En Allemagne, cette pratique atteint pourtant 43 % des bouteilles en plastiques vendues. En France, elle n’existe pas, en l’absence de consigne sur les bouteilles plastiques et d’une conception adaptée. Isabell Schmidt chez IK, homologue allemand d’Elipso, reste néanmoins prudente sur ce sujet : « la nouvelle ordonnance allemande sur les emballages en vigueur en janvier 2019, souhaite en effet parmi d’autres objectifs, porter cette réutilisation à 70 % à terme. Il faudra étudier avec précision, l’éco-bilan d’une telle démarche lié à l’emploi de la ressource, car cela implique d’intégrer plus de matière dans la bouteille pour la rendre plus résistante, et au transport avec plus de bouteilles vides cheminant sur les routes ».
Deux amendements lourds de conséquences
Si dans l’hexagone, on est encore loin de cette pratique, les industriels ont changé de mentalité vis-à-vis de l’environnement. Une évolution vers une meilleure recyclabilité des produits et l’intégration de matière recyclée dans l’industrie est perçue dans tous les secteurs. C’est ce qui ressort d’une enquête sur l’économie circulaire menée par Elipso auprès de ses adhérents en septembre dernier. Pour sa deuxième édition, l’enquête visait à quantifier l’engagement du secteur en faveur de l’économie circulaire. Plus de 60 % des adhérents ont répondu, représentant plus d’1,2 million de tonnes d’emballages plastiques produits, soit 50 % des mises en marché en France. Premier constat, 90 % des répondants enregistrent une dégradation de l’image des plastiques ces derniers mois. Les messages forts dénonçant la prolifération des plastiques dans les océans et les campagnes contre la surconsommation d’emballages néfastes pour l’environnement, expliquent sans doute cette situation. Face à ce contexte, les industriels à 80 % n’ont pas jusqu’à présent, enregistré de réduction de leur chiffre d’affaires. Les résultats sur la croissance de leur production en témoigne. Néanmoins, 65 % craignent une baisse dans les mois à venir.
Perte potentielle de 800 millions d’euros

Le contexte législatif actuel ne semble pas non plus les rassurer. Deux amendements récents adoptés dans le cadre de la loi Egalim devraient interdire d’ici à 2025 l’usage de certains ustensiles composés de plastique à usage unique (couverts, plateaux repas, boites, pots à glace, saladiers, piques à steak, couvercles à verre jetable) d’une part, et l’emploi de contenants alimentaires de cuisson et réchauffe en plastique dans les cantines scolaires et universitaires d’autre part . « C’est un coup de massue pour notre profession qui n’a pas été consultée au préalable, explique François Guillin, du groupe Guillin et vice-président d’Elipso. Les contours flous du périmètre concerné nous font craindre des répercussions économiques lourdes dans nos industries ». Une perte de 800 millions d’euros a été évaluée par la filière. Parmi les raisons invoquées par les deux députés, auteurs de ces amendements : la présence de perturbateurs endocriniens et l’absence de dispositif de collecte pour ces produits. S’agissant des contenants destinés à la restauration scolaire, plusieurs industriels avaient proposé il y a quelques années, la possibilité de mettre en place une collecte massifiée des plastiques, en vue de leur recyclage. En vain. Saisi par un recours du Sénat, le Conseil Constitutionnel rendra sa décision le 5 novembre prochain.
Le critère de prix reste encore prioritaire
En attendant, les fabricants et leurs clients se mobilisent un peu plus pour répondre aux attentes environnementales des politiques et des citoyens. Toujours selon l’enquête, parmi les critères d’achats de leurs clients, les adhérents constatent que le prix reste prioritaire. La sécurité sanitaire et l’environnement arrivent derrière. « Pourtant, les choses évoluent très vite, se réjouit Serge Vassal président du groupe Barbier, et vice-président d’Elipso pour l’activité du film. Sur la thématique environnementale, 97 % des clients exigent une recyclabilité de leurs produits, contre seulement 57 % en 2017. Par ailleurs, 87 % des clients demandent de la matière recyclée contre 31 % l’an dernier ». Depuis cette année, d’autres paramètres viennent enrichir les cahiers des charges des industriels, comme du contenu biosourcé, de la réutilisation, de la consigne de tri, de la compostabilité. Autre enseignement de l’enquête Elipso, les besoins d’informations des grandes marques de l’alimentaire ou de la cosmétique sur l’environnement.
188 000 tonnes de plastiques recyclés incorporées en plus d’ici à 2025
« En se plongeant dans l’économie circulaire et la préparation de la feuille de route notamment, nous nous sommes rendus compte qu’il y avait un potentiel énorme d’innovation possible en travaillant tous ensemble » ajoute Serge Vassal. Face à ces demandes, les entreprises adhérentes d’Elipso s’engagent à renforcer leur investissement en R&D à 77 %, à mettre en place une politique RSE et à développer des partenariats en amont et en aval de la production à plus de 50 % des répondants. Concrètement, cela se traduit déjà sur le terrain par l’incorporation de plus de 100 000 tonnes de plastiques recyclés supplémentaires d’ici à 2019, par rapport à 2017. Ce qui pourrait représenter un taux moyen de matière recyclée intégrée de 16 % contre 12 % en 2017. Ceci n’est qu’un début, car l’ambition porte sur 188 000 tonnes incorporées en plus d’ici à 2025.
Des freins à lever
La filière ne nie pas pour autant l’existence de certains freins, qu’elle souhaite rapidement lever. L’emploi de matière recyclée se trouve encore confrontée à certaines normes et à des restrictions sur la qualité alimentaire pour le film souple par exemple. Autre obstacle, l’approvisionnement en matières à recycler. Pour ce faire, les dispositifs de collecte doivent être renforcés sur le PET mais aussi les autres résines. La généralisation de la consigne de tri en 2022 est donc attendue avec impatience. Tout comme la garantie d’une compétitivité de la matière recyclée face à la matière vierge. Les mesures formulées sur l’éco-modulation pourraient aider dans ce sens.
Selon Citeo, un bonus de 20 % sur son éco-contribution serait ainsi accordée pour des produits intégrant plus de 50 % de plastique recyclé. Ces évolutions prennent du temps à la fois sur le plan psychologique et technique. Il y a cinq ans, peu d’industriels considéraient l’emploi de plastique recyclé comme pertinent. Aujourd’hui, c’est le contraire. « Une grande partie des adhérents d’Elipso ont déjà une activité de régénération et recyclage des déchets post-consommation. Peut-être étions-nous trop en avance sur notre époque, explique le président du groupe Barbier, fabricant et recycleur de films plastiques, mais aujourd’hui, plus question de faire marche arrière, au risque de subir l’économie circulaire à coup de mesures coercitives ». Pour autant, il ne faut pas aller trop vite sous prétexte de vouloir changer l’ordre des choses : « l’industrie peut répondre à ces attentes à condition de lui laisser un peu de temps pour éviter les écueils et les solutions toutes tracées, souvent contre-productives » conclut Françoise Andres, la présidente d’Elipso.
En plus :
Elipso est l’organisation professionnelle des entreprises de l’emballage plastique (rigide) et souple.
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