La Vie est Belt remet en piste le pneu de vélo usagé

La start-up française roule pour le recyclage et l'insertion professionnelle

Vertueuse pour l’environnement et la santé, la pratique du vélo fait des émules. Chaque année, la principale enseigne d’équipements sportifs Decathlon en vendrait plus de six millions. Ecologique pour son usage mais pas forcément pour sa fin de vie. En France, les pneus usagés finissent en enfouissement. Aucun recyclage n’est prévu pour ce pneu, hors périmètre de la filière pneumatiques Aliapur. A Tourcoing, l’entreprise La Vie est Belt y remédie en combinant Up-cycling et insertion sociale. Aujourd’hui, l’objectif de son créateur est de capter plus de pneus et de structurer son réseau de collecte.

Il était une fois, un étudiant français nommé Hubert Motte qui décide de partir finir ses études en Amérique du Sud et atterrit à Bogota. Témoin de la pauvreté et de la pollution générée par les déchets, il se dit que de ces deux situations, on peut mener un même combat. Rentré en France, il décide de créer une structure qui permet de recycler des pneus de vélos en objets de maroquinerie (ceintures, porte-clés, nœuds papillons …) en donnant du travail à des personnes éloignées de l’emploi. Ce conte de fée des temps modernes se prénomme La Vie est Belt (jeu de mot avec le mot anglais « belt » signifiant ceinture) et remonte à un an.

Hubert Motte, fondateur de La Vie est Belt

Originaire de Lille, Hubert Motte, crée alors sa micro-entreprise et noue un partenariat avec Altereos, entreprise adaptée, pour favoriser l’emploi de quatre personnes en réinsertion. De cette façon, il peut se consacrer entièrement au développement commercial et à la communication. Un an après, cette alchimie prend forme. Lauréat de plusieurs récompenses régionales et nationales liées à l’entrepreneuriat et à l’économie circulaire, le créateur de La Vie est Belt a empoché au total près de 20 000 euros pour lancer son activité. « Cela m’a permis dans un premier temps d’acheter de l’outillage d’occasion utilisé en cordonnerie et dans l’artisanat du cuir, que j’ai adapté à mes produits. Ensuite, le lancement d’une boutique en ligne, relayé par les réseaux sociaux a été un tremplin pour l’entreprise ». Le principe : réaliser des pièces uniques et numérotées sur commande à partir de pneus usagés pré-triés. Pour répondre à une demande croissante, Hubert Motte vient de passer en statut de Sarl car il souhaite embaucher une personne pour renforcer le marketing. Mais tout l’enjeu de ces prochains mois portera sur la matière première. « Au début, je glanais ici et là quelques pneus dans les magasins de vente et ateliers de réparation. Aujourd’hui, la collecte est devenue stratégique pour la pérennité de l’entreprise » affirme Hubert Motte. Un comble pour La Vie est Belt qui risque de manquer de matière première alors que les pneus de vélos partent en enfouissement.

Créer un réseau de collecte locale

 

Paradoxe de la situation, de nombreuses collectivités se retrouvent à gérer des flux de pneus de vélos dans leurs déchèteries, obligées de les mettre dans les bennes tout venant. Une charte avait été signée en 2008 par les associations de collectivités Amorce, le CNR, l’association des maires de France et la filière Aliapur pour reprendre les pneumatiques déposés en déchèterie par les particuliers, excepté les pneus de vélos. Le gisement n’est certes pas représentatif, mais l’image du vélo, utilisé comme moyen de locomotion et objet de loisirs écologique pourrait être ternie par l’absence de traitement vertueux.

L’atelier de fabrication emploie quatre personnes

Pour Huvert Motte, toutes les offres et les partenariats sont désormais les bienvenus pour enrichir son stock de matières premières. Aujourd’hui, La Vie est Belt s’approvisionne grâce à deux types de flux : les pneus récupérés par l’opérateur local Ramery Environnement en charge de reprendre les pneumatiques dans une quinzaine de déchèteries et les pneus usagés provenant des ateliers de réparation de B’twin Village, le magasin de cycles Decathlon à Lille. « Dans le premier cas, nous nous rendons dans le centre de traitement de Ramery à Harnes pour trier les pneus de vélos mis de côté ; dans le second, nous allons chercher les pneus déposés par les réparateurs, ce qui fait un total de 2500 pneus récupérés actuellement. Par ailleurs, nous avons impulsé une nouvelle action dans certains magasins Décathlon qui consiste pour les clients à venir déposer leurs pneus usagés dans une borne totem identifiée » se réjouit Hubert Motte. La collecte s’organise localement et pourrait selon le fondateur de la start-up, s’étendre géographiquement. Un projet de collecte de pneus issus de magasins Decathlon en région parisienne serait dans les tuyaux. « Dès lors que les pneus sont regroupés en grandes quantités sur un site, nous ne rechignerons pas à les récupérer, quitte à traverser la France », explique Hubert Motte. L’initiative séduit également les professionnels de la petite reine. Dès la rentrée, La Vie est Belt proposera en effet des ceintures conçues avec des boyaux de pneus, utilisés sur le parcours du Tour de France.

La ceinture, pièce phare de la collection

En attendant, La Vie est Belt se concentre sur la fabrication et la vente de ses produits, tout en travaillant sur la diversification. Après sa pièce phare, la ceinture, Hubert Motte lance à l’automne le nœud papillon conçu à partir de chambre à air et de chutes de tissus. Il est financé par une opération de crowdfunding et par la MEL (Métropole Européenne Lille) dans le cadre d’un programme de soutien de dix projets sur l’économie circulaire. Autres produits, autres opportunités, cette fois, du côté des lances d’incendie. Constituées de nylon enduit de caoutchouc, ces pièces récupérées par Ramery pourraient enrichir la palette de La Vie est Belt avec une nouvelle gamme de pièces uniques garanties 100 % recyclées. Affichant un chiffre d’affaires de 80 000 euros pour sa première année d’exercice, l’entreprise nordiste compte bien grâce à son approvisionnement et ses nouveaux produits, passer la barre des 200 000 euros l’an prochain.

Crédit : La Vie est Belt

« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

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