Dernière région de France à instaurer la collecte sélective en 2000, l’Ile-de-France reste toujours en deçà de la moyenne nationale sur le tri et le recyclage de ses déchets ménagers et assimilés. Malgré les efforts des collectivités, sur la prévention et la collecte, le geste de tri n’est toujours pas ancré dans les habitudes des Franciliens. Plusieurs raisons structurelles et historiques peuvent expliquer ce retard. Mais pas seulement. La région et l’éco-organisme Citeo en charge des emballages ménagers et des papiers, poursuivent leurs actions pour enrayer ces mauvaises performances.
Les derniers chiffres 2016 sur la collecte et le traitement des déchets ménagers et assimilés (DMA) en Ile-de-France viennent d’être publiés. Principaux constats : la région est à la traîne, mais des moyens conséquents sont mis en œuvre pour rattraper le retard et être conforme aux objectifs réglementaires (LTECV et paquet européen sur l’économie circulaire). L’Ordif (Observatoire régional des déchets d’Ile-de-France), rattaché à l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme depuis 2017, réactualise ces données depuis plus de quinze ans, ce qui permet de renseigner l’évolution du secteur sur le plan régional. Pour rappel, les DMA recouvrent à la fois les ordures ménagères et assimilées (OMA) et les déchets occasionnels (déchets verts, déchets dangereux des ménages, encombrants, DEEE, déchets de construction).

Dans le gisement des OMA, figurent les OMR (ordures ménagères résiduelles) et les collectes séparées (emballages, verre et papiers). Les spécificités démographiques et les changements organisationnels des collectivités territoriales sont à prendre en compte pour expliquer la situation actuelle. Ainsi entre 2005 et 2018, le nombre de collectivités compétentes sur la collecte des déchets est passé de 300 à 57 au 1er janvier 2018. Au coeur de ce bouleversement, les lois NOTRe et MAPTAM (modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles) ont donné lieu à la création de la Métropole du Grand Paris et à la généralisation de l’intercommunalité. Pour la présidente de l’Ordif, Véronique Coté-Millard, ce regroupement en intercommunalités, visant à simplifier et à mutualiser les dispositifs, rend sur le terrain les opérations plus compliquées, inefficaces et plus chères. Les prestataires doivent en effet investir dans des équipements, entraînant une augmentation du prix de leurs services. Par ailleurs, 28 collectivités sont en charge actuellement du traitement. Le Syctom pèse pour 57 % de ce traitement.

En 2016, 4,15 millions de tonnes d’OMA ont été collectées en Île-de-France. Ce tonnage est stable par rapport à 2015 à 342 kg/hab. Depuis plus de quinze ans, le ratio d’OMA (ordures ménagères et assimilées) enregistre une baisse de 90 kg/hab. Pour Alex Thibaud, chargé d’études DMA à l’Ordif, plusieurs raisons possibles : la mise en œuvre d’une politique de prévention, la crise économique et le détournement de déchets, finissant en dépôts sauvages. En ce qui concerne le traitement des OMA, 81 % des flux collectés ont été valorisés en unité d’incinération (UIDND), tandis que 3,9 % ont été enfouis et près de 14 % ont été recyclés ou compostés. Ces performances faibles se confirment en analysant la fraction des OMR.
60 % de recyclables dans les déchets résiduels
Les déchets résiduels s’élèvent à 3,48 millions de tonnes collectées en Île-de-France en 2016. Le plus frappant dans ces données, c’est la présence récurrente des recyclables en très grandes quantités. L’étude Ordif estime en 2016, cette part à deux millions de tonnes, soit 60 % du flux résiduel. Le reste constitue de la matière compostable à hauteur de 900 000 tonnes. En caractérisant les recyclables, on trouve en moyenne 156 000 tonnes de verre, 280 000 tonnes de cartons, 384 000 tonnes de papiers, et 95 000 tonnes de plastiques. Selon l’Ordif, la poubelle grise dispose d’une forte marge de manoeuvre à multiplier par trois la valorisation matière. Pourtant à ce jour, 95 % des OMR sont incinérés et 4,2 % enfouis.

Comment expliquer que le tri ne soit toujours pas ancré dans le geste quotidien des Franciliens ? Le taux de captage des recyclables reste faible à seulement 28 %. En 2017, la collecte tourne à 20 kg/hab pour le verre et à 24 kg pour les emballages légers et papiers, alors qu’elle s’élève au niveau national à 30 kg pour le verre et plus de 37 kg pour les emballages et les papiers. La densité démographique très contrastée allant de 21 000 habitants au km² à 465 en grande couronne, le brassage important de populations qui ne sont pas systématiquement touchées par les campagnes de communication, un habitat vertical dense qui freine la mise en place de dispositifs de tri adaptés : autant de paramètres qui caractérisent la région et ralentissent une gestion performante. Cette hétérogénéité structurelle explique les résultats médiocres de la région mais ce n’est la seule raison. « L’Île de France doit rattraper son retard, alors qu’elle figurait parmi les dernières régions à généraliser la collecte sélective en 2000. Les prémices d’une évolution se profilent » explique Olivier Le Clech, directeur régional de Citeo. Le plan de relance du tri et du recyclage, lancé en 2015 par l’éco-organisme Citeo commence à porter ses fruits. Moyennant une enveloppe de 85 millions d’euros, 46 collectivités couvrant 8,5 millions d’habitants ont répondu à l’appel avec 114 projets déployés. L’objectif initial était d’augmenter la collecte des déchets de 66 000 tonnes à fin 2018.
L’Ile-de-France pourrait devenir la première région française en extension des consignes de tri en 2022
« A ce jour, les résultats n’ont pas encore été atteints mais vont dans le bon sens. Les moyens mis en œuvre ont permis d’installer 1700 colonnes d’apport volontaire supplémentaires, 550 colonnes enterrées, et 25 000 bacs de pré-collecte en pied d’immeuble. Reste deux freins à lever : l’harmonisation des couleurs de bacs et la généralisation de l’extension des consignes de tri ». A la fin de l’année, Citeo table sur une collecte sélective en région de 46 000 tonnes complémentaires dont 14 000 tonnes pour le verre et 32 000 tonnes pour les emballages et papiers. L’extension de la consigne de tri pourrait en outre changer la donne. Au 1er janvier 2019, la démarche sera généralisée à 100 % sur Paris, en Seine-Saint-Denis et dans l’Essonne et à 80 % en Val d’Oise. Cela pourrait faire de l’Ile-de-France, la première région en extension d’ici 2022, se réjouit Olivier Le Clech. A condition de réorganiser la fréquence de la collecte. A ce jour, les collectes bi-hebdomadaire pour les consignes de tri, et quotidienne des OMR ne sont pas adaptées, selon Citeo.
Plus de 24 % de refus de tri
En 2016, 425 500 tonnes d’emballages (hors verre) et de papiers graphiques ont été collectées en Île-de-France ; soit une hausse de près de 4 000 tonnes par rapport à 2015. Le porte-à-porte reste le mode de collecte dominant pour 96 % du gisement. Le recyclage atteint 75 % de la collecte à 321 000 tonnes. Le reste finit en valorisation énergétique (88 000 tonnes environ), en enfouissement pour plus de 14 200 tonnes et une petite partie (842 tonnes) en compostage. De son côté, le verre d’emballage bénéficie du meilleur taux de captage à 59 %. Le flux collecté en 2016 de 244 400 tonnes a été recyclé dans sa totalité. L’impact de la restauration sur la collecte du verre est particulièrement significatif à Paris intra muros. N’en demeure pas moins que le verre d’emballage se retrouve encore jeté en mélange et non recyclé à hauteur de 14 kg/an/hab. Autre ombre au tableau, les refus de tri observés en sortie de centres de tri en 2016 atteignent 24,4 % (contre 18 % au niveau national selon l’Ademe).

Depuis 2004, ce taux oscille entre 24 % et 27 % en Ile-de-France. Les refus sont en majeure partie incinérés, selon l’Ordif. Avec le déploiement de l’extension des consignes de tri, on peut espérer une diminution progressive de ces refus. Les déchets occasionnels, à raison de 1,40 million de tonnes collectées, ont enregistré une hausse de 74 000 tonnes par rapport à 2015. Ils proviennent notamment des déchets verts collectés à hauteur de 238 000 tonnes (+25 000 tonnes) et des 317 000 tonnes d’encombrants en mélange et tout-venant collectés hors déchèterie (+ 49 000 tonnes). L’offre de collecte s’avère plus importante en Ile-de-France pour les encombrants mais pas forcément tournée vers la déchèterie. Les encombrants sont enfouis à 37 %, valorisés en énergie à 15,3 % et recyclés à 30 %.
Cohabitation des déchèteries fixes et mobiles
En Ile-de-France, le parc de déchèteries s’agrandit peu à peu avec 175 déchèteries fixes en 2016, contre 150 en 2005. Le maillage de déchèteries reste moins élevé en Île-de-France avec une déchèterie pour 69 000 habitants contre une déchèterie pour 14 000 habitants en France et seulement une déchèterie à Paris pour 146 000 habitants. Pour compenser cet écart, des déchèteries mobiles se développent. En 2016, 14 collectivités franciliennes proposaient 19 services de déchèterie mobile. Soit au total, 111 points de collecte. Le parc des déchèteries a beaucoup évolué ces dernières années avec la mise en place des nouvelles filières REP et une tendance au réemploi. En 2016, l’enquête a permis de recenser 41 déchèteries fixes et 3 déchèteries mobiles disposant d’un caisson dédié au réemploi. En 2011, seulement 11 déchèteries fixes avaient mis en place ce dispositif.
Crédit : Ordif, CM
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