Quand l’Allemagne réapprend à trier ses emballages

On les croyait champions du monde. Depuis plus de trente ans, les Allemands se démarquent des autres européens par leur dispositif de gestion des déchets. Les quatre ou cinq poubelles dans les foyers pour trier les différents emballages font partie du quotidien. Pourtant avec la nouvelle loi sur les emballages, la poubelle jaune (gelbe Tonne) en voit de toutes les couleurs. Face aux erreurs de tri en forte croissance, les grandes marques de la distribution veulent réapprendre à l’Allemagne à mieux trier.

Le commerce allemand vient à la rescousse pour limiter les dégâts. C’est dans cet esprit que certaines grandes marques du commerce et de la distribution outre-Rhin comme Edeka et Aldi souhaitent contribuer au bon geste de tri des consommateurs. Une situation plutôt étrange pour un pays champion du monde et reconnu comme tel dans la gestion de ses déchets et pour la discipline culturelle attribuée aux ménages allemands depuis des décennies. Pourtant la réalité est devenue tout autre. Les erreurs de tri sont légions et le recyclage des plastiques, en particulier, en pâtit.

Cette situation représente aujourd’hui en Allemagne un véritable problème pour la collecte et l’industrie du recyclage. En cause ? La nouvelle loi sur les emballages entrée en vigueur depuis le 1er janvier 2019, prévoit une augmentation significative des taux de recyclage des emballages, notamment en plastique, qui devront passer de 36 à 63 % d’ici à 2022. Mais entre la théorie et la réalité, il y a un gouffre. Si la qualité de la collecte du Dual System allemand se détériore, il ne sera alors pas possible d’atteindre cet objectif législatif. Depuis le début de l’année, la réglementation montre déjà ses effets. Selon les dernières statistiques du BVSE (Bundesverband Sekundärrohstoffe und Entsorgung)*, dans les sacs jaunes (gelbe Tonne) destinés à recevoir les emballages recyclables, on trouve entre 40 et 60 % de déchets indésirables. D’après l’institut allemand des emballages, plus de 30 % des Allemands ne suivraient pas la bonne consigne de tri. Principale raison : le manque de clarté sur les dispositifs de collecte et de tri existants pour les composants d’emballages. Aujourd’hui ces mauvaises pratiques peuvent engendrer des coûts supplémentaires et une baisse de rendement des centres de tri.

Des instructions sur le tri

 

Le commerce a choisi de mettre la main à la pâte en contribuant à l’amélioration du geste de tri des consommateurs. Parmi les acteurs engagés dans cette démarche, le groupe Edeka et le discounter Aldi. « La construction de l’économie circulaire ne peut réussir que si les taux de recyclage sont atteints. Grâce à nos consignes de tri, nous tentons d’y parvenir, car ce qui est bien trié, sera mieux recyclé » explique Kristina Bell, directrice des achats chez Aldi. Les instructions seront successivement intégrées aux emballages des marques propres au groupe à partir du printemps prochain.

Verre, papier ou sac jaune ? Le groupe Aldi veut rendre plus simple la gestion des déchets à ses clients. Le discounter a instauré ses propres instructions sur le tri des emballages de tous ses produits. Pour ce faire, il a développé le concept « Tipps für die Tonne » (conseils pour le tri) qui explique comment les différents composants d’un emballage doivent être correctement triés, en vue de leur recyclage ou valorisation. Dois-je ôter le couvercle de mon pot en verre de confiture ? Dans quel conteneur doivent être placés les briques de lait ? Que fait-on des composants en plastique sur les cartons de nouilles ? Autant de questions qui peuvent parfois se transformer en vrai casse-tête. Les instructions de tri seront surtout valables pour les emballages multi-matériaux. Elles apparaîtront progressivement sous forme de dessins et de pictogrammes. Cela vaut par exemple pour un pot de yoghourt, composé d’un contenant en plastique, d’un couvercle en aluminium et d’une étiquette en papier. Si ces trois composants ne sont pas physiquement séparés après usage, ils ne seront pas recyclés. Pour être dans les clous, le consommateur averti devra donc séparer le couvercle du pot, avant de les placer tous les deux dans la poubelle jaune, tandis que l’étiquette sera jetée dans le conteneur à papier.

Même démarche pour l’entreprise Edeka. « Grâce aux instructions sur le recyclage sous forme de pictogrammes colorés, nous proposons une aide pratique au geste de tri pour nos clients », affirme Rolf Lange, directeur de communication de la centrale Edeka. L’entreprise devrait généraliser ces instructions à plus de produits issus de ses propres marques dès la fin du mois de mars. Elles seront associées aux codes de recyclage du ministère fédéral de l’environnement, déjà en place. Edeka s’engage depuis plusieurs années sur la thématique des emballages.

Depuis 2015, ce sujet est au coeur d’un partenariat sur le développement durable avec l’association WWF. En parallèle, Edeka travaille à la réduction des emballages, en incitant au multi-usage et à l’incorporation de matières issues du recyclage. C’est ainsi que 95 % des emballages en papier-carton de ses marques sont fabriqués à partir de matières recyclées ou certifiées FSC. Soit quelque 2,3 milliards de briques pour boissons. Dans le cadre d’une amélioration de la recyclabilité de ses emballages, le groupe envisage également de réduire fortement le poids de ses bouteilles d’eau en PET, ce qui entraînerait une économie de 80 000 tonnes de matière première.

Si les citoyens allemands sont invités à fournir plus d’efforts dans le tri de leurs emballages, les fabricants ne sont pas oubliés pour autant. La nouvelle loi rappelle que l’éco-conception fait partie des priorités. Dans ce contexte, l’emploi d’emballages complexes pourrait aussi être visé. Les consignes de tri plus strictes ne pourraient ôter la responsabilité de l’industrie vis-à-vis des produits qu’elle met sur le marché. En attendant, les consommateurs allemands doivent redorer leur image de premiers de la classe.

* Fédération allemande de la valorisation des matières premières secondaires

A savoir :

Fondé en 1989, le groupe Edeka consiste aujourd’hui en plusieurs coopératives de magasins indépendants qui travaillent sous l’organisation Edeka Zentrale AG & Co KG, le siège social à Hambourg. Il emploie environ 250 000 collaborateurs et forme plus de 10 000 apprentis. Edeka-Gruppe est depuis 2005 à la suite de la reprise de SPAR, le plus grand groupe allemand de commerce de détail. En 2009, le groupe a réalisé 42 milliards d’euros de chiffre d’affaires au travers de 12 000 points de vente. Edeka opère sous une dizaine d’enseignes dont : Edeka Center (Centre commercial avec hypermarché) Edeka Frischemarkt (Enseigne de Proximité) ou Netto Marken-Discount (Supérette discount).

Aldi (abréviation d’ALbrecht-DIskont) est une chaîne de supemarchés hard-discount. L’entreprise Aldi dirige dans le monde environ 8 078 magasins. Le groupe Aldi est divisé en deux sociétés, Aldi-Nord et Aldi-Süd, les frères s’étant réparti le territoire allemand (puis les différentes filiales étrangères) entre eux à cause d’un désaccord sur la vente ou non de cigarettes aux caisses. Chaque société a sa propre identité, mais les deux frères prennent toujours les décisions en commun.

A lire aussi :

Economie circulaire et opportunités en Allemagne

« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

Partagez cet article