Comment recycler les métaux critiques ?

En France, on n'a pas de cobalt mais on a des idées

Point commun entre l’industrie mécanique, aéronautique, automobile, les fabricants d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques ? Leurs besoins en métaux critiques. Difficiles et onéreux de se les procurer, souvent produits à l’autre bout du monde, ces métaux sont pourtant le nerf de la guerre de l’industrie occidentale. En France, le recyclage de déchets métalliques pourrait fournir une partie de ces matières, mais plusieurs freins restent à lever.

Depuis plusieurs années, la Commission européenne liste une série de matières premières critiques, dont une majorité de métaux stratégiques pour l’industrie (27 depuis la révision de la liste l’été dernier, contre 14 auparavant). De toute évidence, la France n’a pas d’autre moyen aujourd’hui que de recourir à ces métaux mais elle a les moyens à l’instar d’autres pays européens de réduire sa dépendance à l’importation. Parmi les pistes possibles : le développement de la R&D sur le recyclage des métaux critiques. L’Ademe et le cabinet Deloitte développement durable, ont pu dresser l’inventaire et l’analyse des procédés existants et des besoins. Les études et les publications de R&D ne manquent pas dans ce domaine. Elles sont désormais réunies dans un rapport publié en juin 2017.

Pour être le plus exhaustif possible, l’Ademe a recueilli les témoignages d’une vingtaine d’experts de tous horizons (fabricants, recycleurs, scientifiques, universitaires). L’idée est non seulement de disposer d’un large éventail de ce qui se pratique en France dans le recyclage des métaux mais également d’analyser les forces et les faiblesses de la R&D française.

182 projets identifiés

 

La France se situe parmi les Etats européens les plus actifs dans leur recyclage avec comme métaux phares, les terres rares, le tungstène, les platinoïdes et le cobalt. A ce jour, sur le territoire, 182 projets de R&D ont été identifiés. Les recherches portent principalement sur les gisements de déchets électriques et électroniques (DEEE) et de batteries. Autre enseignement de cette enquête, l’extraction des métaux reste l’étape la plus étudiée, loin devant la purification et la séparation des matériaux. Toutefois, on observe dans certaines catégories de déchets des spécificités. La séparation des matériaux est plus fréquente dans les DEEE et les batteries alors que la purification est présente dans les effluents.

Parmi les procédés les plus en vogue, se trouve l’hydrométallurgie, bien avant la pyrométallurgie et la séparation physique. En termes de répartition privé-public, l’Ademe souligne une préférence des acteurs privés pour les VHU (Véhicules Hors d’Usage), DEEE, déchets industriels et batteries ; ce qui semble assez logique compte tenu des activités de recyclage industrielles pour ces gisements et des retombées économiques possibles. Tandis que le secteur public se penche surtout sur les déchets miniers et les effluents. Moins de répercussions économiques qu’environnementales seraient à la clef.

Les partenaires de la France les plus fréquents sont l’Espagne, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la Belgique, souvent des pays voisins. Avec au programme, un trentaine de projets en commun avec la France. Le secteur privé dans ces partenariats dominerait légèrement. Dans le trio de tête public, on retrouve le CEA, le BRGM et l’institut de chimie séparative de Marcoule. Dans le peloton de tête du secteur privé, figurent Terra Nova Développement, Récupyl et la Snam. L’Ademe relève par ailleurs, malgré le nombre important de projets, que seule la moitié d’entre eux fait l’objet d’un TRL (Technology Readiness Level) faible, signifiant une industrialisation insuffisante. Il y a en réalité plus de projets qui n’aboutissent à aucune publication ou aucun brevet que l’inverse.

La France au 8e rang mondial

 

La recherche française dans le recyclage des métaux critiques se porte bien (8e rang mondial) avec en têtes de pont, le CEA, l’école de Mines d’Alès, l’IFP, et le CNRS en termes de publications d’articles et de brevets. Mais plusieurs freins pourraient être levés dans le cadre d’une politique de coopération plus forte entre public et privé. Le rapport déplore en effet plusieurs faiblesses dans le paysage français de la R&D qui délaisse par exemple des matières méritant plus d’attention (arsenic ou antimoine). Faute de vrais partenariats public-privé, la recherche se trouve ainsi en décalage avec les besoins du marché.

L’absence de débouchés constatés en France pour les métaux recyclés s’explique en partie par une restriction réglementaire. Enfin, la chaîne de valeur et les gisements sont encore mal connus et les structures de financement souvent inadaptées. Au regard de toutes ces données, l’Ademe et le cabinet d’études Deloitte Développement Durable proposent une feuille de route d’actions concrètes à mener rapidement comme : cartographier et mettre en relation tous les acteurs du recyclage, développer les formations dans le recyclage, définir une stratégie nationale, promouvoir l’éco-conception, créer un fonds d’investissement pour des projets matures dans dix ans, financer les étapes amont du recyclage, augmenter la TGAP à 100 euros.

Les moyens sont simples à mettre en œuvre. Le nouveau gouvernement dans sa feuille de route sur l’économie circulaire prendra-t-il acte de ces pistes pour réindustrialiser la France ?

Crédit : CM

« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

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