Frivep recommande plus d’éco-conception pour les vêtements professionnels

Le projet Firex prendra le relais en 2021

Cela fait quatre ans que le projet Frivep a vu le jour. L’un des premiers engagements pour la croissance verte (Green Deal à la française), porté l’association Orée et 18 partenaires, livre ses recommandations pour favoriser une meilleure gestion des vêtements professionnels usagés. Dans ce guide, le projet cible principalement l’éco-conception comme élément incontournable et préalable au déploiement d’une nouvelle filière de traitement.

Sous la tutelle de deux ministères, l’Ecologie et les Finances, le projet Frivep a été lancé en 2016, rassemblant donneurs d’ordre (SNCF, La Poste, la Ville de Paris, GRDF, ESF, l’ONF, les ministères de l’Intérieur et des Armées), industriels (Synergies TLC, Texeco-Moncorgé, Sympatex, bilum, TDV Industries) et partenaires techniques et financiers : la FEP/FARE, SNCF Logistics, le CETI, l’Ademe. Son ambition est d’étudier l’opportunité et la faisabilité technico-financière de la mise en oeuvre d’une filière nationale de réemploi et de recyclage de vêtements professionnels. Aujourd’hui, hormis les flux ménagers usagés de textiles-linges-chaussures (TLC), aucune filière de valorisation n’existe pour les tenues professionnelles, sauf initiatives isolées. Malgré l’expertise de la filière REP EcoTLC, tout reste à faire dans le secteur du vêtement de travail. Leur usage, technicité et composition font de ces produits, un gisement spécifique qui mérite un traitement à part entière et une démarche poussée d’éco-conception avant de travailler sur le recyclage. Piloté et animé par l’association Orée et son coordinateur Michel Lopez (référent économie circulaire à la SNCF), le projet a donné lieu à une expérimentation de 18 mois, sur plus de 25 tonnes de vêtements professionnels, collectés, caractérisés, triés, démantelés et recyclés en partie. L’objectif de cette première étape était de vérifier la faisabilité technique d’une démarche d’économie circulaire sur ce marché.

Eco-conception, une évidence

 

La collecte, la logistique, le tri sur ces petits gisements ont démontré rapidement la nécessité de mettre en place une politique d’éco-conception à la fois chez les donneurs d’ordre et les fabricants industriels. « Pour envisager une filière de traitement à l’échelle nationale, ces actions en amont sont indispensables. Une fois ancrées dans les pratiques, elles faciliteront les opérations de traitement en toute fin de vie du vêtement » souligne Michel Lopez. Pour promouvoir cette démarche, un livret d’éco-conception vient d’être publié par l’association Orée en vue d’améliorer la marque employeur et de répondre aux attentes des salariés ; d’anticiper les réglementations (loi anti-gaspillage pour une économie circulaire par exemple) ; d’assumer la responsabilité sociétale des entreprises et d’être reconnu par les parties prenantes externes pour la qualité de ses engagements ; d’intégrer des matières premières secondaires dans des articles (vêtements, textiles, isolants, etc.) et de faciliter la fin de vie des vêtements professionnels. Frivep s’est appuyé sur la matrice MIME (multi-impacts, multi-étapes), pour identifier les impacts les plus significatifs d’un vêtement professionnel sur l’ensemble de son cycle de vie. Ainsi la consommation d’énergie, la présence de substances toxiques et la production de déchets arrivent en tête. Pour réduire ces impacts, plusieurs actions sont possibles depuis la conception du vêtement jusqu’à la fin de vie en passant par le choix des fibres.

Le livret fait état d’une vingtaine de pistes d’éco-conception à intégrer dans le cahier des charges et à adapter au fonctionnement de chaque donneur d’ordre. Par exemple, dès la conception du produit, il est proposé de choisir le juste nécessaire sur les fonctionnalités en vue de réduire la production de vêtements complexes difficiles à recycler. Cela implique de diminuer le nombre de points durs (boutons, zips, bandes réfléchissantes, cordons etc) tout en repensant leur localisation sur le vêtement et leurs alternatives pour faciliter la séparation, la réparation, le démantèlement et le recyclage. Le choix des matières conduit à privilégier plus de matières recyclées existantes (polyester, coton etc.) qui privilégient la coloration par mélanges de fibres, plutôt que l’ajout de teintures chimiques. Certaines matières comme l’élasthanne s’avère perturbantes pour l’effilochage en particulier. Le guide conseille aux donneurs d’ordre et aux fabricants de ne pas introduire plus de 3 % de cette matière. La densité et la fabrication des textiles sont aussi à prendre en compte pour garantir un recyclage de qualité. L’expérimentation Frivep a permis d’identifier les cinq matières les plus demandées par les marchés, dont le coton et le polyester, pour assurer des débouchés durables dans les filières de filature, de production de non-tissé et de polyester recyclé. Enfin, parmi les différentes pistes énoncées, celles de prolonger la durée de vie des produits implique de nouvelles pratiques comme la réparation, la réduction des températures de lavage, et le réemploi de vêtements sous certaines conditions (suppression des logos entre autres) en privilégiant des partenariats avec des structures locales de l’ESS. « Cette option peut être envisagée sur des vêtements neutres, comme des pantalons sans logo ou des T-shirt basiques, souligne Michel Lopez. Il serait judicieux de rendre cette démarche plus systématique dans les entreprises sous forme de dons notamment, sans compromettre leur image ».

Changement de statut

 

Le projet Frivep a d’ores et déjà entraîné quelques évolutions vertueuses. Ainsi, l’Office national des forêts (ONF) a choisi au cours de l’expérimentation, de modifier la politique d’habillement du personnel en 2020. En effet, les vêtements fournis sont désormais propriété de l’ONF afin de maîtriser la réutilisation des équipements et leur traitement en fin de vie. En amont, l’office entend bien faire évoluer progressivement l’éco-conception de ses vêtements professionnels. D’autres donneurs d’ordre comme la SNCF devraient suivre le même chemin. Cela signifie que lorsqu’un agent quittera l’établissement, il devra alors restituer son vestiaire. Les vêtements en bon état seront reconditionnés et utilisés en seconde main.

En aval, Frivep peut s’appuyer sur des actions viables. À l’instar du partenariat entre le groupe Norauto et le fabricant de tenues professionnelles Mulliez-Flory. Le groupe Norauto cherchait lors de son appel d’offre vêtements de travail en 2018 une solution complète de recyclage pour son ancienne collection faite de polos, T-shirts, blousons et pantalons. Engagé dans l’économie circulaire et l’utilisation de matières premières plus responsables, Mulliez-Flory lui a proposé les solutions classiques d’effilochage et d’up-cycling ainsi que la possibilité de recréer de la fibre, du fil et du tissu à partir de vêtements fin de vie. Norauto s’est chargé de la collecte auprès d’une majeure partie de ces centres, ainsi que dans ses filiales espagnoles et portugaises. Un stock de pantalons en fin de vie de quatre tonnes a été choisi pour être démantelés dans un ESAT proche du groupe Mulliez-Flory. Les produits débarrassés de leurs points durs ont été mis en balle puis acheminés en Espagne pour être transformés en fil. Celui-ci a ensuite été tricoté à proximité pour réaliser 15 000 t-shirts 100 % recyclés pour les intérimaires du groupe Norauto.

Projet Firex

 

Après cette première expérimentation, le projet Frivep devrait passer à une phase de test pré-industrielle. Dans le cadre d’un AMI lancé par l’Ademe, un consortium de plusieurs industriels emmenés par le groupement de recycleurs Synergie TLC ont déposé un dossier pour un projet intitulé Firex. Suscitant beaucoup d’intérêt de la part des pouvoirs publics, le projet attend le feu vert d’ici à la fin de l’année pour une durée de deux ans. Synergie TLC jouerait le rôle de coordinateur et de mandataire opérationnel avec Orée au pilotage et le Pôle Techtera à l’opérationnel : « le projet change de main et d’échelle. Il s’agira non plus de traiter quelques dizaines de tonnes, mais plutôt 20 000 tonnes de matières provenant de vêtements professionnels usagés et de chutes de production textile de tous secteurs. L’objectif sera d’éprouver notamment des procédés automatisés sur des machines de tri optique par exemple », explique Michel Lopez. Associant matières de qualité d’un côté et des chutes propres sans points durs de l’autre, le projet va permettre d’analyser plus rigoureusement les compositions de matières et la manière dont on peut les trier dans des installations industrielles. Ces données seront quantifiées et cataloguées en vue d’adapter l’outil de traitement.

La construction du projet Frivep et sa gouvernance ont d’ores et déjà suscité de la curiosité dans l’industrie et chez les pays voisins comme en Allemagne. Il a permis également de démarrer une réflexion sur un gisement autrement plus complexe à gérer, celui des EPI. En marge de l’expérimentation, un essai a en effet été réalisé avec le CETI sur une centaine de kg de pantalons et vestes de protection à bande réfléchissante. Cette opération a conduit à la fabrication d’une nappe non tissée. Le test s’est avéré prometteur malgré des résultats encore incomplets. Face à un gisement dispersé et conséquent, qui aujourd’hui finit principalement en incinération, la demande d’une filière de traitement des EPI est forte. Reste à convaincre les industriels de ce segment de s’engager dans un nouveau projet de filière.

Crédits : La Poste, SNCF, RATP

A lire aussi :

Les vêtements professionnels ont la fibre du recyclage

« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

Partagez cet article