Cela a fait le tour de la planète comme une traînée de poudre. Et aujourd’hui c’est une réalité. Depuis le 1er janvier 2018, les exportations de 24 catégories de déchets vers la Chine sont désormais interdites. Cette mesure permet de repenser la façon dont on gère et recycle ses déchets en Europe, aux Etats-Unis mais aussi en Chine. Car un enjeu de taille attend ce pays, celui de traiter ses propres déchets grâce à des dispositifs et des technologies modernes et adaptés. Et dans ce domaine, recycleurs et équipementiers occidentaux ont peut-être une carte à jouer.
La mesure a été décrétée en Chine jusqu’à fin 2019. Le temps pour la Chine de résoudre ses problèmes de gestion de ses propres déchets et le temps aussi pour les pays européens et l’Amérique du Nord de repenser leur industrie du recyclage. Plus question en effet d’exporter les déchets non triés, comme les plastiques ménagers, les vieux papiers ou encore les textiles usagés. Certains sous-produits sidérurgiques sont également proscrits, comme les scories contenant du vanadium. Bien que prévisible, la décision chinoise a fait l’effet d’une bombe dans l’industrie mondiale du déchet, y compris en Chine, où les négociants et importateurs de matières secondaires se trouvent en première ligne. En Europe, l’industrie du recyclage, qui s’est appuyée pendant des décennies sur le grand export, concède et répète en boucle, qu’il faut désormais transformer cette contrainte en opportunité technologique et économique.
Une métamorphose plus rapide qu’on le croit
Depuis les années 80 – avec un coup d’accélérateur à la fin des années 90 – la Chine est devenue le premier importateur de déchets au monde. Au total, on estime que ce pays aurait importer les deux tiers des déchets plastiques générés dans le monde. A l’époque, tout le monde se voilait la face. Mais personne n’ignorait que le traitement et la valorisation de ces déchets se faisaient dans des conditions environnementales déplorables.
Rappelons le contexte. Dans les années 90, en Europe, c’est le démarrage des dispositifs de collecte ; les procédés de valorisation sont en cours de développement. Pendant ce temps, la Chine s’ouvre au monde. Sa croissance s’annonce exponentielle. Elle a besoin de matières premières en grandes quantités. Les prix d’achat élevés des déchets et les coûts de fret très bas vers la Chine ont permis à de nombreux négociants et recycleurs aux Etats-Unis et en Europe de réaliser plus de profits que s’ils avaient construit leurs propres unités de recyclage. Aujourd’hui, cette situation pourrait radicalement changer, même si cela prendra du temps. Pour l’instant, des volumes de déchets plastiques non triés prennent déjà le chemin de la Malaisie et du Vietnam. En attendant une transformation profonde des industries de traitement et des sociétés de consommation.
Feuille de route chinoise
En focalisant sur l’impact de la fermeture du marché chinois aux déchets occidentaux, on occulte les motivations de Pékin. L’une des priorités des autorités chinoises est de moderniser la gestion de ses déchets pour la rendre compétitive sur le plan international. En Allemagne, selon le BVSE (fédération des entreprises de valorisation), on y voit surtout des opportunités de développement de l’outil de valorisation sur son propre territoire mais également des perspectives de croissance externe, par le biais d’investissements technologiques sur le marché chinois. Pour rappel, deux acteurs majeurs, Remondis et Alba Recycling sont déjà bien implantés en Chine. De la même manière, la France a toutes ses chances de conquérir ce marché gigantesque. Pékin s’apprête à lancer un vaste programme d’actions pour favoriser l’utilisation de ses propres matières valorisables. Celles-ci étaient jusqu’à présent plus souillées et plus difficiles à traiter que les déchets importés. Un décret du gouvernement chinois du 18 mars 2017 rend désormais obligatoire le tri des ordures ménagères. D’ici à 2020, leur taux de recyclage doit atteindre 35 %.
Le plan d’actions chinois sera mis en œuvre progressivement. Le pays est grand, il faut donc être pragmatique. Tout d’abord, seront concernées les villes gouvernementales comme Pékin, Shanghai, Tianjin, et Chongqing ainsi que les 27 villes principales des provinces. Puis ce sera au tour de dix communes plus petites, choisies comme villes d’expérimentation pour la valorisation des déchets ménagers. En parallèle, d’ici à deux ans, les institutions publiques comme les universités et les écoles, le secteur de l’hôtellerie et de la restauration, ainsi que les petites et grandes enseignes commerciales devront suivre le même chemin, en triant leurs déchets. Les efforts qui attendent les citoyens chinois sont colossaux. Tous les flux sont concernés : batteries, médicaments, peintures, ampoules, biodéchets, textiles, papiers, plastiques, emballages, déchets électriques, verre, métaux.
Une enveloppe de 38 milliards de dollars
Jusqu’alors, les centres de collecte et de traitement, les unités de recyclage et d’incinération étaient insuffisants tant sur le plan quantitatif que qualitatif. Dans le cadre du plan quinquennal 2016-2020 sur la prise en charge des déchets urbains, le gouvernement a prévu d’investir jusqu’en 2020, environ 38 milliards de dollars. Seul 1,4 milliard de dollars seront attribués à la construction d’unités de tri et de recyclage et 600 millions de dollars seront destinés au déploiement du commerce de matériaux valorisés. Par ailleurs, près de 2,8 milliards de dollars seront consacrés aux infrastructures de préparation et de traitement des biodéchets. L’institut de recherche stratégique et de développement de l’université populaire de Pékin a étudié en 2015 la composition des ordures ménagères dans 12 villes. Celle-ci montrait un taux de 59 % de biodéchets, de 12 % de produits en plastique et de 9 % de vieux papiers.
Le secteur du traitement et de la valorisation est amené à se métamorphoser dans quelques années en se dotant des technologies dernier cri. Tous les modes de traitements vertueux et performants seront les bienvenus. A ce jour, malgré l’ambition de renforcer la reprise des déchets et le réemploi de matières, la valorisation thermique restera dominante. Alors que le gisement d’OM est incinéré à 31 % actuellement, il devrait passer à 56 % en 2020. Fin 2015, la Chine comptait 257 unités de valorisation énergétiques ; dans deux ans, le parc pourrait ainsi en recenser 800 supplémentaires.
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