Réemploi, tri, démantèlement, collecte, dépollution, réparation, ces activités manuelles pratiquées dans l’insertion professionnelle nécessitent parfois des formations spécifiques. Les structures d’insertion, censées faire le relais avec le monde réel pourraient devenir un vivier de métiers et de compétences pour l’économie circulaire. Une étude réalisée en Ile-de-France montre pourtant un déficit d’image.
Selon le contrat d’étude prospective (CEP) sur la filière déchets publié par la Dirrecte Ile-de-France en 2017, les activités de collecte, de réemploi et de tri vont connaître une forte progression. Les métiers de chauffeur poids lourds, caristes, opérateurs de tri et polyvalents seront aux premières loges. C’est là que les entreprises d’insertion professionnelle peuvent jouer un rôle central. En région francilienne, les structures d’insertion par l’activité économique (SIAE) sont plus de 400 dont une cinquantaine orientées vers l’économie circulaire. En 2015, le recyclage et la collecte se trouvaient au 3e rang des secteurs d’activité derrière les espaces verts et le BTP.
Enquête francilienne
Pour mesurer les liens possibles avec les entreprises classiques de recyclage, le Grafie (groupement régional des acteurs franciliens d’insertion par l’économique) en partenariat avec la fédération des entreprises d’insertion et la fédération Chantier Ecole Ile-de-France, a enquêté auprès de sept structures d’insertion : Cnim insertion, Régie de quartier Les Portes de l’Essonne, Aptima, Recyc Matelas, Andes, Rejoué et Envie 2E. Les résultats ont été publiés en octobre dernier. Parmi les métiers répertoriés dans ces établissements, plusieurs sont des postes spécifiques au recyclage comme l’agent de tri, l’agent de collecte, le valoriste ou l’agent polyvalent. D’autres activités sont transversales : cariste, chauffeur, magasinier, caissier ou encore préparateur de commandes. Ces activités exigent parfois des formations comme le CACES pour être cariste, le permis B ou le FIMO pour le permis poids lourd.
Les personnes en poste dans le tri des déchets ne voient dans cette activité qu’une étape ou un tremplin, pour accéder à un métier plus gratifiant »

L’enquête montre qu’au terme d’un contrat en structure d’insertion, les salariés se dirigent globalement vers des activités hors économie circulaire, excepté chez Cnim Insertion où l’orientation dans l’économie circulaire a atteint 60 % en 2016. Les autres structures tournent autour de 15 à 25 %. Même si les salariés en insertion reconnaissent l’utilité des métiers du recyclage, ils sont confrontés à des conditions difficiles de travail. Parmi elles : les postures debout en chaîne de tri, le port de charges lourdes, les conditions climatiques. Sophie Bernier est responsable de l’insertion à la Cnim, exploitant le centre de tri de déchets pour le Sidompe, syndicat mixte de traitement des déchets à l’Ouest de Paris. Elle entrevoit quelques freins persistants : « les emplois proposés au salariés dans les déchets sont bien souvent peu qualifiés, si c’est du tri manuel par exemple. Les personnes en poste ne voient dans cette activité qu’une étape ou un tremplin, pour accéder à un métier plus gratifiant. L’image négative de traitement des déchets subsiste même si le secteur tend à se moderniser. Ce n’est pas encore visible sur le terrain, et nous ne pouvons pas encore proposer des formations qualifiantes dans ce domaine, excepté pour les chauffeurs ou caristes ». Il semble par ailleurs que la convention collective de la filière reste peu valorisante. Surtout pour des métiers plus qualifiés comme les techniciens de maintenance ou les caristes très demandés dans le recyclage.
Une action sur le « tri 5 flux »

L’étude prospective prévoit une forte baisse de l’emploi peu qualifié comme l’opérateur de tri. Tout comme l’arrivée de nouveaux métiers (contrôleurs de lignes, techniciens de maintenance, pilotes d’exploitation ou chauffeurs). Aux structures d’insertion de suivre cette évolution et créer des passerelles pour leurs salariés. Dans l’optique de fédérer l’ensemble des acteurs de l’insertion professionnelle et des filières de recyclage, un plan national d’actions sur la collecte des déchets en cinq flux (décret du 10 mars 2016) sera lancé par la fédération des entreprises d’insertion au printemps prochain et décliné dans les régions. Une manière de renforcer les liens et de montrer l’utilité des SIAE dans ce domaine.
L’étude préconise par ailleurs la mise en œuvre de plusieurs formations en CQP tri manuel, tri automatisé et opérateur de maintenance industrielle. Ces qualifications sont nécessaires pour accéder aux métiers du recyclage qui tendent vers une professionnalisation, ajoute l’enquête du Grafie. Principal enseignement, les salariés sortant de ces structures dédiées à l’économie circulaire, disposent de compétences qui leur permettent de poursuivre dans et en dehors de ce secteur. Des efforts doivent être fait aujourd’hui du côté des SIAE pour que l’économie circulaire ne soit pas juste un tremplin mais bien un objectif de carrière.
Crédit CM : atelier Envie2E chez Derichebourg Gennevilliers
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