La collecte innove sur le point de proximité connecté

Des conteneurs à déchets plus attractifs pour le geste de tri

La généralisation de l’extension des consignes de tri en France en 2022, l’augmentation du recyclage et la qualité des déchets triés dépendent avant tout de la collecte. Comment faire face aux évolutions de la consommation, s’adapter à la géographie de l’habitat et aux besoins des ménages, tout en proposant un service de collecte de qualité, sans peser sur le budget ? Collectivités, éco-organismes, équipementiers, opérateurs planchent sur la collecte de demain qui devra concilier technologie, attractivité, digital et pragmatisme.

Les enjeux de la collecte dépassent actuellement les objectifs réglementaires. La prise de conscience des pollutions aux plastiques notamment, conduit l’ensemble de la filière des emballages ménagers à repenser la manière dont on peut collecter plus et mieux, en vue d’un meilleur recyclage. Or ce sont dans les villes, pourtant concentrations de populations et de déchets, que cela s’avère le plus difficile. Ce constat n’est pas nouveau ; les campagnes d’affichage menées en France depuis près de trente ans n’ont pas permis d’atteindre des performances satisfaisantes avec seulement 26 % des emballages plastiques recyclés. Pour l’éco-organisme en charge des emballages ménagers Citeo, il faut revoir l’ensemble du dispositif tout en veillant à ne pas augmenter les coûts. La stratégie consiste, selon Romain Lebègue, directeur développement dispositif chez Citeo, à renforcer les équipements de tri, améliorer l’information auprès des consommateurs et développer des incitations. Mais encore ? Si 90 % des personnes interrogées (étude Shopper / Citeo de 2018) déclarent trier leurs emballages, les résultats sur le terrain plafonnent à 70 % de flux collectés en 2018. Le taux atteint l’objectif européen, mais est encore loin de l’objectif français de 75 % fixé pour 2022.

Harmoniser le code couleur

 

Plusieurs points de blocage restent à lever, reconnaît Romain Lebègue. Tout d’abord la clarté de la consigne est cruciale, non seulement dans l’information mais aussi dans le code couleur des bacs de collecte. « Avant la fin de notre agrément, d’ici à 2022, nous devons harmoniser les couleurs des conteneurs de collecte sélective, alors que 20 % des collectivités ne suivent toujours pas la règle officielle du bac jaune pour les emballages recyclables ». De la même façon, dans certains quartiers urbains denses comme Paris intramuros, Lyon ou Nice, les collectes individuelles n’existent pas. Certains immeubles anciens en centre-ville ne permettent pas l’installation de conteneurs à déchets. « Dans ce cas, nous devons pallier ce manque en aménageant des points de collecte à proximité et attractifs sur des espaces publics. Depuis quelques années on a vu fleurir des colonnes enterrées dans des quartiers rénovés ou en pied d’immeuble. Bilan des courses : ça ne marche pas et en plus ça coûte cher en contrôles et maintenance.

40 stations Trilib’ à Paris à ce jour.

Pour faire bouger les habitants, Citeo a choisi de montrer les conteneurs. Trilib’ à Paris est un exemple mais n’est pas le seul. Après deux ans d’expérience sur une quarantaine de stations Trilib’ dans quatre arrondissements de Paris, le tri s’avère de bonne qualité (taux de refus de 12,7%), les stations sont fréquentées (2000 tonnes collectées) et les bornes attirent les emballages nomades. D’ici à 2022, 1000 stations devraient être installées dans la capitale et un pilote doit voir le jour à Marseille. Cet engouement associe de plus en plus l’esthétique pour rendre ces points de propreté plus acceptables en ville mais aussi en milieu rural. « Cet aspect visuel fait partie des paramètres que l’on veut soigner pour améliorer le geste de tri », insiste Romain Lebègue. Et d’imaginer dans un futur proche, l’aménagement de points de tri mutualisés, combinant par exemple des bornes de collecte multi-flux, des boîtes à livres et des parcs à vélos.

Le point de proximité a de l’avenir

 

Alors que le traitement des déchets tourne actuellement autour de 100 euros la tonne en France, les marges de manœuvre pour renforcer la collecte devront sans aucun doute passer par une réduction des tournées et une automatisation des équipements d’enlèvement. Si la collecte classique en porte-à-porte (PAP) reste pertinente dans bien des cas, le PAV (point de propreté de proximité) peut s’avérer très efficace dans des zones excentrées ou difficiles d’accès pour l’opérateur de collecte. Plus écologique et plus rapide à collecter, ce dispositif nécessite moins de bacs que la collecte individuelle. La France compte plus de 300 000 points d’apport volontaire (conteneurs verres, papiers, emballages, vêtements, ordures ménagères). Mais d’autres flux pourraient à terme y être associés, tels que les biodéchets. Selon Jean-Christophe Darne, dirigeant au sein du bureau d’études Girus, le point de proximité s’avère aussi plus économique, puisque le basculement du PAP au PAV permet de réduire le coût global d’environ 20 %. Aujourd’hui ce système représente 30 % de l’ensemble des modes de collecte. En moyenne, il est préconisé en milieu rural un point de propreté pour 200 habitants et en milieu urbain, un point de propreté pour 400 habitants.

Points de proximité design à Besançon

Dans un guide publié en mars 2019 sur les collectes innovantes, la fédération des professionnels de gestion des déchets (Fnade) préconise entre autres de déployer plus de points d’apport volontaire (PAV) en centre-ville et en habitat collectif vertical pour faciliter le geste de tri. Et de prendre l’exemple d’Amiens Métropole qui depuis quatre ans, a complété son offre de collecte individuelle par un maillage fin d’ilots de trois conteneurs aériens ou enterrés pour accueillir les OMR, le verre et le papier. Leur collecte se fait par chargement latéral robotisé. Résultat dès la première année de mise en place : – 30 % d’OMR, + 10 % d’emballages plastiques (lié à l’extension des consignes de tri) et + 60 % de papier collecté.

Logistique optimisée

 

Au-delà des solutions de proximité, des réductions de fréquence des tournées, diverses innovations techniques éprouvées sont possibles : bennes de collecte avec automatismes poussés de chargement ; véhicules mono-opérateur avec un bras robotisé latéral ; conteneurs stationnaires à grande capacité, aériens ou enterrés. La Fnade recommande par exemple de robotiser la collecte en mono-opérateur (bras latéral, grue) dès que possible selon l’habitat, pour répondre aux enjeux de sécurité pour le personnel mais aussi de productivité ; de privilégier les véhicules à impact environnemental réduit avec des motorisations à faible émission (GNV, hybride, électrique), des équipements moins sonores (pompe à débit variable, lève-conteneurs électrique, etc) et préservant des effluents (récupération fiable des jus de biodéchets par exemple) ; le recours à des dispositifs connectés (sondes, informatique embarquée, géolocalisation, etc…) pour optimiser les tournées, maîtriser les coûts, et tracer les flux. Les collecteurs disposent d’informations en temps réel afin d’éviter tout débordement du contenu. La data permet également de recueillir l’ensemble des données en vue de futures décisions stratégiques.

Benne Farid distribuée par Forez Bennes Environnement

Acteur de l’informatique embarquée depuis 26 ans, filiale du groupe Berto, Simpliciti propose des solutions dédiées à la collecte des déchets, le transport de voyageurs et la logistique. Près de 2000 clients utilisent chaque jour leurs systèmes embarqués, applications mobiles et plateforme web afin d’organiser leurs circuits. L’évolution de la collecte des déchets se traduit notamment par ce déploiement d’outils connectés aux camions bennes et aux bornes de collecte. De son côté, Forez Bennes Environnement distribue les mini-bennes et engins robotisés de collecte des déchets de la marque italienne Farid Industries. Pour Frédéric Lejeune, responsable commercial, le marché en France démarre seulement quand en Espagne ou en Italie, le PAV en milieu urbain et la collecte en chargement latéral est ancré dans les habitudes : « nous observons cette tendance après la crise de 2008, où les collectivités ont repensé le coût de leurs déchets. Depuis on voit clairement que Citeo pousse au point de proximité, en vue d’un meilleur captage des déchets et un tri de qualité. Autre tendance, sortir les bornes enterrées pour les rendre visibles. On ne cache plus le déchet comme avant et en plus on fait des économies. Un trou de conteneur enterré peut coûter jusqu’à 10 000 euros quand l’installation d’un conteneur en point de proximité avoisine les 1400 euros en moyenne ». Aujourd’hui, Forez Bennes Environnement répond à des profils très variés de collectivités en demande de PAV, aussi bien en milieu urbain dense comme Marseille, ou Amiens, qu’en zone rurale soumise à la saisonnalité touristique. L’automatisation des points de proximité n’est qu’un début. L’arrivée de nouveaux flux ménagers comme les biodéchets devrait donner tout son sens à ces types de collecte sur le plan environnemental et financier.

Les élus veulent innover mais sont parfois freinés par le coût et les changements d’habitude

Brangeon innove sur la collecte latérale et compartimentée en plusieurs flux dont les biodéchets.

Pionnier en France de la collecte latérale il y a douze ans, Brangeon croit dur comme fer au déploiement de ce dispositif. « Il est parfois dommage de constater que les élus ne suivent pas toujours, même s’ils souhaitent voir diminuer les coûts de collecte. Bien sûr, cela implique des renoncements ou des changements d’habitude mais au final, tout le monde est gagnant, la collectivité et les habitants » insiste Victor Brangeon, responsable relations publiques. L’entreprise travaille dans le grand ouest de la France, essentiellement en milieu rural ou semi-rural. « Ici les modes de collecte évoluent, surtout dans les collectivités demandeuses d’innovation, insiste Victor Brangeon. Pour répondre à la demande de points de proximité, nous proposons notamment des systèmes de collecte hybrides adaptés au porte-à-porte et au point d’apport volontaire. Nous pensons par ailleurs que les points de proximité favorisent une collecte plus performante car l’usager devient davantage acteur de son geste de tri ».

Conteneur de proximité fabriqué par Contenur

Groupe d’origine espagnole, Contenur conçoit, fabrique et commercialise des conteneurs et du mobilier pour la gestion des déchets urbains. Présent dans quarante pays, il réalise 20 % de son activité en France. Selon Maxime Girard, directeur commercial, les schémas de collecte ont été optimisés et sont aujourd’hui à bout de souffle sur leur performance environnementale et économique : « les collectivités doivent renforcer le geste de tri, collecter de nouveaux flux avec un budget de plus en plus serré. En tant qu’équipementier, nous observons une tendance lourde sur du point de proximité, qui permet un maillage plus dense des points de collecte. Cela représente désormais un tiers de notre activité en France ». Le fabricant ajuste depuis quelques années son offre de produits pour répondre aux besoins d’une collecte groupée, connectée et de qualité. Il privilégie également l’éco-conception de ses conteneurs en intégrant des plastiques recyclés et en les rendant recyclables ou modulables. « Nous estimons que les gains réalisés sur ces dispositifs grâce à une réduction des tournées et des camions, va permettre de libérer du budget pour assurer une maintenance de qualité et mutualiser le ramassage d’autres flux » souligne Maxime Girard.

Le digital au service du solidaire

Start-up grenobloise lancée par des étudiants de l’ENSE3 en 2018, Unico a mis au point un système d’optimisation de la collecte par le biais d’une application et d’un logiciel. Les particuliers renseignent cet outil numérique sur le niveau de remplissage de leurs poubelles tandis que les collectivités peuvent ainsi optimiser le trajet des éboueurs et réduire l’impact environnemental de la collecte. De cette manière, Unico estime qu’une communauté de communes de 100 000 habitants pourrait économiser plus de 500 000 euros par an. L’objectif aujourd’hui pour cette start-up est d’entrer en phase de test avec une intercommunalité pilote, d’ici à la rentrée 2019. En parallèle, avec le soutien de la Fédération de la Plasturgie et des Composites, Unico envisage de répondre à l’AMI de l’Ademe et de Citeo sur les collectes innovantes et solidaires.

Le projet dépasse en effet la seule collecte des déchets. Pour inciter les citoyens à s’inscrire dans cette démarche, l’application pourra les récompenser sous la forme de bons d’achats réinvestis auprès de commerces locaux partenaires. L’application offre également de nombreuses fonctionnalités : scanner pour vérifier si l’emballage est recyclable, suivi de sa production de déchets, page interactive pour découvrir et partager conseils et bonnes pratiques, cartographie des commerces locaux, et circuits de récupération. Dans le même registre, l’application #Touscollecteurs s’adresse aux habitants de la région Aix-Provence-Marseille. Sa particularité ? Utiliser le nudge pour communiquer sur les bons gestes de tri de manière ludique. En scannant ses déchets, l’usager accèdera à une cartographie des points de collecte environnants. En contrepartie de ses dépôts, il sera récompensé par des bons d’achats destinés à des associations ou des commerçants locaux. L’application existe également pour les entreprises qui souhaitent sensibiliser à la gestion des déchets.

Vers plus de déchèteries

 

A proximité des villes ou des villages, la déchèterie accueille les encombrants, les déchets dangereux et autres matériaux recyclables. Dans un contexte de mutation du dispositif de collecte, la déchèterie pourrait prendre plus d’importance, notamment pour la collecte des flux de déchets croissants, y compris les emballages ménagers. Tout dépend de sa proximité avec les habitations et de son emplacement géographique. En France, on compte en moyenne une déchèterie pour 14 000 habitants. Selon l’Ademe, la collecte en déchèterie est davantage préconisée pour des flux encombrants ou occasionnels. La Fnade souhaite voir renforcer le maillage territorial des déchèteries par des installations intermédiaires, fixes allégées sans quais, ou mobiles, pour atteindre en moyenne une déchèterie pour 10 000 habitants avec une adaptation selon le type d’habitat. Cela implique un aménagement qui tient compte de la sécurité des personnes et la nécessité d’espaces sécurisés pour les matières sensibles ; mais aussi d’un groupement des prestations par bloc d’activités (notamment accueil et gestion des flux) ; et une formation renforcée du personnel pour l’accueil des usagers, l’optimisation du tri, la gestion du site et l’administration des apports.

C’est dans cet esprit, que SEPRA Environnement a mis au point une mini-déchèterie mobile, au plus près de l’usager pour lui faciliter le geste de tri. Le Point Collect’ Mobile est une remorque qui s’installe facilement en coeur de quartier. Garé dans un lieu passant, 10 minutes suffisent pour le déployer. Ouvert tel un portefeuille, pour déposer ses déchets, le riverain n’a qu’à circuler dans l’allée centrale et les placer dans les caisses installées de chaque côté dans le véhicule aménagé. À l’issue de la collecte, l’employé municipal en charge de l’accueil transporte ensuite les détritus dans le centre de tri municipal le plus proche. Depuis 2015, la ville de Paris propose ce service à l’ensemble de ses riverains et dans tous les arrondissements de la capitale. Un portail dédié est même mis en ligne pour connaître le planning de tournée de la remorque. Cette déchèterie mobile accueille toutes les catégories de déchets ménagers, sauf les encombrants (emballages, textiles, cartouches, piles, DEEE, lampes, radiographies, solvants, détergents, bouteilles de gaz et extincteurs). Ce Point Collect’ Mobile vient de recevoir l’homologation européenne certifiant la conformité de la remorque à la règlementation européenne du code de la route. Cette certification permet à SEPRA Environnement de poursuivre la commercialisation du centre de tri mobile à l’échelle européenne.

Crédits : Contenur, Brangeon, CM, Unico, Citeo

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« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

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