Le papier-carton serait-il devenu l’ennemi du plastique ? Avec un recyclage de 57,8 % pour le papier graphique et 64 % pour les emballages ménagers en papier-carton, les produits cellulosiques sont en position dominante face à une collecte toujours laborieuse des emballages plastiques. L’éco-organisme Citeo estime leur recyclage global (bouteilles et autres nouveaux emballages issus de la consigne de tri) à 26 % tandis que l’extension de ces consignes à l’ensemble du territoire risque de coûter très cher. L’éco-organisme a choisi de mener plusieurs travaux avec le Centre Technique du Papier pour accroître la présence du papier-carton dans l’emballage ménager.
Depuis plus de dix ans, la collecte des emballages plastiques stagne toujours à une bouteille sur deux. De nombreux moyens ont été mis en œuvre pour remédier à cette médiocre performance. Après les campagnes médiatiques, la filière dirigée par Citeo (fusion d’Eco-Emballages et d’Ecofolio) a instauré l’extension des consignes de tri à d’autres emballages plastiques (pots de yaourt, barquettes, films). L’ensemble des Français pourront désormais jeter dans leur poubelle jaune tous ces produits à partir de 2022. En attendant, pour Citeo, le compte n’y est pas. Alors que le recyclage tous matériaux confondus atteint 68 %, seulement 26 % de tous les emballages plastiques sont recyclés. Les gisements d’emballages contribuant des papier-carton et des plastiques sont quasi similaires à un plus de 1,1 million de tonnes. Pourtant, à tonnages égal, le papier-carton est recyclé à 64 % aujourd’hui.

Pour Citeo, il est clair, que l’extension des consignes de tri peut changer la donne, mais pas dans l’immédiat. « Même si l’on apporte des solutions complémentaires à la gestion des déchets plastiques, avec des technologies de plus en plus performantes, l’emballage plastique qui échappera à la collecte, finira dans la nature, polluant les sols et les océans pendant des centaines d’années » souligne Jean Hornain, directeur général de Citeo. Partant du principe que la collecte ne pourra jamais capter tous les déchets, il faut donc trouver des alternatives pour minimiser ces pollutions. C’est vers d’autres matériaux que Citeo cherche de nouvelles pistes, en particulier dans la fibre cellulosique. Matériau renouvelable, recyclable et compostable, le papier-carton pourrait faire de nouvelles conquêtes dans l’emballage ménager. Citeo Prospective a organisé en novembre dernier, une rencontre entre industriels de la filière papetière pour leur présenter les résultats de travaux menés avec le Centre Technique du Papier sur les nouveaux matériaux, procédés et leur recyclage.
Emballages difficiles à recycler
« Nous sommes conscients que la fibre cellulosique pourrait remplacer le plastique dans certains emballages pour réduire l’impact environnemental des déchets. Si au moins l’un de ces produits finit dans la nature, ce sera moins pire qu’un emballage en plastique » souligne Jean Hornain. Le basculement d’un matériau à l’autre ne doit pas pour autant déstabiliser le bon fonctionnement actuel de la filière papier-carton, tant sur le plan de la logistique, que de la collecte ou en termes financiers. Tout cela se réfléchit et doit mûrir avec l’ensemble des partenaires, producteurs de fibres, fabricants d’emballages, opérateurs de gestion de déchets : « Les premiers changements devront sans doute être réalisés sur la densité des flux et la complexification du tri. Pas question de remplacer une résine plastique par une matière fibreuse si au final, on se retrouve avec plus de matière ou si son tri devient plus problématique. Cela aurait évidemment des conséquences financières fâcheuses pour toute la filière » insiste Jean-François Robert, directeur technique fibreux chez Citeo.
Une aide d’1,4 million d’euros
En réalité cela n’est pas si simple. Les emballages en fibre cellulosique ne sont pas exempts de problèmes. Certains même s’avèrent assez difficiles à recycler. Le multi-matériau, les encres ou les huiles minérales dans les produits fibreux témoignent de cette complexité. Tout l’enjeu est là selon Citeo : écarter ces substances perturbatrices au recyclage tout en conservant la qualité et la valeur de l’emballage en papier-carton. C’est pourquoi, plusieurs travaux ont été développés avec le CTP et les industriels afin de créer des emballages toujours plus performants et compatibles avec la filière de recyclage. L’innovation est présente sur tout le cycle de vie du produit, depuis l’éco-conception jusqu’à son recyclage. L’objectif du centre est de déployer des solutions à l’échelle industrielle d’ici deux ou trois ans.
Dans le cadre d’un accord pluriannuel avec le CTP, Citeo finance à hauteur d’1,4 million d’euros, des projets de R&D pour l’innovation en matière d’économie circulaire des papiers et des cartons. De son côté, le CTP est engagé dans plusieurs domaines de recherche : la production de formes en impression 3D , les nouvelles solutions barrières mono-matières, les alternatives aux éléments perturbateurs du recyclage, la réduction de la taille et du poids des produits cellulosiques. « Nos recherches sur l’impression 3D pourraient faciliter la mise en marché de formes plus complexes, telles que la bouteille, explique Frédéric Guillet, délégué aux organisations professionnelles du CTP. Cela doit aller de paire avec le respect des cadences de production. De même, l’allègement des emballages et des papiers graphiques doit contribuer à une réduction de consommation de matière. Des recherches sur la séparation des fibres selon la longueur permettent de placer ensuite les fibres longues et courtes aux bons endroits pour produire une papier plus fin mais aussi résistant ».
Plan d’actions sur les huiles minérales
Si les tous les emballages en papier-carton et les papiers graphiques se trient et se recyclent, les barrières dans certains produits fibreux peuvent impacter l’industrie papetière et dévaloriser les débouchés pour leur recyclage. C’est aussi vrai pour les encres, les huiles minérales ou les colles. Citeo et le CTP se penchent depuis quelques années sur le sujet des huiles minérales avec en ligne de mire deux axes de travail : éliminer en amont la présence d’huiles minérales dans les encres d’impression et proposer des alternatives ; trouver en aval des procédés de traçage et d’élimination de ces substances dans les fibres recyclées. Depuis le début de l’année, un groupe de travail dédié réunit l’ensemble des parties prenantes autour de cinq axes : l’identification des gisements, la recherche d’alternatives, l’évaluation de l’efficacité du système de tri et de collecte, l’accompagnement des entreprises, la participation aux travaux réglementaires français et européens. Ce plan d’actions se poursuivra en 2019 et vise en particulier à améliorer la traçabilité de l’utilisation d’huiles minérales, à favoriser l’adoption des encres alternatives et à étudier la question des huiles minérales issues des colles.
Dans ce domaine, quelques entreprises en pointe travaillent en collaboration avec le CTP pour affiner leurs travaux et faire valider leurs nouveaux procédés ou produits. C’est le cas de Sealock, fabricant français indépendant de colles industrielles sans solvant. Engagée depuis 1993 dans l’éco-conception, l’entreprise produit une colle pour imprimés publicitaires, dispersable et non perturbatrice du recyclage. Cette colle biosourcée ne génère pas de particules collantes (stickies) chez le papetier. Principal avantage pour ce dernier : la réduction des surcoûts de production et la garantie d’avoir un matériau recyclé de meilleure qualité.
Pas de barrière au recyclage
Les emballages barrière 100 % fibre de cellulose ont le vent en poupe, car synonyme de recyclabilité. Ils véhiculent également une image positive sur certains marchés comme la distribution de produits alimentaires biologiques. C’est ainsi que l’entreprise Malengé Packaging, fabricant d’emballages souples, a conçu en 2017 un nouvel emballage « barrière », 100% fibre de cellulose, à la demande de ses clients comme Nature et Aliment et avec le concours du CTP. Cet emballage souple mono-matériau, baptisé Cycle Pack, ne contient aucun film plastique ni aluminium. Il offre des fonctions barrière, notamment à l’humidité, et est thermoscellable. « Cette innovation se déclinera sur une gamme entière de produits mis sur le marché début 2019 par Nature et Aliment, soit l’équivalent d’un million de sachets. Plus léger de 18 % qu’un emballage complexe, le Cycle Pack affiche en outre un bilan carbone réduit de 56%. Il est actuellement en cours de classement par le Comité d’évaluation de la recyclabilité des emballages » déclare Stefan Kristetter, directeur général de Malengé. Ce type d’emballages pourra en principe être recueilli avec les autres flux d’emballages papiers dans les centres de tri et classé en qualité 5.02 selon Jean-François Robert. L’entreprise vise aujourd’hui d’autres marchés de l’alimentaire, en s’attaquant aux emballages dotés de barrières aux graisses.
Foam-forming
Le développement des traitements « barrières » pour améliorer les propriétés des matériaux fibreux recourt à différents procédés mis au point par le CTP tels que l’enduction barrière, la chromatogénie – procédé sans solvant, par greffage d’acides gras sur la fibre de cellulose – ou bien la lamination humide de microfibrilles de cellulose (MFC).
Des applications sont ainsi proposées pour les gobelets en carton qui, grâce à ces nouvelles solutions, pourraient se passer progressivement du film en PE ou en PLA comme barrière à l’humidité et devenir recyclable, biodégradable et biosourcé. Dans le registre des nouveaux matériaux, figure la start-up finlandaise Paptic qui a conçu il y a trois ans une alternative au sac plastique. Sa technique de production brevetée, le foam-forming, permet de remplacer l’eau par de la mousse, composée d’un tiers d’eau et de deux tiers d’air. Les fibres se déposent ainsi de façon plus aléatoire et contribue à une plus grande résistance du produit fini. Ce matériau, dont l’apparence se rapproche du plastique et du textile, se coud, se colle, se découpe et se recycle avec les papier-cartons dans la filière classique. La machine a démarré sur un site papetier depuis deux mois en Finlande, près d’Helsinki. Une autre ligne installée dans une usine papetière allemande permettra à Paptic de produire à court terme entre 12 et 15 000 tonnes par an. Un industriel français s’est également montré intéressé pour héberger cette technologie.
La fibre de cellulose semble bénéficier depuis peu d’un contexte plus favorable en Europe : une compétitivité de la matière première recyclée par rapport à de la matière vierge, suite aux restrictions chinoises d’importation, et une croissance de la demande liée au secteur de l’e-commerce. Pour l’industrie papetière et les cartonniers, cette situation offre l’opportunité d’intégrer plus de matière à recycler. C’est aussi un lourd défi, celui de rester innovant et de garantir au produit une qualité toujours élevée, en conformité avec les règles environnementales et sanitaires.
A savoir :
Les produits fibreux sont recyclés autour de 60 % et représentent 60 % de la collecte sélective (20,4 kg de papiers et 11 kg d’emballages papier-carton sont triés par an et par habitant). Ils bénéficient d’une contribution des metteurs en marché de 329 millions d’euros au titre de la REP. Dans le cadre du plan de performance des territoires et de la dernière phase d’appels à projets, un financement de 190 millions d’euros, dont 40 millions d’euros consacrés aux papiers graphiques, vise à renforcer la collecte et de tri de ce flux. L’objectif est de favoriser une séparation entre fibreux et non fibreux pour conserver une meilleure qualité de la matière recyclée et générer moins de perte de matière à l’issue du traitement.
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Crédit : CM
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