La filière de l’événementiel en quête de modèle durable

L’Unimev incite à une meilleure gestion des flux

Chaque année, en France, 4000 salons, congrès et foires déroulent le tapis rouge sur environ 200 sites. Le secteur de l’événementiel représente quelque 7,5 milliards d’euros de recettes directes et indirectes. Pour les organisateurs d’espaces et d’événements, l’empreinte environnementale prend une place croissante. Gestion des déchets, éco-conception des stands et consommation énergétique font désormais partie des coulisses. Depuis deux ans, l’Union nationale des métiers de l’événement (Unimev) propose un calculateur de performance environnementale. En 2019, les priorités d’actions portent sur la gestion des flux et une réflexion sera engagée sur l’opportunité d’une filière REP.

Fini les km de moquettes jetés à la benne tout-venant, les papiers et les canettes qui jonchent le sol dans les allées d’exposition des nouveaux jeux vidéo (ndlr. premières éditions de la Paris Games Week, il y a dix ans). A part quelques débordements de poubelles, observés encore à l’occasion, le monde de l’événementiel améliore son image et son empreinte carbone, en gérant mieux ses déchets mais pas seulement. A l’Unimev, une feuille de route sur le développement durable et la RSE existe déjà depuis quelques années. En 2016, un calculateur de performance a même été créé au service des organisateurs de salon. Cet outil web évalue les événements sur les volets économique, fiscal, social, environnemental, scientifique et médiatique. Les données recueillies permettent d’analyser et piloter la performance à l’échelle des événements, des sites et des territoires.

Bacs à déchets sur Heavent Paris

La version 2 du calculateur a été développée avec Deloitte sur le volet logiciel de reporting. Elle devrait être opérationnelle d’ici à la fin de l’année (lecalculateur.fr). Principales nouveautés : la possibilité pour un organisateur d’événement d’estimer le montant des affaires conclues entre exposants et visiteurs, et une simplification des critères environnementaux demandés pour l’évaluation réelle (flux générés, consommation énergétique, équipements de réemploi utilisés etc.) post-événement. « Notre nouvelle méthodologie permet au final de mesurer et de convertir les indicateurs financiers en indicateurs de tonnages carbone, explique Vincent Larquet, directeur Stratégies et Développement durable à l’Unimev. Cette évolution a pu se faire grâce notamment à la banque de données publiques, Base Carbone, de l’Ademe. Cela fait de notre calculateur un outil d’estimation par grandes masses, unique au monde depuis 2014 ».

Opportunité d’une REP

 

En 2019, l’Unimev a défini l’économie circulaire comme une action prioritaire. Pour Emmanuelle Coratti, présidente de la Commission éthique RSE et DD, la gestion des déchets est particulièrement visée : « nous allons lancer une étude et réaliser des tests de recyclage sur certains consommables tels que la moquette et la signalétique. Ces déchets générés en grandes quantités sur les salons nécessitent une logistique et une préparation adaptées pour lesquelles, il faut également trouver un modèle économique viable. Si l’on préconise l’uniformisation d’un système de collecte et de pré-traitement, il faut déterminer un partage des coûts équitable ». Pour favoriser l’adhésion à cette démarche, l’Unimev travaille à la mise en œuvre d’une diffusion des bonnes pratiques. L’idée d’une REP pour mieux accompagner la filière sur toute la chaîne de valeur est également en réflexion : « nous sommes au tout début de notre recherche. Une étude intégrant toutes les parties prenantes sera réalisée en cours d’année prochaine, afin de mettre dans la balance les risques et les leviers d’un tel dispositif », explique Emmanuelle Coratti.

Première charte d’engagement

Autre temps fort dans ce domaine, l’engagement de la filière qui s’est traduit en février dernier par la signature d’une charte. Une dizaine d’entreprises* ont répondu à l’appel en se fixant trois objectifs d’ici à 2025 : la diminution de 50 % des déchets mis en décharge, le recyclage de 100 % de la moquette après utilisation, la redistribution des surplus alimentaires. Pour Béatrice Easthman, fondatrice du cabinet de conseil Green Evénements à l’initiative de cet engagement et soutenue par l’Unimev et l’Institut de l’Economie Circulaire, la charte devrait en 2019 élargir son périmètre à de nouveaux acteurs et intégrer d’autres objectifs inspirés de la FREC. Créé en 2009, Green Evénements conseille les organisateurs dans leur stratégie de développement durable, les accompagne dans leur certification ISO 20121 (gestion durable des événements tout au long de leur cycle de vie) et organise une journée annuelle de l’événement responsable, Le Ouaï, avec l’association MPI (Meeting Professional International). La prochaine édition aura lieu le 15 février 2019 à Paris pour faire le point sur les engagements de la filière et progresser sur de nouveaux indicateurs. Un prix de l’économie circulaire y sera en outre décerné.

La location de mobilier, une tendance de fond

« A l’époque de sa création, Green Evénements débarquait dans un monde où la transition écologique n’était pas une priorité. La sensibilisation à l’environnement, à l’impact carbone, à la gestion des déchets a émergé quelques années plus tard. Aujourd’hui, nous sommes en plein dedans, et les demandes des organisateurs de salons, des gestionnaires de sites, et des collectivités le prouvent » affirme Béatrice Eastham qui se voit surtout comme catalyseur des meilleures pratiques pour une transition écologique réussie. Le Ouaï sera aussi l’occasion de publier un baromètre du nombre d’acteurs certifiés, sachant que la France vient de dépasser le Royaume-Uni sur la norme ISO 20121, et arrive en tête du classement mondial.

Gestion des déchets, l’enjeu 2019

 

Organisateur d’événements et prestataire dans l’équipement et l’aménagement de stands, GL Events gère aussi vingt sites en France dont Eurexpo, tous certifiés ISO 14 001 depuis 2012. « Notre porte d’entrée environnementale en 2009 a été l’éco-conception, en relation avec nos prestataires, et standistes », souligne Emmanuelle Coratti, qui a aussi la casquette de directrice Développement Durable chez GL Events. En 2017, son programme Think Green lancé en 2009, fait la part belle à la prévention et à la gestion des déchets. L’an dernier, 12 134 tonnes ont été produites sur les sites événementiels et de logistique. Sur ce gisement, 62,5 % représente les déchets non triés. Le bois constitue 19,2 % du flux, contre 2,5 % pour la moquette. Ce produit fait pourtant l’objet de toutes les attentions. Passer du jetable au réutilisable, tel est l’objectif des tests lancés en 2017 sur sept salons en France : Tradexpo, Enova, ConextLille, salon Habitat de Toulouse, Viving Brest, Equita, AvenirLogistique, avec l’objectif de généraliser cette démarche à la filière et de réaliser des opérations de recyclage avec de nouveaux prestataires. Des discussions sur la création de partenariats avec des éco-organismes sont en cours.

Le pré-Pollutec2018 sur le stand de l’Ademe

Depuis un an, Valdelia, la filière de gestion des déchets d’ameublement professionnel, se charge ainsi de gérer le mobilier post-salon sur le site d’Eurexpo à Lyon. En quelques mois, près de 200 tonnes de déchets ont été récupérées et traitées gratuitement. Pour Emmanuelle Coratti, les prises de conscience sont enclenchées ; reste à les mettre en application à l’unisson et à lever les dernières contraintes organisationnelles et psychologiques : « nous n’avons pas encore assez de recul pour évaluer les progrès réalisés. L’essentiel est de constater que l’ensemble de la filière est désormais d’accord pour s’engager sur cette voie ».

Pollutec, vitrine et partie prenante

 

Salon emblématique, parce qu’intrinsèquement lié aux éco-technologies, Pollutec (Lyon) fête cette année ses 40 ans. « La prise de conscience, pour nous remonte à 2010, lors de notre premier bilan carbone, rappelle Stéphanie Gay-Torrente, directrice des salons Pollutec et World Efficiency. Nous avons constaté que 92 % de nos émissions CO2 provenaient des visiteurs et exposants dont 50 % à l’international. Si sur ce critère, il n’y a pas grand-chose à faire, sauf sensibiliser le public à voyager en train et en tramway jusqu’au site d’exposition, nous avons pu impulser d’autres leviers ».

C’est surtout le travail entre Reed Exposition France, organisateur de Pollutec et Eurexpo, le site d’accueil lyonnais géré par GL Events, qui a permis de faire évoluer les pratiques. Depuis la dernière édition de Pollutec en 2016, les lieux de restauration pendant le salon promeuvent le zéro plastique dans les produits emballés à emporter. Un travail de coopération a été noué avec des structures locales comme le Chaînon Manquant pour valoriser les invendus et prévenir le gaspillage alimentaire. Depuis dix ans, le salon opte pour une moquette recyclable, même si un peu plus chère. Elle est revalorisée ensuite dans de nouvelles applications pour l’industrie automobile.

Préparatifs sur Pollutec2018

Les déchets générés sur place par le montage et le démontage des stands font l’objet d’une attention particulière. Composés de cartons, métal et bois, ces flux sont gérés au final par Eurexpo qui les confie au prestataire local de collecte, le groupe RDS. Toute la difficulté est de sensibiliser les exposants et les standistes au tri des matériaux en amont et de cibler les responsabilités de chacun dans cette démarche. « Depuis environ dix ans, en partenariat avec l’Ademe, Pollutec pousse à l’utilisation d’équipements modulaires en vue de leur réemploi. Cela permet un allongement de la durée de vie de certains mobiliers et une économie financière non négligeable. L’utilisation de mobilier en carton il y a quelques années me semblait un non sens écologique et économique, car utilisé une seule fois » avoue Stéphanie Gay. Le réemploi a désormais trouvé sa place dans l’organisation du salon. Pour la première fois cette année, Pollutec fait appel à deux acteurs lyonnais, les associations Mineka pour récupérer le bois (tasseaux, planches et palettes) et Frich’Market pour reprendre les tubes cartons des rouleaux de moquette.

Grand Paris impulse des démarches vertueuses

 

Chez Viparis, la démarche se précise avec des objectifs à la clef. La création de cette société en 2008 par la Chambre de commerce et d’Industrie de Paris Ile-de-France et Unibail-Rodamco-Westfield a permis de regrouper les dix sites événementiels majeurs du Grand Paris dont Paris Expo Porte de Versailles et Paris Nord Villepinte. En 2017, Viparis a accueilli 45 000 exposants, neuf millions de visiteurs et plus de 300 salons et congrès. En 2014, Viparis est le premier acteur de l’événementiel au monde à être certifié ISO 20121 sur l’ensemble de ses sites et de son activité. En 2018, Viparis va plus loin avec son programme Better Events Viparis 2030. Doté d’objectifs chiffrés, cette nouvelle feuille de route repose sur quatre piliers « visant à réduire notre empreinte écologique, offrir des solutions pour une mobilité plus douce, créer de nouveaux partenariats durables et innovants pour une pleine intégration de nos sites dans les territoires, avec la mobilisation de tous les collaborateurs » explique Catherine Phin, responsable développement durable chez Viparis.

Le stand de Viparis sur Heavent a été éco-conçu et fait une large place au réemploi

Parmi les objectifs clefs : réduire de 50 % les émissions de CO2 d’ici à 2030, de 70 % l’empreinte carbone liée à l’exploitation des actifs immobiliers, passer à 100 % en électricité verte, atteindre 70 % de déchets valorisés et appliquer sur l’ensemble des sites, une charte de biodiversité. « Ces taux ne partent pas de rien ; nous avons modélisé ces objectifs à partir de situations réelles. Ainsi, au Palais des Congrès de Paris dont nous sommes le gestionnaire, les performances de tri et les moyens mis en œuvre nous ont guidé. Nous avons même rédigé un parcours déchets sur la base de nos pratiques actuelles » souligne Catherine Phin. La collecte des déchets est réalisée en trois phases : le montage, l’exploitation et le démontage. Toutes ces opérations génèrent des flux spécifiques pour lesquels, il faut des conteneurs et une organisation adaptés (taille des bacs, points de collecte fixes et mobiles). Il y a un an, Viparis a lancé des ateliers sur l’économie circulaire avec ses clients, prestataires et standistes : « ces ateliers ont contribué à lancer une nouvelle dynamique pour que les acteurs de la filière s’emparent du sujet de la gestion des déchets. Les questions d’éco-conception s’appuyant sur des outils comme les matériauthèques ou le réemploi d’équipements modulaires constituent une tendance de fond que nous encourageons fortement », souligne Catherine Phin.

Changer de modèle économique

 

Des tests de tri réalisés sur des sites parisiens sont en cours d’analyse. Ils s’inscrivent dans un plan d’actions sur les déchets de grande envergure, soutenu par Unimev. Quatre flux sont notamment passés à la loupe en termes d’éco-conception, de réemploi et de recyclage : la moquette, la signalétique, le bois et le coton gratté. « Nous devrions en tirer les premiers enseignements d’ici fin décembre. Ce qu’il ressort d’ores et déjà de cette démarche, c’est une demande de changement organisationnel et de modèle économique », constate Béatrice Eastham. Selon la présidente de Green Evénements, l’une des préoccupations majeures qui émergent dans l’événementiel concerne surtout la phase de démontage : « les filières de traitement et de valorisation existent, ce n’est donc pas insurmontable. Les acteurs du secteur sont conscients que les contraintes de temps, les mauvaises habitudes et l’organisation logistique actuelle représentent des obstacles. Ces exemples montrent bien qu’il va falloir s’orienter rapidement vers d’autres modèles économiques en s’appuyant sur de la mutualisation et une meilleure répartition financière ». Aujourd’hui, les dispositifs mis en oeuvre sont aussi nombreux que les salons et les lieux d’accueil. L’objectif de cette industrie de l’éphémère  est de réussir à simplifier et harmoniser les procédures. Intégrer l’économie circulaire dans l’événementiel va sans doute nécessiter une mutation en profondeur des métiers qui le composent.

* Association professionnelle Créalians, Association professionnelle des Traiteurs de France, Hopscotch, Millenium, Mondial de l’Auto, Salon International de l’Aéronautique et de l’Espace, JMT, Exponantes, Sensation !, Eko events, Art event, Réseau ecoévénement.

Crédit : Pollutec, All4Pack, CM

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