Quel point commun entre des toiles usagées de parapente, de parachute, de kitesurf ou encore de voiliers de course ? Le projet Re’Fly. A l’origine, quatre partenaires dont la start-up Cycl-add se penchent actuellement sur le recyclage de ces matériaux. Le projet étudie les opportunités de collecte et de valorisation dans de nouvelles applications sportives. Avec l’ambition de boucler la boucle.
Tout est parti d’une réflexion entre la start-up Cycl-add, localisée à Maillat dans l’Ain, et son voisin géographique Supair, principal vendeur de parapentes en France, situé à quelques encablures près d’Annecy : comment l’activité de parapente pourrait-elle devenir encore plus écologique en valorisant ses toiles usagées ? Fabriquées à partir d’un composite PA et polyester, les voiles de parapente ont une durée de vie moyenne de quatre ans, pour un coût d’investissement au départ d’environ 4000 euros. Aujourd’hui, le gisement de ces toiles usagées tourne autour de 200 tonnes. Même si cela reste un petit flux pour l’instant, il est pertinent d’innover dans le recyclage de ces matières pour plusieurs raisons, explique Hervé Guerry, président et co-fondateur de Cycl-add : « tout d’abord la sensibilité environnementale des usagers de ce sport conforte fédérations et clubs à se mobiliser vers une action plus structurée et à réfléchir sur une dynamique sociale et économique dans ce domaine. Ensuite, le parapente n’est pas le seul équipement à pouvoir entrer dans une filière de valorisation. D’autres sports génèrent des matériaux similaires susceptibles de gonfler le gisement ». Enfin il s’agit d’une opportunité technologique qui s’appuie sur des circuits courts et des points de collecte bien identifiés pour approvisionner une éventuelle unité de traitement.
Grâce à l’expérience reconnue de Cycl-add dans la production de charges ou d’additifs à partir de déchets, le projet Re’Fly travaille à la mise en place d’une chaîne de récupération des parapentes et parachutes usagés, ainsi que les moyens industriels pour les recycler dans de nouveaux composants de voiles ou sellettes de parapente. Et ainsi boucler la boucle. Le projet est mené aujourd’hui conjointement avec le fabricant de tissus techniques, Porcher Sport et la Fédération Française de Vol Libre (FFVL). Validé dans le cadre du programme Innov’R Auvergne Rhône Alpes, Re’Fly est financé par l’Ademe à hauteur de 45% des coûts de la première phase d’étude de faisabilité. Dans le cadre de ce partenariat, la FFVL et la société Supair étudient les solutions de collecte, tandis que Porcher et Cycl-add s’occupent de la faisabilité technique du recyclage de matériaux et des débouchés.
Une unité de traitement dans trois ans
Cela s’est d’ores et déjà traduit par la réalisation de plusieurs tests de broyage, de compression, d’injection ou d’extrusion. Re’Fly a également l’ambition de favoriser le déploiement de la collecte et de la valorisation en Europe et vers d’autres types de voiles utilisant des matériaux similaires. Car l’enjeu va bien au-delà du recyclage des parapentes, puisque toutes les voiles utilisent les mêmes types de matériaux : le polyamide enduit. Le projet peut ainsi s’étendre aux parachutes sportifs et militaires, aux toiles de delta, de montgolfières, cerf-volants et spinnakers. « Aujourd’hui, d’autres acteurs comme la fédération allemande de parapente s’intéressent à notre démarche, se réjouit le président fondateur de Cycl-add. Nous sommes en train de discuter également avec l’armée pour récupérer et recycler les toiles de parachutes. Ce qui semble intéressant ici, c’est qu’il existe des gisements potentiels dispersés dans plusieurs secteurs mais au final assez faciles à capter ».
Les partenaires du projet se donnent jusqu’à juin 2019 pour mener les essais techniques et septembre 2019 pour démontrer la faisabilité d’une filière de recyclage de toiles et voiles techniques sportives. En parallèle, l’enjeu est de prouver la viabilité économique d’une telle filière. Pour cela, les partenaires du projet réfléchissent à un modèle économique durable intégrant par exemple une labellisation éco-responsable des clubs et la mise en œuvre d’une éco-contribution de tous les acteurs de la chaîne, depuis le fabricant jusqu’au consommateur. La pérennisation d’une filière de recyclage dans ce domaine, en France et en Europe, devra passer par une réorganisation de la logistique et un partage des coûts, affirme Hervé Guerry. Au regard des résultats prometteurs des essais effectués, Cycl-add pourrait envisager le démarrage d’une unité spécifique de valorisation sur son site de l’Ain d’ici à trois ans. « C’est un recyclage de niche certes, mais construit à partir d’une coopération entre acteurs d’un même territoire, favorisant le développement de PME et d’emplois locaux » insiste Hervé Guerry.
Si le monde sportif, et en particulier ses usagers, est de plus en plus sensible aux préoccupations environnementales, dans la pratique, on est encore loin d’une industrie vertueuse. Cette démarche sur le recyclage des voiles et toiles techniques représente malgré tout un premier pas vers l’économie circulaire, car ici les matériaux issus d’équipements sportifs sont recyclés pour réintégrer de nouvelles pièces du périmètre sportif. Paradoxalement, ce secteur d’activité utilise des matières ultra-techniques à base de composites, souvent non recyclables, ainsi que des substances toxiques, et dont la fin de vie des produits reste très peu prise en compte. De la plaisance, à la pratique du ski, du golf ou du tennis, l’économie circulaire n’a pas encore pris totalement ses marques. Pour autant, les innovations technologiques ont rendu ces activités accessibles au plus grand nombre et en font aujourd’hui un marché très lucratif. Alors que la réduction de l’empreinte écologique devient stratégique pour de nombreuses industries, gage d’innovation et de compétitivité, l’industrie du sport pourrait à son tour freiner l’écart entre l’image écologique qu’elle véhicule et des pratiques de production pas toujours vertueuses.
A lire aussi :
« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »