Le réemploi pour lutter contre la pollution plastiques

Au programme d’un traité international pour 2024

Pour combattre la pollution plastique à l’échelle mondiale, un traité juridiquement contraignant issu d’une résolution de l’Assemblée des Nations unies pour l’environnement, devrait voir le jour en 2024. Il comportera plusieurs mesures portant sur l’ensemble du cycle de vie des plastiques. Parmi les solutions soutenues par la France, le réemploi des produits plastiques à courte durée de vie. Pour PlasticsEurope, le développement de cette pratique est pertinent pour les emballages, sous certaines conditions.

La production mondiale de plastiques atteint actuellement 430 millions de tonnes chaque année et pourrait tripler d’ici 2060, au rythme actuel du marché selon l’OCDE. Sur ce volume, deux tiers sont des produits à courte durée de vie, tels que les produits à usage unique et les emballages. Un traité international pour réduire la pollution plastiques est en préparation. Alors qu’une deuxième session  des négociations (sur cinq au total) est organisée à Paris du 29 mai au 2 juin 2023, tout l’enjeu pour les 175 délégations présentes, soit près d’un millier de négociateurs, sera d’identifier et de cadrer le contenu du futur traité. Pour l’organisation professionnelle Plastics Europe, les mesures contraignantes devront être définies ainsi que les règles pour chacun des pays qui ne sont pas au même niveau de pollution plastique. Et de rappeler que la gestion globale des déchets doit être posée, car cela ne concerne pas que les plastiques, surtout dans les pays en développement. « Lorsqu’on parle de pollution aux plastiques, on ne parle pas des autres matières plus ou moins visibles, qui se retrouvent dans la nature, faute d’infrastructure suffisante de collecte et de recyclage » indique Jean-Yves Daclin, directeur général de Plastics Europe France.

La réutilisation seule ne suffit pas

En réalité, le sujet n’est pas si simple. Les bénéfices du plastique sont multiples sur le plan sanitaire, de l’hygiène, ou de la sécurité alimentaire. Mais son omniprésence dans l’environnement et dans les océans oblige les Etats à agir de manière collective. En amont du traité international contre la pollution plastiques, un rapport du Programme environnemental des Nations-Unies, intitulé « Turning off The Tap » (Fermer le robinet – Comment le monde peut mettre un terme à la pollution plastiques et créer une économie circulaire) apporte quelques pistes en faveur d’une économie circulaire des plastiques à grande échelle. Cela doit passer tout d’abord par la réutilisation des produits à courte durée de vie, une accélération du recyclage et une diversification des sources de production. Pour PlasticsEurope, la réutilisation mise en place en France et en Europe est pertinente pour réduire la production de déchets. « Pour autant, il faudra s’assurer que ces actions soient bénéfiques pour l’environnement, en termes de logistique, de collecte, de lavage, grâce à la réalisation d’ACV », explique Jean-Yves Daclin, pour qui, il n’existe pas de solution unique pour régler le problème mais une combinaison de mesures adaptées à chaque pays. En outre les systèmes de réutilisation nécessitent des services et des infrastructures qui ont disparu depuis plusieurs décennies. Des incitations fiscales pourraient soutenir la transition jusqu’au retour de cette pratique.

Courte durée de vie

 

En mettant l’accent sur le réemploi des plastiques, le PNUE évoque notamment les plastiques de courte durée de vie. L’enjeu est de taille puisque selon l’OCDE, les déchets plastiques de courte durée de vie sont majoritaires à 67 %. Ce réemploi s’adresse notamment aux emballages. Cela va de la distribution en vrac aux dispositifs de retours et de consigne pour les bouteilles d’eau, les boîtes et sacs alimentaires. Pour ne pas augmenter l’utilisation des plastiques en 2040 au niveau actuel, le rapport propose de supprimer les plastiques non indispensables (9 % en moins du poids) et passer au réemploi et à d’autres modèles de distribution (22 % de réduction). Le rapport du PNUE préconise de commencer par desproduits plastiques et des structures où le changement peut être le plus simple et rapidement efficace, souligne le rapport, comme les bouteilles et les sachets, le petit commerce et la restauration rapide. Pour Jean-Yves Daclin, le réemploi peut être intéressant s’il n’expose pas à des risques sanitaires et d’hygiène, notamment dans le cadre d’achats en vrac de produits frais : « là encore, il faut se pencher sur le dispositif logistique dans sa globalité : faut-il laisser le consommateur laver son contenant avec le risque d’une contamination et dans ce cas là qui est responsable ? ou bien mettre en place un système de retour et de lavage industriel sûr ?

Douze millions d’emplois à la clef

D’un point de vue économique, une plus grande circularité des plastiques pourrait ainsi créer à l’horizon 2040, plus d’emplois sur l’ensemble du cycle de vie des plastiques, que les modèles économiques actuels, soit 12 millions de postes contre 7,2 millions aujourd’hui. Le secteur de la réutilisation pourrait ainsi engendrer la création de 1,4 million d’emplois, tandis que la collecte et le tri porteraient sur 4,8 millions d’emplois et le recyclage (mécanique et chimique) sur 250 000 postes. Le rapport du PNUE indique que l’accélération du marché des plastiques réutilisables d’ici 2040 peut engendrer de nouvelles activités économiques et de l’emploi, et en même temps, une réduction de la demande de nouveaux plastiques de l’ordre de 30 % ainsi qu’une baisse de la pollution plastiques de 30 %.

Réorganiser la chaîne de valeur

 

Par ailleurs, le rapport énumère pour chaque acteur de la chaîne de valeur, les impacts d’un modèle basé sur la réutilisation. tout le monde n’est pas logé à la même enseigne, mais au final, les gagnants sont plus nombreux. Ainsi, chez les producteurs de polymères, la baisse d’activité vers les plastiques de courte durée de vie pourrait conduire à plus d’innovation vers de nouvelles résines. Les transformateurs de plastiques verraient leur production décroître mais pourraient envisager un nouveau business model vers du « polymer leasing ». Les manufacturiers pourraient concevoir des produits plus sûrs et durables tandis que les fournisseurs de solutions de réemploi auraient l’occasion ce secteur d’activité. Seule ombre au tableau, les commerçants devront réorganiser leurs espaces de vente pour le retour des emballages ; pas si simple pour les petites surfaces. Mais les pays en développement, promoteurs du réemploi, auraient l’opportunité de créer plus d’emplois peu qualifiés pour réduire la pauvreté. Dans certains pays, la collecte informelle de déchets plastiques jetables fait vivre des centaines de familles. Au cours de cette transition, le rapport mentionne de possibles tensions, d’où la nécessité d’intégrer très en amont les populations concernées par ce changement. Les coûts de bascule vers des systèmes de réemploi ne doivent pas non plus être sous estimés : autour de 609 milliards de dollars entre 2021 et 2040 (source The Pew Charitable Trusts and Systemiq 2020). Le partage des emballages et la mutualisation d’une logistique retour pourraient compenser les pertes à moyen terme. Cela n’empêchera pas un investissement important des industriels pour accompagner la transition. Les dispositifs basés sur la REP et mis en place en Europe font partie des moyens plébiscités car ils créent des systèmes incitatifs pour orienter les chaînes logistiques et les habitudes des consommateurs. Le rôle des gouvernements est donc essentiel dans ce contexte, pour encadrer des stratégies politiques claires et planifier progressivement cette mutation.

Paris sous les projecteurs

La deuxième session des négociations à Paris, du 29 mai au 2 juin 2023, sera l’occasion pour le gouvernement français de vanter son action contre les plastiques à usage unique. Non seulement par la mise en lumière de sa loi AGEC, mais aussi en présentant plusieurs solutions lancées récemment ou en cours, comme la vaisselle réutilisable en restauration rapide, le réemploi des emballages, la création d’emballages standards et le recours à la consigne. Après le cadre réglementaire européen, l’Etat français compte passer au niveau supérieur : être source d’inspiration pour la communauté internationale dans son combat contre la pollution plastiques.

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