Il y a dix ans, le traitement des emballages légers métalliques faisait son apparition dans les centres de tri. L’expérimentation soutenue par Citeo et le Celaa (Club de l’emballage léger en aluminium et acier) a donné naissance au Projet Métal. Aujourd’hui, 28 centres de tri sont équipés pour séparer ces petits métaux ; le double devrait suivre d’ici à 2022, année de fin d’agrément pour Citeo et de généralisation des consignes de tri en France. Personne ne sait si les soutiens se poursuivront dans le prochain agrément, mais tout le monde l’espère.
En 2009, en plein essor sur le marché des dosettes de café et conscient de l’impact environnemental généré, le groupe Nespresso lance une expérimentation de recyclage des petits emballages métalliques, dont les capsules de café en aluminium dans quatre centres de tri. Pour ce faire, il rassemble des acteurs publics (Ademe, Citeo, Association des Maires de France) et privés (Bel, Coca-Cola, Syndicat de la Boîte Boisson) pour créer le Club de l’emballage léger en aluminium et en acier. Celui-ci lance le Projet Métal en 2014, en vue de déployer la collecte et le recyclage des petits aluminium partout en France. Ce développement bénéficie de soutiens financiers de Citeo (400 euros la tonne majorés des soutiens à la performance jusqu’à 200 euros la tonne) et de Nespresso via un fonds de dotation (300 euros la tonne). En 2019, 28 centres de tri étaient équipés d’une ligne spécifique de traitement, couvrant ainsi 30 % de la population. Bilan de l’opération : 1000 tonnes de matière recyclée, soit une hausse de 44 % des petits emballages en aluminium entre 2017 et 2018. Cela représente 8 % du gisement d’aluminium global recyclé, comprenant déjà les canettes, les aérosols et les boîtes de conserve.
Le dispositif Projet Métal intégré dans l’agrément de Citeo jusqu’en 2022, devrait s’élargir à une trentaine de centres de tri supplémentaires d’ici là. Estimation du gisement recyclé supplémentaire, compte tenu des capacités de traitement globales des centres de tri concernés et du contexte socio-géographique : au moins 2000 tonnes par an. Dès le premier semestre 2020, six nouvelles collectivités vont rejoindre le Projet Métal : Brest, Lens, Limoges, Lyon, Montpellier, Nantes. Pour Nespresso et consorts, l’enjeu économique est de taille. Pour continuer de développer la commercialisation des dosettes de café, sans être critiqué sur son empreinte carbone, des solutions de recyclage s’imposent. D’autant que ces produits ne sont pas considérés comme des emballages, et ne contribuent pas au point vert. Capsules de bouteilles, dosettes de café ou de thé, gourdes de compote, emballages de fromage frais ou de chocolats, bougies chauffe-plat ou plaquette de médicaments, le volume potentiel à recycler est de 43 000 tonnes d’emballages, soit 50 % du gisement total des emballages en aluminium mis sur le marché en France chaque année. Mélangé à d’autres matériaux légers (papier, plastique), ce flux fait partie des refus de tri, et porte sur les matières et produits inférieurs à 50 mm.
+ 30 % de flux traités en quatre ans
Pour capter les métaux de ce calibre, une ligne dotée d’un courant de Foucault pour séparer l’aluminium et d’un overband pour l’acier a été ajoutée aux installations de tri des emballages ménagers. L’aluminium domine le flux, mais les centres trient également une fraction en acier que l’on trouve dans le flux des déchets collectés, mais qui ne sont pas des emballages (piles, briquets) et qui peuvent entraîner des accidents (incendies, explosions) sur l’installation. Selon Jean Hornain, directeur général de Citeo, le tri des petits métaux dans la poubelle jaune a d’ores et déjà permis de collecter plus d’aluminium (+50%) et d’acier (+10%), même si beaucoup de petits emballages finissent encore dans les poubelles grises et donc non recyclés. Mais c’est une autre histoire. Parmi les premiers sites à effectuer ce traitement, le centre de tri de Pizzorno au Muy dans le Var. « Dès 2009, nous avons intégré cette activité ce qui nous a permis d’augmenter nos performances de traitement de 30 % en quatre ans, souligne Hervé Antonsanti, directeur de branche Valorisation – Traitement. Nous recyclons environ 80 tonnes par an de petits emballages métalliques ». Depuis l’an dernier, Pizzorno propose la même solution sur son site de Grenoble. Pour la direction, c’est avant tout un excellent vecteur de communication pour simplifier la collecte des emballages et la rendre plus performante.

Aujourd’hui, l’outil de tri mis en place il y a dix ans commence à vieillir. L’opérateur a décidé de réindustrialiser son installation moyennant un investissement de 150 000 euros pour 2020. A priori, les soutiens de Citeo, et des industriels engagés devraient se poursuivre au moins jusqu’en 2022. Après, le contexte est un peu flou, même si Nespresso se dit fermement engagé à continuer de promouvoir la filière de recyclage. « Nous sommes liés à l’agrément de Citeo qui court jusqu’en 2022 mais je confirme que notre objectif est de poursuivre l’extension de la filière collective sur le territoire français car le geste de tri des citoyens est largement simplifié grâce à cette filière, insiste Hélène Coulbault, responsable RSE chez Nespresso. Notre fonds de dotation, d’un budget global de cinq millions d’euros, a même été élargi à de nouveaux fabricants de dosettes ». Fin 2019, Nespresso France, Nestlé France et Jacobs Douwe Egberts (JDE) France ont en effet créé un GIE Alliance pour le Recyclage des Capsules en Aluminium, qui remplace ainsi le fonds de dotation. D’autres producteurs de dosettes café devraient le rejoindre. Ensemble, ces acteurs majeurs du café souhaitent développer leur marché et dans le même temps, le réseau de collecte et de recyclage de leurs capsules usagées. En France, plusieurs centaines de points de collecte sont prévus dans différentes enseignes de grande distribution, en plus des 5000 points de collecte présents dans ses boutiques, déchèteries et points relais.
Matières reprises à coût zéro
« Espérons que nos investissements dans le tri de cette fraction soient toujours aidés par le Projet Métal. L’activité est à l’équilibre car elle est financée, sinon, elle ne serait pas rentable. Les coûts de traitement ne sont pas du tout compensés par la vente des matières, celles-ci étant reprises à coût zéro », souligne Romain Pélissou, directeur du recyclage au Syctom Paris. L’Ile-de-France fait partie des régions pionnières avec l’équipement du centre de tri de Nanterre en 2012. Le Syctom a décidé lors de travaux de rénovation d’intégrer une ligne de traitement pour les petits emballages métalliques, pour un investissement total de 200 000 euros, incluant le matériel et la réorganisation du centre de tri. Rapidement, d’autres centres de tri du syndicat de traitement ont suivi comme celui de Romainville en 2015. En 2019, le centre de paris 17 est entré dans la boucle tandis que le centre Paris 15 monte en charge. A Sevran, le centre de tri devrait les rejoindre en 2021.

En 2019, le Syctom a recensé 194 tonnes de petits emballages métalliques traités sur trois de ses centres de tri (dont une majorité venant de Romainville). Ce flux représente 0,20 % du gisement entrant. Pour Romain Pélissou, les metteurs en marché doivent continuer de soutenir cette filière et les centres de tri qui sont obligés de moderniser leur installation de tri après dix ans de service. C’est le cas sur le site de Nanterre, en cours de travaux, qui passera en 2021 de 40 000 à 50 000 tonnes par an de capacité de traitement. A ce titre, la ligne de tri des petits emballages métalliques sera également rénovée. Pour l’instant, les soutiens ont été renouvelés jusqu’en 2022.
Pyrolyse et fonderie
Actuellement, les flux issus des centres de tri sont recyclés par pyrolyse. Cela permet de récupérer correctement l’aluminium en vue de le réutiliser et brûler les indésirables (papier, plastique). Trois sites accueillent cette fraction : RVM près de Chartres, petite unité dont les performances ne sont pas satisfaisantes pour traiter l’ensemble du gisement et surtout deux sites industriels en Allemagne (Alunova et Pyral), les seuls en Europe, qui commencent à saturer. Le Celaa en partenariat avec France Aluminium Recyclage, et des fabricants d’emballages souhaitent promouvoir la création de nouvelles unités de pyrolyse en France.
Pour l’instant, pas de projet concret, mais la situation devra forcément évoluer, selon le groupe Paprec. D’ici à fin 2020, celui-ci disposera de dix centres de tri équipés pour collecter les petits alus. Ces centres totalisent une capacité de 500 000 tonnes annuelles de déchets entrants. La quantité de la fraction légère métallique est estimée entre 1000 et 1500 tonnes, soit environ 0,20% de l’entrant. « Nous encourageons les principaux opérateurs français à se pencher sur le sujet, déclare Delphine Thiebaut consultante pour le Celaa, en vue de développer des unités capables de traiter également d’autres gisements comme les chutes de production ou les profilés fenêtres ». Chez Pizzorno, on s’intéresse au sujet depuis plusieurs années, participant aux clubs biogaz et pyrogazéification. « Nous sommes en veille technologique et à l’affût de toute nouvelle expérimentation, affirme Hervé Antonsanti. Mais avant de monter un site industriel, il faudra s’assurer de la fiabilité et de la robustesse de la solution choisie ».
Une filière à grande échelle
L’autre voie de recyclage, plus classique, concerne les gisements de dosettes café récupérés en dehors de la collecte sélective en centre de tri. Ce flux est homogène, composé d’aluminium et de marc de café. En France, à travers la mise en place des points de collecte Nespresso, les dosettes de café sont envoyées en centre de traitement pour séparer le marc de café qui est transformé en compost ou en combustible. La fraction en aluminium est quant à elle compactée et vendue à des affineurs, pour fabriquer de nouveaux lingots d’aluminium pour l’industrie.
Plus de dix milliards de capsules Nespresso sont produites chaque année dans le monde. Mais seulement 27,7% d’entre elles seraient recyclées. Cela signifie que plus de sept milliards de dosettes Nespresso, sans compter les milliers d’autres marques, finissent à la poubelle, sont incinérées ou enfouies. Selon Nespresso, la collecte et le recyclage sont pratiqués dans une cinquantaine de pays, actuellement, là où son marché de dosettes est en forte augmentation. En Belgique, une capsule sur quatre est valorisée depuis 2009 chez Remondis aux Pays-Bas, mais ces produits usagés n’intègrent pas les sacs bleus PMC de collecte, puisque non considérés comme des emballages. Les clients consommateurs de dosettes reçoivent gratuitement un sac de recyclage et Nespresso met à leur disposition 1 000 points de collecte sur le territoire.
En Suisse plus récemment, la chaîne de distribution Migros et Nespresso se sont associé pour la collecte des capsules en vue de leur recyclage. Les dosettes Café Royal de Migros, compatibles avec les machines Nespresso, seront désormais recyclées par la marque de Nestlé. Cela pourrait augmenter le taux de recyclage actuel des capsules en aluminium de 58% à 75% en Suisse, selon les deux entreprises. Les dosettes en aluminium venant de Nespresso et de Café Royal peuvent être ramenées dans les 700 filiales Migros, en plus des 2700 points de recyclage déjà en place en Suisse.
Le Celaa récompense les collectivités
Pour célébrer ses dix ans, le Celaa a décerné le 21 janvier 2020, plusieurs prix aux collectivités engagées dans la gestion des petits emballages métalliques et le Projet Métal. C’est le cas pour le Syded du Lot, récompensé pour ses performances ; le Sivom Yerres et Sénart pour ses actions de sensibilisation au recyclage auprès du jeune public ; le Syctom pour son adhésion de première heure et son suivi d’informations. Plusieurs prix de la Communication ont récompensé par ailleurs Trivalis (Vendée), le Sydetom (66), le Smitred Ouest d’Armor et le Sydevom de Haute-Provence.
A savoir :
Les emballages en aluminium représentent 1,5 % du gisement total des emballages ménagers en France soit 84 000 tonnes. Le gisement est constitué pour moitié d’emballages rigides, le reste étant de l’emballage léger collecté via le Projet Métal.
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Crédits : Citeo, Syctom, Celaa
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