Il y a dix ans, l’entreprise Filatures du Parc, basée dans le Tarn, se lançait dans une aventure unique en France, celle de produire un fil régénéré issu de fibres textiles usagées. Parcours sans faute, pour cette PME familiale de 44 salariés sollicitée aujourd’hui par plusieurs industries. Après l’habillement et l’ameublement, l’entreprise renforce son partenariat avec l’automobile, grâce à ses nouveaux outils de production.
Fabricant de fil cardé depuis 1976 à partir de fibres synthétiques, végétales, animales et issues du recyclage, les Filatures du Parc franchissent cette année une nouvelle étape, ou plutôt concrétisent un projet lancé il y a deux ans avec le constructeur automobile Renault. Le projet Afiler est né de l’idée de valoriser les ceintures de sécurité en textile automobile à forte valeur ajoutée. Il réunit à l’origine Renault, Indra, spécialisé dans le démontage de VHU, les Filatures du Parc et la société Adient, fabricant de sièges et d’intérieurs textiles pour l’automobile.
Un million d’euros dans le défibrage
Les Filatures du Parc n’ont pas lésiné sur les moyens techniques pour mener à bien ce projet. « C’est une vraie opportunité de diversifier notre activité et nos débouchés, explique Gaëtan Vogel, responsable projets à la filature. La PME a investi un million d’euros dans l’installation d’une nouvelle ligne de défibrage, avec un lancement des premières campagnes d’ici à la fin du mois ».

La collecte de ceintures de sécurité est organisée par Renault et son partenaire Indra. Le filateur y intégrera des fibres en polyester issues du recyclage de bouteilles PET ainsi que des déchets textiles de production d’Adient. Ce mélange permettra une meilleure cohérence des fibres entre elles et répondra au cahier des charges du constructeur. Une fois défibré et transformée en fil, ce matériau sera tissé par Adient et destiné à la sellerie ou l’habillage intérieur automobile. L’objectif est bien sûr de boucler la boucle et permettra au constructeur de commercialiser en 2019 un nouveau véhicule incorporant cette matière. Une autre gamme automobile est également dans les tuyaux pour 2021 avec des produits textiles issus du projet.

Pour Renault et les Filatures du Parc, le recyclage n’est pas une découverte. Avec plusieurs programmes de R&D à son actif pour valoriser les réservoirs en polyamide, le verre ou certains textiles, le constructeur automobile recherche des solutions industrielles pour augmenter le taux de recyclage des VHU. De son côté, les Filatures du Parc ont commencé à s’intéresser au sujet il y a environ dix ans, lorsqu’elles décident de déposer un brevet sur le recyclage des vêtements à grosse maille laineuse. L’entreprise ajoute ainsi une nouvelle corde à son arc, qui de fil en aiguille, va se développer au sein de son activité. Aujourd’hui, 40 % de son chiffre d’affaires (près de 4 millions d’euros en 2017) sont constitués de la vente de fils régénérés.
Un travail en direct avec les marques
De l’habillement à l’ameublement, les Filatures du Parc produisent environ dix tonnes de fil par jour et disposent d’un catalogue de quarante qualités de fils dont une dizaine de fils recyclés. L’établissement s’est peu à peu fait connaître, grâce à la confection de ce fil recyclé de qualité, qui peut se décliner en un produit 100 % régénéré ou associé à d’autres fibres en mélange. Principal avantage, aucun colorant ajouté. Le coloris est choisi à partir des fils recyclés, stockés et triés par couleur.

Depuis quelques années, l’entreprise connaît un franc succès auprès des enseignes de prêt-à-porter qui souhaitent lancer une gamme de vêtements écologiques, même si ce succès n’a pas été tout de suite au rendez-vous. « Malheureusement, plusieurs partenariats ne se poursuivent pas, souvent pour des raisons économiques », souligne Gaëtan Vogel. Pour certaines marques, c’est un formidable coup de pub mais qui a long terme, n’est pas viable. Un fil produit en France issu du recyclage reste toujours plus cher qu’un fil vierge fabriqué à l’autre bout de la planète. Pour autant, les Filatures du Parc travaillent avec des industriels fidèles. C’est le cas de Patagonia, spécialiste du sportswear haut de gamme ou encore de Cepovett, fabricant de tenues professionnelles qui a développé un programme de recyclage spécifique avec la PME. A cela s’ajoute depuis quelques temps, l’engouement des administrations pour des achats plus responsables. Des partenariats sont réalisés avec La Poste, le groupe RATP ou encore la gendarmerie nationale. Les Filatures du Parcs ont fait le choix de travailler en direct avec les industriels qui ont un projet dans ce domaine. C’est pourquoi, la PME consacre près 10 % de son chiffre d’affaires à la R&D. Certains projets toutefois sont soutenus par l’Ademe. C’est le cas du projet Afiler, d’un coût de 2,5 millions d’euros, et financé à 50 % par l’agence de l’environnement.
Fort de son expérience et principal acteur sur ce marché, le filateur de Brassac ne veut pas s’arrêter en si bon chemin. Un chantier de plus grande envergure est à l’étude, toujours en relation avec le secteur automobile. Il porterait sur de nouveaux produits techniques à valoriser, avec à la clef, de gros volumes. L’entreprise ne cache pas son désir de capter l’attention d’autres secteurs industriels comme celui de l’aéronautique. Mais ici, les enjeux sont tout autres. Les textiles des sièges et de l’habitacle d’un avion sont plus techniques et imposent des normes de sécurité draconiennes. Un futur défi à relever pour ce filateur audacieux.
En plus :
En France, quelques projets ayant trait au recyclage des textiles sont portés par des pôles de compétitivité et des régions. Début 2017, le pôle Techtera en Auvergne-Rhône-Alpes a créé le club Recit (Recyclage et économie circulaire dans l’industrie textile). Son objectif : susciter des échanges entre fabricants, recycleurs, designers et chercheurs pour valoriser les chutes de production sur un territoire et inciter à la réduction des déchets par l’éco-conception. Dans le Nord, le projet européen Interreg Retex regroupe les Hauts-de-France, la Wallonie et les Flandres. Porté par le pôle Up-tex et Team2 ainsi que Centexbel (centre technique dédié aux plastiques et aux textiles) et Eco-TLC, ce projet vise à promouvoir et à produire des fils et des non-tissés issus du recyclage répondant à une demande industrielle locale.
Crédit : Filatures du Parc
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