PIREE accompagne les bailleurs dans le réemploi

Upcyclea et l’USH misent sur l’intelligence artificielle

Comment ancrer davantage les pratiques du réemploi dans la réhabilitation de logements ? Avec l’Union Sociale pour l’Habitat, Upcyclea, promoteur du bâtiment circulaire, a créé PIREE, plateforme de mise en relation et d’accompagnement des bailleurs. Sur la base d’algorithmes, les gisements de matériaux déposés sont répertoriés, classés et les besoins en produits de réemploi sont identifiés. Ce concept devrait bientôt s’élargir à d’autres acteurs de l’immobilier et s’exporter en Europe.

Depuis le 1er juillet 2023, la loi AGEC impose aux bailleurs de nouvelles obligations en matière de démolition et de rénovation, notamment un diagnostic PEMD (Produits, Equipements, Matériaux, Déchets) dès 1000 m² de surface de plancher (équivalent à environ 15 logements). Ce diagnostic est une condition sine qua non pour lancer les travaux. Le cas échéant, le bailleur risque une amende de 45 000 euros. Si la loi oblige au diagnostic PEMD, elle n’impose pas d’objectifs en termes de réemploi. C’est pourtant dans ce sens que Upcyclea, gestionnaire de ressources pour des bâtiments plus vertueux, avec l’Union Sociale pour l’Habitat (USH) a souhaité accompagner les bailleurs dans leur transition écologique. En septembre 2023, les deux partenaires ont inauguré la plateforme PIREE (Plateforme Inter-Bailleurs REEmploi) pour les bailleurs sociaux engagés dans une démarche circulaire et de décarbonation. Celle-ci permet notamment de partager les gisements réemployables issus de leurs diagnostics ressources ou PEMD respectifs ; d’importer ces gisements en masse, avec photos et informations à l’appui (nature, quantité, localisation, disponibilité, états d’usure et de démontabilité des produits) ; de déclarer les besoins en réemploi sur les gisements d’autres partenaires ; de recevoir des offres et des propositions d’écosystèmes de réemploi ; de connaître les indicateurs environnementaux (déchets et CO2 évités, eau économisée, bilan économique) associés à chaque écosystème ; de disposer d’un Resource Manager à plein temps, pour gérer le processus global et former les partenaires et leurs prestataires.

Diagnostics caractérisés

 

« Aujourd’hui, la filière du bâtiment doit intégrer les diagnostic PEMD, mais cela reste encore peu encadré. Les règles ne sont pas claires et les critères mal définis » insiste Eric Allodi, directeur d’Upcyclea. C’est pourquoi PIREE cherche à établir des diagnostics bien caractérisés et à les partager au maximum entre bailleurs. La plateforme met donc en relation l’ensemble des acteurs de la filière de la construction et de la rénovation et se base sur le principe de l’offre et de la demande pour industrialiser le réemploi dans le bâtiment.

A ce jour, 45 bailleurs répartis sur tout le territoire adhèrent à PIREE, moyennant une cotisation annuelle de 2500 euros. Seules les régions Grand Est et PACA manquent encore à l’appel, mais cela devrait rapidement se résoudre. La marge de manœuvre est grande, puisque l’USH rassemble environ 650 bailleurs, sans compter la CDC Habitat avec plus d’un million de logements à son actif, assure Eric Allodi. Si le réemploi commence à intéresser les principaux bailleurs pour des raisons environnementales et économiques, ce n’est pas le cas des plus petits qu’il faut acculturer.  Outre la mise en œuvre de diagnostics PEMD, PIREE se charge de caractériser les gisements grâce à l’intelligence artificielle. « Des algorithmes identifient les flux et les besoins de chacun. Les « resource manager » au service des bailleurs créent alors des écosystèmes et peuvent négocier les prix et organiser la logistique, en fonction des demandes et des consignes données par le client (don de matières à l’échelle locale, vente et recherche de rentabilité etc.)  ».

Place de marché

 

« Avant PIREE, le secteur du réemploi a fait émerger un Top 10 des matériaux les plus sollicités dans le bâtiment, bien souvent mentionnés dans les études institutionnelles et par la filière REP PMCB. La plateforme permet désormais de répondre suivant le principe de l’offre et de la demande. En réalité, les besoins ne sont pas les mêmes selon les régions et le coût des produits à un instant donné » explique Eric Allodi. Par exemple, une forte demande actuellement sur les planchers techniques a entraîné une surenchère sur le réemploi et une concurrence soutenue. L’intérêt de la plateforme est qu’elle rassemble tous les professionnels du bâtiment et du réemploi (artisans, AMO, logisticiens, architectes etc.). PIREE intègre également le portail Noah-reemploi.fr qui regroupe l’ensemble des produits issus des ressources et autres places de marchés spécialisées dans le réemploi (Cycle-up, StockPro, ressourceries etc.). Avec comme particularité, la possibilité de comparer les produits grâce au logiciel myUpcyclea et au partage de données sur les gisements disponibles. Les matériaux sont ainsi quantifiés, localisés, caractérisés selon leur état mais aussi leur composition (présence de matières recyclées ou biosourcées) et leur consommation d’eau ou d’énergie évitée.

Les foncières en ligne de mire

 

Dès 2024, cet outil pourrait s’ouvrir aux foncières de l’immobilier tertiaire, avec un partenariat entre l’USH et ULI (Urban Land Institute). Sont ciblés des gisements plus haut de gamme et en meilleur état, présents sur le parc de bureaux. « Dans cette optique, nous voulons décloisonner les marchés du réemploi. Dès lors que le secteur privé s’engage à réduire son impact carbone, à travers le réemploi de matériaux, nous sommes prêts à créer de nouvelles passerelles entre les différents professionnels de la construction et de l’immobilier des secteurs public et privé » ajoute le directeur d’Upcyclea qui espère par ailleurs déployer son dispositif hors de France. Un projet de plateforme similaire baptisée Romulus est envisagé au Royaume-Uni d’ici fin 2024 ou 2025. Outre Manche, il n’existe pas de loi incitative pour le réemploi, mais le marché est déjà mûr pour intégrer des matériaux plus vertueux et éco-conçus. La fédération européenne des bailleurs (SHF) a également exprimé son intérêt à l’égard de PIREE et à porter le concept à l’échelle de l’UE.

Enfin, au sein de la filière REP PMCB, les AAP et les AMI lancés par Valobat et ecominero pour recruter des entreprises spécialisées dans le réemploi, ont permis à Upcyclea de s’associer à des partenaires du reconditionnement pour vanter les mérites de la plateforme et des outils logiciels intégrés. Au-delà des mises en réseau connectées, PIREE a contribué à la création d’un club des bailleurs qui propose aux professionnels (bailleurs et entreprises locales) de se rencontrer et d’échanger sur les bonnes pratiques à long terme (convention sur les dons, clauses, boîtes à outils…). Des réunions seront régulièrement organisées sur les territoires. La prochaine aura lieu à Rouen le 26 janvier 2024 en partenariat avec Habitat76.

Domofrance, un modèle

Domofrance gère un parc de 40 000 logements et réhabilite 1000 logements chaque année. Objectif : réduire la facture énergétique de son patrimoine et minimiser l’empreinte carbone, en adéquation avec les nouvelles réglementations (Taxonomie Européenne, SNBC…). Dans cette optique, Upcyclea a accompagné Domofrance sur l’élaboration d’une stratégie et la mise en place d’une feuille de route sur l’économie circulaire à l’échelle de l’entreprise. Cette collaboration a permis de structurer la démarche et de former les collaborateurs à ces nouvelles pratiques. Domofrance a intégré cette démarche à l’ensemble de ses pratiques de maîtrise d’ouvrage, permettant de valoriser 96% des matériaux (dont 15% de réemploi en masse).

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